| La
paix négociée de manière crédible est plus féconde
qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
CONFUSION
ADMINISTRATIVE DANS LE TERRITOIRE DE NYIRAGONGO
Kibumba, 19 mars 2009
Le
Territoire de Nyiragongo dont le chef-lieu, Kibumba, est à plus
ou moins 28km au nord de Goma, chef-lieu du Nord Kivu a été
le théâtre des derniers affrontements entre les FARDC et
le CNDP (Conseil national pour la défense du peuple, de Laurent
Nkunda) du mois de décembre 2008. C'est ce même territoire
qui avait servi de porte d'entrée pour les militaires Rwandais
venus traquer les FDLR au Nord-Kivu au début de 2009.
Les populations de
ce petit Territoire de 163km² sont coincées entre une ville
de Goma qui ne cesse de lui grignoter des mètres au sud, un Parc
national qui lui a ravi ses terres fertiles au pied des volcans encore
actifs de Nyiragongo et Nyamulagira à l'ouest, une frontière
internationale poreuse avec le Rwanda à l'est et le Territoire
de Rutshuru, tout aussi densément peuplé, au nord.
Depuis la fin des
opérations conjointes en février 09, trois pouvoirs distincts
se partagent ce Territoire exigu. Selon la population locale, le Nord
du Territoire est dirigé par Léon Sibomana pour le compte
du CNDP, le Sud est administré par Bokele Joyi affecté par
décret présidentiel et le Parc national des Virunga, dont
le bois sert à un riche trafic de charbon, reste sous contrôle
des FDLR commandées par un certain Munezero.
Le CNDP, désormais
parti politique de facto, en attendant son agrément inéluctable
selon les nouveaux accords de Goma du mois de mars 2009, étend
son imperium sur les groupements septentrionaux de Kibumba, Buhumba et
une moitié de Kibati ; le " Gouvernement " gère,
quant à lui, les groupements proches de la ville de Goma : Munigi,
Buvira, Rusayu, Muja et l'autre partie de Kibati. Quant aux FDLR, ils
se répartissent le commandement dans le Parc national : le lieutenant
Take occupe la partie Muja-Rusayo, le lieutenant Muzo est basé
du coté Kibati et tous font rapport au commandant Munezero se trouvant
vers Kibumba.
Après le ralliement
des troupes du CNDP à l'armée congolaise, sa branche politique
continue donc à administrer les entités qu'il occupait en
attendant la concrétisation des accords signés avec le gouvernement
central. Cette situation est d'autant plus confuse pour les populations
que l'information n'a pas circulé autour de tout ce processus.
Selon différentes sources locales, le passage des militaires Rwandais
et l'opération conjointe FARDC-RDF n'ont pas résolu les
problèmes des FDLR qui se sont fondus dans la nature avant de refaire
irruption dans les villages pour sanctionner tous ceux-là qui avaient
collaboré avec leurs " ennemis ". Le Chef de groupement
Déo Makombe de Kibumba qui jouait un rôle important dans
l'identification FDLR et la dénonciation de leurs actions a été
assassiné par grenade à son domicile pendant qu'il dormait
le jour même de la fin des opérations conjointes UMOJA WETU,
" Notre Unité ". Et les habitants reconnaissent que pour
des raisons économiques ou pour des considérations ethniques,
certains d'entre eux continuent à collaborer avec les miliciens
rwandais.
La division administrative
du Territoire entre les autorités gouvernementales et celles du
CNDP induit le doublement des taxes pour les habitants, principales victimes
de cette cacophonie. Cette population qui vit essentiellement de l'agriculture
voudrait que cesse cette confusion administrative, que la frontière
soit sécurisée et qu'il soit mis fin définitivement
au phénomène FDLR. Elle souhaite aussi que les ONG locales
et internationales facilitent le retour des déplacés et
des réfugiés congolais pour qu'ensemble ils conjuguent les
efforts de sécurisation et de développement de leur entité.
Primo-Pascal RUDAHIGWA
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