Les enjeux du cobalt congolais

Date de publication: 
Décembre 2019

C’était un samedi 14 mai 1978 à l’aube. Les gendarmes Katangais de Nathanaël Bumba attaquent pour la deuxième fois le Zaïre de Mobutu. Ce dernier les avait repoussé une année auparavant avec l’aide des Marocains appuyés par une logistique française, belge et américaine. Un exploit entré dans les annales du Congo et connu comme la guerre de 80 jours.
Cette deuxième attaque de mai 1978 de Nathanaël Bumba fut une surprise. Les militaires de Mobutu avaient concentré leur attention sur leur frontière avec l’Angola d’où ils avaient été attaqués l’année d’avant. Le Front de Libération Nationale du Congo (FNLC) de Nathanaël Bumba pénétra le Katanga par la Zambie et prit la ville minière de Kolwezi, endommagea dans la foulée les installations de la Gécamines qui générait autour de 75% de revenus du pays. Une fois encore l’occident vint au secours de Mobutu en larguant des parachutistes français et belges après que leurs compatriotes européens eurent été massacrés sur terrain à Kolwezi. L’onde de choc de « la guerre du Shaba » fut moins le massacre des européens, ni la deuxième victoire des forces armées zaïroises de Mobutu, mais plutôt la panique du marché international des minerais. Les gendarmes Katangais avaient attaqué Kolwezi au moment où la demande de cobalt sur le marché international était à sont plus haut niveau. L’impréparation des chaines alternatives d’approvisionnement provoqua la rupture du stock du cobalt sur le marché international si bien que le prix passa de $ 8 le kg à $99 le kg sept mois après le déclenchement de la guerre du Shaba[1]. Les industries consommatrices de cobalt venaient de réaliser la vulnérabilité de la chaine d’approvisionnement de cobalt au niveau mondial dans laquelle la République Démocratique du Congo pèse de tout son poids et représente jusqu’ aujourd’hui 55% de la consommation globale du cobalt.
La montée exorbitante du prix de cobalt, mêlée aux ruptures potentielles de la chaine d’approvisionnement poussèrent les industriels soit à réduire le pourcentage de cobalt dans leurs produits, soit à inventer d’autres produits de substitution au cobalt, où tout simplement à recycler des produits usés pour y récupérer du cobalt. Ces reflexes de survie des industries consommatrices de cobalt se sont amplifiés dès les années 2000 notamment dans le secteur électronique avec une demande accélérée des accumulateurs rechargeables (batteries) fabriqués sur base de l’oxyde de lithium et de cobalt, un secteur représentant aujourd’hui 49% de la demande globale de cobalt. En effet, les accumulateurs rechargeables (batteries) sur base de l’oxyde de lithium et de cobalt sont jusqu’à maintenant les plus prisés dans la fabrication des véhicules électriques à cause de leur forte capacité de stockage d’énergie permettant ainsi leur utilisation sur une plus longue durée. Les projections futures estiment à 60% la consommation de cobalt dès 2020 par les véhicules électriques.[2]
Les investissements dans l’industrie des véhicules électriques ont été boostés ces dernières années par une prise de conscience mondiale d’une catastrophe planétaire due principalement au réchauffement climatique. Commencée en 1972 lors de la conférence des Nations Unies sur l’environnement tenue à Stockholm, cette prise de conscience a gagné une notoriété quasiment planétaire lors de la COP 21 tenue à Paris en 2015.

[1] Kim B. Shedd, Erin A. McCullough and Donald I. Bleiwas, « Global trends affecting the supply security of cobalt », www.miningengineeringmagazine.com, December 2017.
[2] EU, « Cobalt : demand – supply balances in the transition to electric mobility », 2018.

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Dossiers
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