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Disparition
d'un étudiant à Goma
Goma, 06 novembre
2009
Disparu
depuis le samedi 31 octobre 2009, l'étudiant MBUSA LETAKAMBA est
introuvable malgré les efforts fournis par sa famille et ses camarades.
Agé d'environ
30 ans, MBUSA LETAKAMBA était en troisième année
de Graduat (G3, bac+3) dans la faculté des Sciences sociales à
l'Université de Goma (UNIGOM) où il assumait les responsabilités
de vice-président du Collège des étudiants.
Depuis la rentrée
académique 2009-2010, MBUSA LETAKAMBA s'opposait farouchement à
la hausse des frais académiques décidée par le Ministère
national de l'Enseignement supérieur et universitaire ; alors que
l'année passée les frais s'élevaient à 100
dollars américains par étudiant, ceux-ci sont passés
à 250 ou 280 dollars selon les filières. Pour rappel, les
parents des élèves et des étudiants congolais supportent
une grande partie des frais inhérents aux études de leurs
enfants à travers un système de " prime " ou de
" motivation " versée aux enseignants ; le salaire versé
par l'Etat, qui représente une somme d'autant plus dérisoire
qu'elle se réduit comme peau de chagrin au gré de la dépréciation
de la monnaie nationale, est appelé par dérision "
SIDA " pour Salaire Insignifiant Difficilement Acquis.
Selon ses camarades,
il aurait également réussi à faire avorter une autre
initiative du Ministère de tutelle : le concours d'admission imposé
aux candidats à l'entrée à l'université qui
n'auraient pas obtenu 60% aux épreuves nationales fin d'études
secondaires.
Pour les sources proches
de sa famille, la disparition de Mbusa Letakamba serait liée au
mémorandum dont il était co-signataire adressé au
Ministre national de l'enseignement supérieur en rapport avec le
rabattement du taux de frais académiques. Sa famille indique, par
ailleurs, que Mbusa venait d'être chassé de l'UNIGOM pour
son acharnement à s'opposer à cette initiative gouvernementale.
Contacté, le
recteur de l'UNIGOM, le Professeur GAKURU SEMACHUMU rejette toute implication
de l'autorité académique dans la disparition de cet étudiant
; il reconnaît toutefois l'avoir exclu de son université
pour avoir troublé l'ordre public en portant une tenue militaire
pour chasser de l'auditoire les candidats soumis au test d'admission en
première année de graduat.
Le Conseil provincial
des représentants des étudiants du Nord-Kivu déplore
cette disparition. Dans sa déclaration du 05 novembre 09, il exige
qu'une enquête soit diligentée par les services spécialisés
afin que leur camarade soit retrouvé. Il leur donne déjà
un ultimatum de 48 heures. Au cas où leur collègue ne serait
pas retrouvé, un sit-in sera organisé jusqu'au retour de
leur camarade.
En vue de prévenir
tout débordement, les éléments de la police ont été
déployés depuis le jeudi 5 novembre à l'UNIGOM et
dans certains autres milieux universitaires jugés sensibles comme
l'Institut Supérieur du Commerce (ISC).
Cette disparition
- d'aucuns parlent déjà d'enlèvement !- risque de
tendre de nouveau la vie sociale dans cette ville qui se remet péniblement
d'une suite de traumatismes liés à l'insécurité
et qui a vécu des cas de disparition et d'enlèvements à
l'issue tragique. Le cas de Floribert Bwanachui Kositi, jeune cadre de
l'Office Congolais du Contrôle (OCC) et ancien étudiant de
l'UNIGOM, disparu le 8 juillet 2007 et retrouvé mort le 9 juillet
2007, est encore frais dans les mémoires . Les services concernés
devraient prendre leurs responsabilités pour éviter le pire
et prévenir toute escalade.
Primo-Pascal RUDAHIGWA
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