LES JEUNES ET LES ELECTIONS EN RDC, Une évaluation à l’université Alternative

Le samedi 02 février 2019, les jeunes de l’université alternative de Pole Institute ont consacré leur séance hebdomadaire à l’évaluation de l’élection présidentielle de 2018 et à la manière dont les jeunes générations y ont participé et en ont vécu les résultats  proclamés par la CENI. 37 garçons et une seule fille ont participé à cette séance d’évaluation.
Au cours du débat qui a eu lieu à cette occasion, trois lignes d’appréciation de l’élection présidentielle se sont dégagées.
La première ligne a été une ligne juridique qu’ont tracée principalement les étudiants en droit. A leurs jeux, l’élection présidentielle de 2018 n’a pas respecté les règles élémentaires du droit ? Ni les prescriptions de la constitution, ni les normes de la séparation des pouvoirs en démocratie, ni la simple déontologie de l’organisation de toute élection, ni les procédures normales de comptage de voix des électeurs, rien n’a pu suivre la voie d’un processus électoral digne de ce nom. Pas de transparence. Pas de liberté pour les électeurs dans certains bureaux de vote. Pas de considération pour les observateurs présents. Pas de contrôle véritable de la manière dont les résultats de vote dans les bureaux ont été acheminés vers la centrale électorale de la CENI à Kinshasa. En plus, les résultats proclamés n’ont pas été, aux yeux de beaucoup d’observateurs, conformes à la réalité vécue sur le terrain. Cela veut dire que, du point de vue parement juridique, l’élection présidentielle n’a aucune valeur contraignante.
Contre cette lecture juridique négative s’est insurgée une autre lecture, tout aussi juridique, défendue par d’autres étudiants en droit, mais de manière positive. Selon cette contre-lecture, on ne peut pas affirmer que les résultats proclamés officiellement ont trahi les règles juridiques. Selon ces règles que nul n’est censé ignorer, c’est avec des preuves irréfutables qu’il faut établir la réalité des faits en vue montrer clairement les fraudes, les tricheries et les falsifications probables ou avérées des résultats. Le pays a des institutions patentées pour certifier la vérité sur le déroulement et l’issue d’une élection : la CENI est habilitée à proclamer les résultats, la cour constitutionnelle valide ces résultats et tranche les conflits en cas de contestation. Tout cela est juridiquement valide et constitue la base de toute la force de la loi. Or, selon la loi congolaise, aucune preuve n‘a été  donnée quant à la falsification des résultats de l’élection présidentielle de 2018 par la CENI. Toutes les présomptions de manipulation des résultats à cette élection n’ont été que de la fumée portée par les médias et les institutions non habitées à dire le droit. Doit-on avoir foi en ce que propage les medias et à ce que racontent des institutions non autorisées dont la probité et la rectitude laissent à désirer, si l’on s’en tient au jeu de la circulation de l’argent de corruption et aux  intérêts visiblement puissants qui guident les paroles publiques en RD Congo ?
Pour dépasser et éclairer la contradiction être la lecture juridique négative d’un camp et la contre-lecture juridique positive de l’autre  camp, certains jeunes ont proposée de regarder les réalités dans leur vérité au Congo et d’avoir le courage de dire que ce qui s’est passé à l’élection présidentielle de décembre 2018 au Congo ne relevait pas du droit ni de la lecture juridique que l’on peut faire des élections mais essentiellement de la politique au sens le plus machiavélien du terme. Dans un tel contexte, seule compte une lecture purement politique, ou plus exactement une lecture purement politicienne des choses. Sous cet angle, on  n’a pas organisé les élections en décembre 2018 en RD Congo : on a plutôt réglé des contentieux entre le pouvoir en place et les désirs de certaines hommes politiques de l’opposition qui ont eu des ambitions légitimes d’accéder au pouvoir à un moment où tout le monde s’accordait pour dire que le président Joseph Kabila était à la fin de son mandat et devait passer la main à un successeur. Dans ce cas, en bonne logique machiavélienne, le président Joseph Kabila devait recourir à des stratégies politiciennes  qui assurent ses arrières, sécurisent la situation de ses proches, garantissent le climat de paix dans le pays et l’aident, lui président de la République démocratique du Congo, à sortir tête haute de son règne de 18 ans. Les élections présidentielles, tout comme les élections législatives et provinciales organisées au même moment, ont été le théâtre du calcul machiavélien interne au système politique congolais, pouvoir et opposition compris. De ce jeu, la solution a consisté à trouver la personne susceptible de garantir une certaine paix sociale à travers une algèbre politique qui arrange à peu prés tout le monde. Apparemment, cette solution congolaise à un problème congolais  a été trouvée par Joseph Kabila : elle a pour nom Félix Antoine Tshisekedi. Malgré les contestations habituelles qui font partie du paysage électoral dans l’Afrique d’aujourd’hui, cette solution semble être la bonne. Il ne faut pas que les jeunes  se mettent à mettre le pavé dans la marre politique du Congo en recouvrant à des lectures juridiques contradictoires qui ne mènent nulle part et risquent de briser l’élan de l’alternance dont la RDC avait besoin.
Pour solidifier cette lecture politicienne de l’élection présidentielle de 2018 en RDC, une lecture géopolitique de la situation congolaise a été déroulée par un autre groupe de jeunes. Elle consiste à dire que la solution qui a porté Félix Antoine Tshisekedi à la tête du Congo obéit à une analyse géostratégique claire. Dans la situation actuelle où notre pays, à cause de son cobalt et de ses autres minerais stratégiques, constitue un enjeu de puissance entre les Etats-Unis, la Chine, la Russie et l’Union Européenne, le clivage  qui oppose les Congolais met face à face les souverainistes et les mondialistes. Les congolais qui se battent pour la souveraineté économique et politique du pays ont voulu pour la nation un président sensible aux intérêts des Congolais et capable de les défendre avec force.  Les mondialistes, eux, qui connaissent le poids des grandes puissantes sur la scène mondiale, ont voulu s’attirer les bonnes grâces des Maîtres de la politique internationale et veillent à sauvegarder les intérêts de nos partenaires occidentaux en RDC. Ils comptent sur ces partenaires qui font et défont les rois en Afrique pour avoir le pouvoir au Congo. Ils se sont ainsi alliés aux réseaux économiques, financiers et politiques mondiaux pour s’imposer aux élections en RDC. La bataille entre souverainistes et mondialistes s’est achevée par l’irruption d’une personnalité pas trop marquée par les combats entre les camps en présence. Cette personnalité, Félix Antoine Tshisekedi, dont les penchants sont sensibles au discours des souverainistes sans trop effaroucher les intérêts des mondialistes, parait être la bonne ligne pour le Congo. Les jeunes qui tiennent ce discours ont ajouté : « Laissons notre nouveau président tracer sa voie et ne l’attaquons pas de front, nous jeunes Congolais dont l’intérêt est d’avoir une bonne politique de l’emploi, une bonne politique de lutte contre la misère et une bonne politique qui s’inscrive dans la perspective de l’éveil du Congo et de la renaissance africaine. »
Dans toutes les 3 lignes du discours des jeunes de l’université alternative sur l’élection présidentielle de 2018, il est clair que la conviction dominante est de prendre de la distance par rapport à l’agitation des mouvements citoyens qui ont caractérisé la scène sociopolitique congolaise avant les élections. Il faut non seulement prendre de la distance mais aussi ouvrir une voie paisible et sereine où les jeunes s’organisent pour être à la fois compréhensifs et vigilants avec le nouveau pouvoir en place  tout en aménageant des espaces de réflexion et d’action pour un autre Congo possible, construit pour les jeunes eux-mêmes, sans naïveté béate ni violence inconsidérée.

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