Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes
Rentrée scolaire à Goma : les parents d'élèves de nouveau inquiets.

A un mois de la rentrée scolaire 2009 - 2010, assises et tractations se succèdent à Goma. Les partenaires de l'éducation (autorités scolaires, comités des parents, représentants des enseignants) négocient pour harmoniser leurs points de vue ou arrondir les angles afin d'éviter les grèves devenues inhérentes à chaque début d'une année scolaire. La question centrale dans ces échanges semble être : " Que faire pour que le partenariat Parents - Etat facilite la rentrée et le déroulement de l'année scolaire qui s'annonce ? " Cette même question, l'émission ''Echos de Goma et d'ailleurs … Fissures'' de Pole Institute l'a posée à ses invités. Pour Emmanuel Gashamba, inspecteur d'enseignement secondaire : " Un enseignant, comme tout travailleur, mérite un salaire. Etant donné que ce que l'Etat libère et qu'il appelle salaire est insuffisant pour vivre, les parents suppléent à cela depuis des décennies. Mais, puisqu'ils se sont donnés cette lourde tache, qu'ils acceptent alors de faire mieux que l'Etat. Seulement, cet engagement se révèle trop lourd pour tous ces parents paupérisés car la bonne marche de l'enseignement exige de bénéficier des services d'enseignants sous plusieurs formes : du personnel des coordinations aux inspecteurs, en passant par tous les agents de l'Etat du secteur de l'Education Nationale qui doivent vivre eux- aussi ".

Prime, ''SIDA'', Mbudi : de l'argent réel au salaire hypothétique.

Le salaire d'un enseignant émarge au budget de l'Etat qui prévoit pour le détenteur d'un diplôme d'Etat (l'équivalent du bac) recensé par lui, c'est-à-dire ''mécanisé'', une somme mensuelle de 30.000FC (37.5$ US), soit le prix d'un sac de braise. Et comme les dates de perception de ce salaire sont aléatoires, les bénéficiaires ont vite fait de le rebaptiser Salaire Insuffisant Difficilement Acquis (SIDA). Ainsi le SIDA mensuel d'un licencié (bac+5) est de 36.000FC, soit 45$ US, qu'il doit affecter à la satisfaction de tous ses besoins et de ceux de sa famille. Les enseignants et écoles mécanisés étant la minorité, la survie totale de la grande majorité repose uniquement sur le payement d'une prime par les parents d'élèves. L'école déduit de ce même payement ses frais de fonctionnement. Il est à noter que si les écoles privées s'organisent elles-mêmes, dans toutes les autres écoles, dites ''publiques'', c'est l'Etat qui devrait prendre totalement en charge le salaire du personnel et les frais de fonctionnement des établissements scolaires.

Il y a cinq ans, l'espoir d'une prise réelle de cette responsabilité est venu de la signature, par l'un des Vice Présidents de la République de la période de transition, d'un barème salarial alléchant dont la mise en œuvre n'a jamais commencé. Depuis lors, dans chacune de leurs revendications, les agents de l'Etat font référence au barème de Mbudi, du nom du lieu où il avait été signé. Mais tout cela semble ne pas exister parce que ce sont les parents qui continuent à faire fonctionner le secteur de l'enseignement comme si l'Etat peinait à exister. Voilà le pourquoi des tractations observées avant chaque rentrée scolaire où les agents de l'éducation se retrouvent dans l'obligation de pallier aux défaillances de l'Etat et d'envisager la question du financement de l'instruction des enfants en dehors de son cadre normal.

Rentrée scolaire : une nouvelle traumatisante pour les parents !

La rentrée scolaire 2009-2010 est officiellement fixée au 07 septembre 2009. Mais, avec quoi les parents feront-ils face aux dépenses inéluctables ? Plusieurs écoles n'acceptent que les uniformes et fournitures scolaires vendus par elles-mêmes. C'est de l'argent qu'il faut déjà sortir avant l'ouverture de l'année scolaire. Véritable casse-tête pour des populations en proie à diverses calamités.

A Goma, rien que depuis le mois de juillet, les familles qui ont tout perdu dans des incendies de leurs maisons se comptent par milliers. Ce sont donc des dizaines de milliers d'enfants qui seront toujours dans le dénuement le plus total d'ici le début de l'année scolaire. Et bien que le peu d'aide d'urgence distribué ne soit pas parvenu en priorité aux vraies victimes de cette catastrophe, la collecte de dons continue au nom des victimes désillusionnées.

Les camps de déplacés abritant des producteurs agricoles, réfugiés là suite aux affrontements armés, sont toujours visibles dans la banlieue de Goma. Ce sont pourtant ceux-là qui assuraient la production revendue au petit détail par les femmes dans cette ville où le travail rémunéré n'existe pas ou presque. En juin dernier, le maire de la ville a révélé que le dernier recensement administratif faisait état d'une population urbaine de 790.000 habitants au premier trimestre 2009. Il s'empressait d'ajouter qu'il ne pensait pas que 10% de ses administrés aient un travail régulièrement rémunéré.

Mais cela n'empêche pas les parents de se résigner dans leur état de victimes expiatoires du manque de volonté politique des dirigeants. Pour Florent Baby, président du comité des parents de l'Institut Bakanja de Goma : " la question est la suivante : depuis que les parents payent des primes aux enseignants, depuis tout ce temps que l'Etat s'est dégagé de sa responsabilité de payer les salaires de ses agents, quel est le résultat au fil des années ? Une évaluation des dégâts a-t-elle déjà été faite ? A la fin de l'année scolaire passée, pourrions-nous dire dans quelle mesure la qualité de l'enseignement dispensé a été proportionnelle à l'effort financier des parents ? Et malgré cela, les réunions qui se font aujourd'hui visent à relever le niveau de la contribution des parents sans aucun égard à leur paupérisation accélérée. Pour l'année qui commence, nous savons déjà que l'Etat ne fera pas face à ses responsabilités. C'est encore sur nos épaules, déjà surchargées, que reposera la charge financière des écoles. Mais, pourquoi la part du budget qui concerne l'enseignement ne dépasse pas 2% ? Comment évaluer la part de l'Etat et celle des parents dans le partenariat pour le fonctionnement du secteur de l'éducation ? Donc, si c'est nous qui payons, c'est nous les patrons. Mais alors, comment faire pour dicter nos conditions à notre employé : l'Etat ? C'est le monde à l'envers ! "

L'existence d'un Etat se mesure aussi aux services qu'il rend à ses citoyens.

C'est Maundu Gento, président urbain de la société civile qui commente :" Quand le désordre perdure, il devient la règle. Lemot salaire de l'enseignant n'a pas sa place dans la bouche du parent d'un élève. C'est l'Etat que cela concerne et lui seul. Ce qu'on appelle partenariat Etat - Parents vient d'où ? Quel jour a-t-on vu ces deux-là autour d'une table pour se mettre d'accord sur qui paye quoi pour avoir quoi ? Ce qu'il faut demander - et ce n'est pas la première fois que nous le réclamons - c'est la manifestation d'un esprit responsable dans les agissements de tout citoyen. La grève que les enseignants projettent, ils disent eux-mêmes que c'est pour que les parents se rendent compte de la montée du coût de la vie et ajustent à la hausse leur contribution. Une telle grève aurait dû être conçue pour faire pression sur les vrais responsables, c'est-à-dire ceux que nous avons élu démocratiquement. Et je leur pose une question simple : si à mi-mandat vous n'avez pas encore payé les enseignants, quel bilan allez-vous présenter aux parents pour être réélus ? "

C'est très beau de demander aux citoyens d'aimer leur patrie. S'est-on seulement demandé si, en contrepartie, la patrie n'a pas le devoir de se montrer reconnaissante vis-à-vis de ses citoyens ? Pourquoi un ministre provincial, l'Inspecteur Principal Provincial, le chef de la division provinciale de l'enseignement et le syndicaliste des enseignants trouvent-ils normal qu'une réflexion soit menée pour augmenter la pression sur les parents et non pour maximiser la collecte des recettes de l'Etat ce qui lui donnerait des moyens accrus ?

Le changement ne viendra que par nous ! ! " Si nous voulons que les choses changent, nous devons savoir ce que nous voulons et nous comporter en conséquence. Les revendications doivent être bien dirigées et accompagnées de la pression adéquate", estime Djento.

Goma, 12 août 2009.
Prosper Hamuli - Birali.

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