L’UNIVERSITE ALTERNATIVE LANCE SES SESSIONS DE FORMATION 2019 AVEC UN ATELIER DE REFLEXION SUR LE DEVELOPPEMENT DU CONGO AUJOURD’HUI

Pour cette année 2019, l’université alternative de Pole Institute consacre ses sessions de formation des jeunes à un thème essentiel de réflexion : « RDC : inventons l’avenir ». Le sous-thème est plus explicite encore : « Intérêt national, progrès social, paix civile et l’émergence économique ».
L’objectif principal de la formation proposée est d’offrir aux jeunes générations congolaises l’occasion de penser la destinée de leur nation sous l’angle de la construction d’un Congo nouveau, en rupture avec les grandes pathologies dont  le pays a souffert depuis son indépendance. A savoir : la médiocrité des élites, la mauvaise gouvernance, la corruption de l’homme congolais, l’accoutumance au désespoir et la perte du sens des valeurs humaines.
 Remise en question du paradigme du développement
C’est avec 25 étudiants de l’université Catholique la Sapientia de Goma qu’a débuté le programme de l’année 2019 à l’université alternative, dans l’enceinte d’Utamaduni center de Pole Institute, du 14 au 24 janvier.
La question centrale était celle de développement du Congo et ses exigences dans le contexte actuel du changement de direction politique à la tête de l’Etat.
Sous la responsabilité du professeur  Kä Mana et de son assistant Innocent  Mpoze, les participants ont été initiés aux grandes théories du développement dans le monde et aux dimensions fondamentales sur lesquelles ces théories sont consacrées. On a ainsi présentées le développement dans  ces composantes actuelles de développement durable, de développement territorial, de développements humains et endogènes, de développement intégral ou plénier et de développement intégral. En même temps, on est remonté aux sources mêmes du concept de développement, depuis son enracinement dans le contexte d’après la deuxième guerre mondiale et  dans les réalités  de la guerre froide jusqu’à la vision du développement  comme retard économique et industriel des pays pauvres par rapport aux pays riches, selon W.W. Rostow.   De là on est passé au problème de l’exigence  de libération politique et économique des pays sous domination occidentale et des impératifs s’imposants à ces pays de construire eux-mêmes leur propre vision d’un développement qui aille au-delà de la simple croissance et des simples exigences d’enrichissement individuel et de profits matériels. A ce niveau, le développement est devenu une question de nouveaux imaginaires sociaux et de leur fécondation par des valeurs éthiques et spirituelles, comme le mouvement Economie et Humanisme du Père Joseph Lebret l’a théorisé en France avant que le pape Paul VI ne couronne cette perspective théorique avec son encyclique Populorum Progressio.
C’est dans les sillons de la libération et de la construction de nouveaux imaginaires que la question du développement doit se poser aujourd’hui en République Démocratique  du Congo. Dans un pays plongé dans les misères sociales épouvantables, dans les gangrènes des dictatures et de la corruption et dans le blocage de l’imagination créatrice, il est important non seulement de confronter le pays à toutes les théories du développement proposées jusqu’ à ce jour,  mais surtout d’inventer de nouvelles théories et de nouvelles pratiques pour construire le Congo que  nous voulons. Cela veut dire que tout ce qui a été proposé par des théoriciens doit être placé sous le regard des réalités des Congolais eux-mêmes en vue de voir ce qu’elles ont comme forces et comme limites dans les champs économique, politique, culturel et géostratégique. Il y a là exigence de ce que Mabika  Kalanda appelle la remise en question. Celle-ci conduit à un travail profond de mobilisation des énergies de l’imaginaire créatrice pour inventer l’avenir du Congo.
 
 
Du  développement ou paradigme de la renaissance Africaine
Ce  qu’il y a lieu de remettre en question dans le concept de développement et dans toutes les harmoniques qu’il incarne, ce sont les présupposés que José Dos-Nascimento désigne par l’expression d’évolutionnisme  historique. Il s’agit d’une vision qui considère l’Afrique comme un continent arriéré, radicalement en retard par rapport à l’Occident, gangrené par des activismes culturels d’infériorité et d’apathie. Face à cette vision de l’Afrique, Dos-Nascimento dont une vidéo –conférence a été projetée aux jeunes au cours de leur formation à l’université alternative, propose une nouvelle grille de lecture des réalités de l’Afrique : le paradigme de la renaissance africaine. C’est une grille de lecture centrée sur la traumatologie historique où sont présentés les effets nocifs de l’histoire de cinq derniers siècles de l’Afrique : le commerce triangulaire, la colonisation, la néocolonisation et l’actuelle mondialisation néolibérale.
Toute  cette histoire a crée des traumas dans l’imaginaire Africain. Beaucoup de drames actuels du continent s’inscrivent dans le cadre de ces traumas. Une nouvelle discipline scientifique a même  vu le jour pour étudier les traumas africains : elle s’appelle la macchémologie, c’est-à-dire l’étude des séquelles laissées dans l’esprit  par les violences subies par un homme ou par un peuple. C’est contre ces séquelles semblables physiquement aux hématomes sur le visage d’un boxeur après un combat qu’il s’agit de combattre en plaçant la destinée de l’Afrique sous le signe de la renaissance.
Ce travail de détraumatisation en profondeur et de guérison holistique est la nouvelle exigence pour l’Afrique et le grand impératif pour le Congo. Il faut le placer selon la perspective d’une lecture politique de l’œuvre de Cheikh Anta Diop.
Cette lecture ne consiste pas seulement à lutter contre la falsification de l’histoire africaine par l’historiographie occidentale, mais à réveiller en chaque Africain d’aujourd’hui le colosse qu’il y a en lui, le créateur de la destinée qu’il doit devenir dans un vigoureux geste de reprise de sa propre initiative  historique. Une fois le colosse réveillé, on assistera à la construction de la nouvelle Afrique dont les jeunes doivent imaginer dès maintenant les épures, les grandes lignes directrices et les idées-forces.
Aujourd’hui, le Congo est appelé à s’inscrire dans le cadre de la renaissance africaine avec les exigences d’une modernité conçue pour un esprit d’efficacité, d’émancipation et de rationalité, le souffle de la liberté, da la prospérité et des droits humains dont parle Do-Nascimento.
Ce cadre ainsi défini est actuellement le paradigme pour la puissance et la grandeur de notre nation. Il appartient aux jeunes d’y enraciner leur vision de notre avenir. Le développement pourra alors prendre un autre visage et un autre nom pour le Congo et l’Afrique, à partir de ce que  l’homme congolais veut être et ce que l’homme africain veut construire, loin des théories que Freddy Mulumba Kabuayi conseille au Congo et à l’Afrique d’abandonner une bonne fois pour toutes.

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