| La
paix négociée de manière crédible est plus féconde
qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
BUNAGANA
: Nouveau départ suite à l'embellie sécuritaire
A
la frontière entre la RDC et l'Ouganda, à Bunagana, ce vendredi,
10 avril 2009, n'est pas un jour de marché. Et pourtant le mouvement
de traversée du poste douanier récemment ré ouvert
ne s'arrête pas. Des fillettes, âgées d'à peine
8 - 10 ans, portant sur le dos de petits colis de farine de blé
de 10kg, reviennent de l'Ouganda. Elles sont arrêtées par
la brigade de parking qui les libère moyennant le payement d'une
modeste amende transactionnelle. En quelle monnaie ? Sur une ardoise fixée
à la porte du bureau des recettes on peut lire : " Taux de
change du 10 avril 2009 : 828,2264FC = 1$us ". Mais ce n'est pas
ce pauvre écriteau qui puisse empêcher les habitants de fixer
leurs prix en shillings ougandais dès lors que tous les produits
manufacturés viennent de là. Dans l'autre sens, ce sont
des femmes qui veulent faire traverser chacune un petit colis de 10kg
de café porté sur la tête. Elles passent par le même
manège. Visiblement, les activités quotidiennes de survie
ont repris à Bunagana comme à quelques kilomètres
de là, à Tchengerero, où c'est le jour du marché
local. Vendeurs et clients s'affairent sur une aire plantée d'une
pelouse verte. Un peu plus loin, c'est un salon de coiffure en plein air
qui ne désemplit pas. La vie reprend ses droits surtout que l'armée
rebelle du CNDP, qui occupait ce coin, a été démantelée
et reversée sans coup férir dans l'armée nationale.
Du coup, l'Etat Major militaire de campagne s'est déplacé
de quelques kilomètres plus à l'ouest, à Kiringa,
et un petit poste de police a été ouvert à Bunagana.
On voit donc que tout revient progressivement à la normale.
C'est à nous qu'un enseignant rencontré à Kinyamahura,
le village qui abrite la paroisse de Jomba, dit son étonnement
: " Vous trouvez normal que je quitte la paroisse vers 20h pour rentrer
dans ma bananeraie, que je rencontre des militaires armés et qu'ils
ne me demandent rien ? C'est vraiment un excès de paix. On n'est
pas du tout habitué à ça ! " Les habitants réapprennent
à vivre normalement, mais les débuts sont vraiment difficiles.
Un douanier nous dit : " la région de Bunagana, c'était
comme un cimetière. Silence absolu ! " Les habitants qui reviennent
de leurs lieux de refuge ont presque tout perdu. Une Ong, pensant bien
faire, leur a distribué des lapins à élever. Un mois
après, des étudiants stagiaires en développement
rencontrés sur terrain ont difficile à dénicher le
moindre lapin à observer, sur les 6.000 dédouanés
par l'ONG World Vision et distribués 20km à la ronde. "
Les lapins meurent. On ne sait pas pourquoi ", se plaint un paysan
au marché de Tchengerero. Or, traditionnellement, les habitants
de cette contrée vivent des échanges avec l'Ouganda frontalier.
Cependant, à les entendre eux-mêmes, la balance des paiements
est nettement en leur défaveur. Ce qu'ils retirent de la vente
de leurs maigres récoltes, achetées par les Ougandais, n'a
pas de commune mesure avec ce qu'ils doivent débourser pour accéder
aux produits finis ou aux bêtes sur pieds importés. Et le
problème va, à très brève échéance,
s'aggraver. " Les Ougandais louent nos terres et les cultivent très
mal parce qu'ils ne respectent ni les rythmes de la jachère ni
la bonne alternance des cultures. Quand ils nous les rendront elles seront
devenues stériles. Que ferons-nous alors pour survivre ? Les vendre
? Pour aller où ? Les faire louer encore ? A quel fou ? Ce qui
nous attend, si ce n'est pas la mort, c'est l'exil." Le cri de ces
paysans désemparés sera-t-il entendu par des dirigeants
qui s'avèrent dépassés par les aspects actuels de
l'insécurité ?
Bunagana, 11 avril
2009.
Prosper Hamuli - Birali.
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