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POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs Pour une société digne dans laquelle évoluent des hommes libres |
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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ? |
TEMPS COUVERTS A NYAMILIMA ET ORAGES A L'HORIZON ? Depuis la mort de notre ami Michel BARAYATA, tué à l'arme blanche par les assaillants Mayi Mayi dans le village de Nyamilima au début de ce mois de mai, Pole Institute, et ses amis de Bustani vivent dans la plus grande consternation. Le village de Nyamilima naguère réputé pour son dynamisme économique et social et surtout pour un modus vivendi que les deux principales communautés ethniques Nande et Hutu étaient parvenues à trouver est en train de plonger dans un cycle de violence terrible. Tous les signaux sont au rouge et indiquent un début d'une spirale de violence ethnique comparable à ce que le territoire de Masisi a connu en mars 1993. Une équipe de Pole Institute s'est rendue à Nyamilima mercredi 25 mai pour, d'une part, rendre visite à la veuve de Michel et à la femme de TALIVUTI, un Nande membre du noyau de réflexion porté disparu début mai et pour, d'autre part, s'entretenir avec les membres du noyau sur la situation et les pistes d'avancement possibles pour s'en sortir. Dans un contexte d'une insécurité généralisée et des attaques récurrentes sur la route, l'équipe de Pole a jugé bon ne pas annoncer sa visite. Coincé entre le Parc National de Virunga et la frontière ougandaise, Nyamilima est un village qui compte plus de 30.000 habitants. Ces derniers sont issus des descendants des travailleurs déplacés internes en provenance principalement des territoires de Lubero et Rutshuru et qui constituaient la main d'ouvre de l'économie des plantations de café pendant la période coloniale et au lendemain de l'indépendance. L'effondrement de cette économie des plantations a laissé derrière elle des milliers de personnes sans terre qui survivent en grignotant les terres périphériques du Parc National des Virunga. Quand Pole Institute a commencé à travailler dans ce village sur l'émergence d'un leadership local et une démocratie participative dans un contexte d'un vide d'Etat, la population de Nyamilima, toutes ethnies confondues était engagée dans une lutte de récupération des terres d'une partie du Parc National pour sa survie. Ce noyau local de leadership a su mobiliser la population, négocier avec les autorités politiques et administratives et a eu gain de cause partiel quand les services de l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICN) leur a accordé une partie du domaine de chasse pour leurs cultures. Cette dynamique de cohabitation pacifique de la population de Nyamilima autour des intérêts communs avait fait de ce village un laboratoire pilote pour plusieurs projets de développement. L'hôpital local de la mission catholique géré par un fils de la région était parvenu à créer dans les environs d'autres petits centres de santé si bien que Nyamilima est aujourd'hui une zone de santé rurale qui coordonne plusieurs projets de santé des environs. Le CREDAP (Comité de Réflexion pour la Relance Agro-Pastorale), une plate forme animée par Pole Institute, a initié dans le village une expérience des micro-crédits chèvres qui a sensiblement amélioré les revenus de la population. L'école secondaire du village était solidement implantée avec une direction et des enseignants compétents. La mission catholique du village qui est au cour de la vie de Nyamilima s'impliquait dans des initiatives publiques tels la gestion des fonds de " pillage route " (comme les Congolais appellent le " péage "), quelques projets de développement et l'accès audio-visuel à l'occasion d'un événement important comme la coupe du monde et autres. Depuis que les bandes armées Mayi Mayi, Interahamwe et ex-FAR opèrent dans le Parc National de Virunga, la population de Nyamilima qui cultive dans les périphéries du parc a du mal à se ravitailler en vivres. Les bandes armées récoltent les champs des paysans à leur gré, chassent et tuent ces derniers quand ils osent se rendre aux champs. Pour un village, longtemps réputé pour sa culture du café et du maïs, les populations ont du mal à se nourrir et sont menacées par la famine. Dans ce contexte de rareté et de pauvreté, les postes disponibles d'emplois rémunérés à l'hôpital local, à l'école primaire et secondaire, et à la mission catholique sont devenus de nouveaux espaces de compétition entre les Hutu et les Nande que le climat politique actuel nourrit et manipule. Les rébellions
commencées à l'Est de la RDC ont vu l'émergence sur
la scène politique et militaire des Banyarwanda -Hutu et Tutsi
confondus- dans l'exercice du pouvoir local, territorial et provincial.
Lors d'une réunion que Pole Institute avait tenue en mars 2004
avec le noyau local de Nyamilima, les membres du noyau de l'ethnie Nande
avaient exprimé leur frustration de voir que tous les postes du
pouvoir sont dévolus aux seuls Hutu. L'exercice du pouvoir local
et territorial par les Hutu dans la zone de Rutshuru n'était pas
en soi nouveau dans cette chefferie de Bwisha sous le contrôle du
Mwami Hutu Daniel Ndeze depuis les années 1920. La nouveauté
dans la conquête du pouvoir des Banyarwanda était boudée
surtout au niveau provincial et national depuis leur montée avec
l'AFDL de Laurent Kabila et le RCD/Goma. La naissance d'une milice locale
Mayi Mayi commandée par Jackson, de l'ethnie Nande, était
perçue par son groupe comme une réponse à leurs frustrations.
Faibles militairement pour faire face à l'armée du RCD en
alliance avec le Rwanda jusqu'en octobre 2002, les Mayi Mayi de Jackson
ont forgé une alliance conjoncturelle avec les Interahamwe rwandais
et ex-FAR. Ces deux bandes armées ont par le passé partagé
des objectifs communs, et gardent encore aujourd'hui quelques actions
conjointes de circonstance quand nécessaire tout en vivant dans
deux quartiers généraux distincts, les Interahamwe et ex-FAR
dans la localité de Busesa et les Mayi Mayi de Jackson dans le
Parc en face de Nyamilima. C'est dans ce contexte des tensions montantes à Nyamilima traduites par l'opposition entre les ethnies Nande et Hutu que s'explique l'assassinat à l'arme blanche de Michel BARAYATA. Depuis l'époque des mutuelles ethnicistes " Magrivi " pour les Hutu et " Kyahanda " pour les Nande des années 1980, Michel BARAYATA était perçu comme l'un des leaders Hutu, un leadership qui par ailleurs il revendiquait lui-même. Michel se savait en danger de mort depuis que les assaillants Mayi Mayi l'avaient raté par trois reprises pendant qu'il travaillait au champ. Il ne dormait plus chez lui étant donné que sa maison se trouve dans le bas fond du village proche de la zone où se trouve le front avancé des Mayi Mayi de Jackson. Il venait chez lui pour manger et repartait dormir ailleurs le soir. Ses assaillants l'ont surpris quand il descendait manger chez lui un soir vers 18h00. Le lien de communication entre les Mayi Mayi et Interahamwe dans le Parc National et leur réseau de renseignement dans le village est rendu possible par deux antennes de communication Vodacom et SuperCell qui sont érigées sur la colline au dessus de Nyamilima. Dans ce contexte, il n'était pas difficile de savoir avec précision les mouvements de Michel et communiquer à qui de droit quand nécessaire. Cette efficacité dans le renseignement, rendue possible par la nouvelle technologie cellulaire a semé la peur parmi la population. Les disputes et les conflits d'intérêts dans le village sont retransmis via le cellulaire aux bandes armées installées dans le Parc National qui, à leur tour, viennent rendre justice par des exécutions sommaires. La modernité mondialisée a ses avantages et ses inconvénients et les populations de Nyamilima redoutent la spirale de violence qui a pris un tournant ethnique et qui bénéficie du téléphone portable. Dans le village de Buramba voisin de Nyamilima et aujourd'hui quasi désert, l'affrontement entre les Mayi Mayi et les militaires ex-ANC du RCD/Goma a fait une vingtaine de morts civils en décembre 2004. Le pire n'est pas à exclure et on se demande comment on pourrait l'éviter. Aloys Tegera |
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Mise au point
de Pole Institute, après la parution d'un article dans le quotidien Le Potentiel |
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