A l’université salésienne de Lomé, le professeur Kä Mana appelle à la réactivation, à la réappropriation et à la rénovation des valeurs africaines aujourd’hui

Ce mardi  6 mars 2018, l’Université salésienne Don Bosco de Lomé au Togo a accueilli le professeur Kä Mana, de l’Université alternative de Pole Institute, pour une causerie éducative avec les étudiants sur les valeurs africaines et leur sens dans la société actuelle dominée non seulement par le triomphe de la science, de  la technologie et du numérique, mais surtout par la culture du divertissement et de la recherche effrénée du lucre. Dans un tel contexte parler des valeurs africaines ne constitue-il pas une manière de s’enfermer dans un folklore infécond et dans un anachronisme infantilisant qui ne permet pas aux sociétés africaines d’entrer résolument dans la dynamique de la modernité pour prendre place dans les vrais enjeux de l’avenir ? Ces valeurs peuvent-elles être le limon pour renforcer la vitalité créative et ouvrir la voie d’une nouvelle Afrique au lieu de détourner les Africains de ce qui est fondamental pour les jeunes générations aujourd’hui : la construction de leur destinée comme peuple vivant au diapason des impératifs des combats universels du monde actuel ?
                Pour le professeur Kä Mana, il faut savoir de quoi on parle exactement quand on parle des valeurs africaines et de l’exigence de leur revalorisation, de leur réappropriation et de leur réactivation. Au fond de ce problème, il y a avant tout une prise de conscience d’un phénomène ahurissant : la déchéance culturelle de l’Afrique dans le monde d’aujourd’hui. Cette déchéance culturelle signifie la perde de la dynamique de créativité qui permet à un peuple non seulement de savoir qui il est, d’où il vient, où il en est aujourd’hui et vers où il veut aller, mais surtout une sorte de déshérence, de désorientation et de vertige dans le vide où il n’a plus conscience d’être vraiment un peuple et de posséder des richesses, des ressources et des valeurs pour vivre comme peuple qui se respecte et qu’on peut respecter dans le concert des civilisations.
                Dans la déchéance culturelle, c’est l’être même d’un peuple qui est atteint, c’est sa vie qui est vidée de sa substance. Avec cette déchéance, pour reprendre un mot de Senghor, on est déforcé, sans aucune capacité de trouver encore des énergies pour se renforcer et se tenir debout. S’il y a encore un espace de vie en soi, c’est une vie par procuration. « On vit avec les idées des autres, les moyens des autres, les projets des autres et les préoccupations des autres, sans aucun centre de gravité ni aucune rampe de lancement vers l’avenir ». « On perd ainsi la capacité de réagir aux événements, de s’indigner, de protester et de se révolter  de manière constructive. »
                Pour beaucoup de peuples d’Afrique, nous sommes dans cette situation. Pour retrouver nos capacités d’agir, pour reprendre notre initiative historique, pour redevenir sujet et centre de notre destinée, trois exigences s’imposent :
une exigence de connaissance. Elle consiste à réapprendre notre culture et connaître exactement ses valeurs de fond ;
une exigence de réappropriation de notre être dans ses dynamiques créatrices. Cela signifie retrouver le souffle qui nous permettra d’avoir confiance en nous-mêmes et de créer pour nous-mêmes des réponses qui conviennent aux vraies questions qui se posent à nous ;

une exigence d’invention de l’avenir à partir de nos propres forces de créativité sur la base des décisions que nous devons prendre dès aujourd’hui en nouant de nouveaux contacts avec d’autres peuples, d’autres cultures et d’autres civilisation.Chacune de ces exigences conduit à des obligations spécifiques qui peuvent donner aux Africains le ferment nécessaire pour résister à la culture du divertissement et du lucre ainsi que des forces pour entrer dans l’ère du numérique et de la technologie triomphante en comptant sur des sagesses millénaires qui ont fait l’humanité dans ses valeurs essentielles.  
Connaître l’Afrique est un devoir de mémoire qui oblige à l’enseigner aux jeunes générations et à diffuser le plus largement possible dans le monde ce que l’on découvre en creusant le terreau des sources de l’histoire africaine dans l’Egypte pharaonique, le terreau des liens que nos sociétés ont tissés avec le monde arable, avec l’Inde et la Chine, avec les civilisations de l’Amérique précolombienne et avec la civilisation occidentale.

Se réapproprier le suc des valeurs africaines, c’est comprendre que tout devoir de mémoire est un devoir de revitalisation pour agir ici et maintenant dans le sens de la transformation des imaginaires et de dynamisation des forces d’imagination créatrice.
Inventer l’avenir, c’est donner sens à l’être-ensemble avec les mythes, les rites, les légendes et les sagesses dont on pressent qu’ils sont porteurs de grandes espérances et des limons pour fertiliser le futur que l’on désire.
                 En fait, il s’agit de redonner à la culture toute sa signification qui consiste à construire l’humain et à le régénérer de génération en génération.
Ce travail est celui qui se fait de plus en plus dans des cercles de réflexion, dans des groupes d’action, dans les forces culturelles et dans les productions historique, philosophique, théologique, anthropologique, et psychologique d’une bonne partie de l’intelligentsia africaine aujourd’hui.

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