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BUSTANI |
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Colères d'adultes et d'enfants ''non accompagnés'' au Nord-Kivu Goma, le 23 octobre 2010.
Avant même qu'on ait vu clair dans cette affaire, la semaine s'est poursuivie avec la grève des enseignants. Dès le mercredi, les élèves abandonnés à eux-mêmes se répandent à travers la ville, érigent des barricades, jettent des pierres, cassent et caillassent. Le même scénario se poursuit le lendemain avec l'appui des enfants et des adultes de la rue. Le gouvernement provincial sort alors de son sommeil et annonce la suspension des cours sine die sur toute l'étendue de la ville. Les universités et instituts supérieurs ne sont pas concernés. A ce jour, quelques blessés civils et policiers se sont débrouillés pour se faire soigner. Les dégâts matériels sont en train d'être évalués. Les écoliers arrêtés par la police anti-émeutes ont tous déjà été relâchés. Sommes-nous encore dans le scénario de l'année 2002 où les écoliers avaient cassé les quelques écoles épargnées par la coulée de lave du volcan Nyiragongo parce que leurs enseignants, incités à reprendre les cours avec la fausse promesse de leur prise en charge par les autorités rebelles de l'époque, avaient débrayé ? La colère est saine. 1. Les déplacés
de Lubero ! 2. Les enseignants
de Goma. Le mois passe en silence. Un autre arrive au milieu. Toujours rien !! Les écoles qui essayent de composer avec les parents voient leurs responsables menacés par les services de renseignement dans un contexte où les meurtres de simples citoyens et de militants des droits de l'homme sont banalisés. L'enseignement étant de la compétence exclusive de la province, le syndicat des enseignants adresse à Mme la ministre un préavis de grève qu'elle laisse expirer sans broncher. Ce mercredi, 20 octobre, enseignants, autorités scolaires ou ministre, chacun attend les évènements chez soi sans tenir compte de cette réalité que les enfants à l'école aujourd'hui sont nés et grandissent dans un environnement dominé par la violence. Fausse lecture des évènements ou stratégie de domination ? Dans le cas des campeurs forcés devant le gouvernorat de la province, le maire de la ville Roger Rashidi Tumbula, plus connu sous sa face de démolisseur qui ne s'embarrasse pas de procédures légales, voit en ces malheureux " des gens manipulés pour créer des troubles " dans sa ville. Il dira de la grève des enseignants : " Je connais ceux qui manipulent ces enfants qui pourraient m'injurier - ce ne serait pas grave, dit-il - mais jeter des pierres sur le bureau du PPRD pendant que la première dame (l'épouse du chef de l'état) séjourne dans ma ville, c'est un acte politique !!! Cela montre que les grévistes utilisent les enfants pour faire passer des revendications politiques. " Cette tirade se termine par : " qu'ils continuent à utiliser les enfants dans leurs affaires. Ils ne voient pas que Lubanga est à la CPI ? " Le bâton de la menace et la carotte des fausses promesses !!! Aux dernières nouvelles, les 84 familles qui campaient en face du bureau du gouverneur de la province sont rentrées d'où elles étaient venues après avoir reçu chacune 50$us. La commission inter institutionnelle supposée à pied d'uvre pour étudier le cas et proposer les mesures adéquates est introuvable. Mais le vice-gouverneur a déjà dit sans sourciller que : " ces résultats ont été salués par les déplacés qui ont vu leurs doléances trouver une solution. " Quant au sort de la grève des enseignants, les plus hautes autorités de la province promettent des sanctions exemplaires à tous les chefs d'établissements qui " incitent les enseignants à la grève ". Une commission ad hoc, sans interlocuteurs, serait à pied d'uvre pour dénicher à Kinshasa la trace de l'argent de la paye des enseignants correspondant au montant inscrit sur les listes de paye reçues à Goma. Sur ces listes, chaque enseignant mécanisé(3) a vu son salaire augmenté indistinctement de 15.000FC, soit 17$us. Auparavant, le moins payé avait 30.000Fc (34$). Du côté des parents d'élèves, c'est le mutisme le plus absolu ! Certains pensent même que cette semaine peut être considérée comme quelques jours de répit avant la chasse aux " élèves non en règle de payement " par les écoles. Et si en déclenchant cette grève dans les écoles maternelles, primaires et secondaires, Goma pensait prendre la tête d'un mouvement national de revendication, la réalité lui impose de déchanter. Les cours se poursuivent normalement sur toute l'étendue du territoire national sauf à Goma où ils sont suspendus jusqu'à nouvel ordre. Cependant, rien n'empêche de penser que la situation pourrait changer si la grève perdurait. Goma, le 23 octobre
2010. _____________________________________ (1) Depuis quelques
mois, les communautés ethniques et même des groupes d'officiers
militaires écrivent chacun son memorandum pour s'exprimer ou réfuter
la position de l'autre transmise dans son mémo. |
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