Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes
Guerre contre les FDLR à l'Est de la RDC : effets et perspectives

Les thématiques de la Gouvernance et de la Sécurité sont intimement liées du fait que la première induit la seconde et que la déliquescence de la sécurité résulte -ou mieux -traduit généralement celle de la gouvernance. Ces deux thématiques, qui sont en réalité de gros problèmes dans notre pays, sont au centre du travail de notre Institut dans sa dimension politique. Et la présence des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) sur le territoire national et plus spécifiquement à l'Est (Nord et Sud Kivu) a constitué et constitue un sujet important de recherche, d'information et de lobby tant au niveau local qu'international du fait des conséquences néfastes de cette présence sur le vécu des populations congolaises qui vivent, dans certaines parties du pays, un esclavage de facto imposé par ces rebelles étrangers.
En juin 2008, soit un semestre après la signature des Accords de paix de Goma entre le Gouvernement congolais et les groupes armés congolais en janvier de la même année, nous avons produit notre premier rapport majeur sur les FDLR, intitulé " La Conférence de Goma et la question des FDLR au Nord et au Sud-Kivu, état des lieux " (1). A l'époque, l'Acte d'engagement de Goma ne faisait aucune allusion claire à l'épineuse question des FDLR alors que, dans leurs déclarations, les différentes communautés ethniques des deux provinces avaient dénoncé le rôle actif des rebelles rwandais dans la détérioration de la sécurité globale. A peine pouvait-on lire, vers la fin du document, que le gouvernement de la RDC s'engage à " s'abstenir de tout appui ou tout soutien militaire ou logistique aux groupes armés nationaux et étrangers ou d'en requérir un appui quelconque à l'armée régulière ". Depuis lors, cet acte d'engagement que nous considérions comme un panneau indicateur qui n'indique que la bonne direction et la distance à parcourir, le reste dépendant de la volonté du voyageur et de sa motivation à faire l'exercice, cet acte a été foulé aux pieds par les signataires et la guerre a repris au Nord Kivu, atteignant son point culminant en octobre 2008. A cette période, la capitale provinciale du Nord Kivu, Goma, se trouvait à portée de mitraillette des rebelles du Conseil National pour la Défense du Peuple (CNDP) de Laurent Nkunda ; quant aux FARDC, l'armée nationale, elles étaient en déroute après une série de revers militaires. Seul un miracle pouvait sauver la ville volcanique d'une chute entre les mains des rebelles. Ce miracle, il eut lieu à partir de janvier 2009, sous forme d'un retournement spectaculaire d'alliances dont les conséquences continuent à se faire sentir. Ainsi, du jour au lendemain, le gouvernement rwandais lâche le CNDP dont il arrête le leader charismatique et le gouvernement congolais intègre de manière accélérée les ex-rebelles et, dans la foulée, invite l'armée rwandaise à des opérations militaires conjointes contre les FDLR ! Ces opérations conjointes appelées " UMOJA WETU " entre les deux armées au Nord -Kivu s'arrêteront en février 2009 mais la traque commencée contre les FDLR se poursuivra au Nord Kivu et au Sud Kivu à travers les opérations " KIMIA II " conjointement menées par les FARDC et les Casques bleus de la Mission de l'ONU au Congo (MONUC). Quel est le bilan de ces deux opérations sur la sécurité globale des populations et sur la capacité de nuisance des FDLR? Comment se porte le processus d'intégration au sein des FARDC des différents ex-groupes armés, près d'un semestre après la signature en mars 2009, d'un autre accord entre les belligérants de 2008 ?
C'est pour répondre à ces questions que nous avons initié une autre recherche dont ce rapport constitue la mise à jour du Regards Croisés nº21. A l'occasion de la sortie de ce rapport, nous avons organisé à l'hôtel Ihusi de Goma une journée portes ouvertes de partage et d'échange autour de nos résultats. A travers des échanges francs, des chercheurs locaux et internationaux, des élus, la presse, les services de sécurité, des leaders politiques, des représentants des jeunes, des femmes et des chefs locaux ont exprimé leurs analyses, leurs espoirs et leurs craintes par rapport à ce contexte de guerre ouverte contre les FDLR. Faute de pouvoir reprendre l'intégralité des propos, nous en reprenons les idées-forces.

Opérations militaires et rapport des forces

1. Les FARDC, dans leur situation actuelle, ne semblent pas disposer des capacités opérationnelles pour une opération militaire fructueuse contre les FDLR. Ces dernières ont l'avantage de maîtriser parfaitement les forêts congolaises au sein desquelles elles se meuvent avec une extraordinaire aisance.
2. Face à ce défi de maîtrise et de contrôle du terrain des opérations, faut-il déployer des troupes comprenant des " enfants du terroir " ? Cette option faciliterait en tout cas la communication entre les FARDC et les populations locales.
3. Les FDLR bénéficient du renfort des groupes armés locaux qui, dans certaines zones, ont retourné leurs canons contre les FARDC (exemple du FPC de Sikuli Lafontaine à Lubero et de l'APCLS de Janvier à Masisi-Walikale ; tous les deux transfuges du PARECO).
4. Les FDLR candidats au retour, notamment les plus jeunes, sont pris en otage par les irréductibles dont la plupart sont lourdement soupçonnés de participation au génocide rwandais de 1994.
5. Les notables congolais devraient initier des négociations directes avec les FDLR qui combattent sur terrain comme l'avait commencé l'Assemblée provinciale, pour trouver des solutions pacifiques de retour. Quant aux cadres politiques FDLR, ils devraient être neutralisés partout où ils se trouvent en Occident et arrêtés lorsqu'ils effectuent des visites auprès de leurs troupes en RDC.

Sécurité des populations

1. Lors ou en marge des opérations militaires contre les FDLR, les populations civiles sont victimes d'une présomption de collaboration avec l'ennemi par les différents belligérants. Elles sont martyrisées par les FDLR qui leur reprochent leur enthousiasme pour les opérations conjointes " Umoja Wetu " quand elles ne sont pas soupçonnées d'être de mèche avec leurs anciens voisins FDLR par les FARDC.
2. Dans certains cas, les FARDC sous couvert des FDLR ou ouvertement, sont impliquées dans des exactions contre les populations congolaises.
3. Les FDLR sont utilisés comme une marque de fabrique : tous les malfaiteurs, y compris les jeunes congolais qui cherchent la survie au bout du fusil, se font passer pour des FDLR pour camoufler leur véritable identité.
4. Les opérations passées et en cours ont comme principal résultat l'éloignement des FDLR de la frontière de leur pays, le Rwanda et leur redéploiement vers des régions congolaises plus profondes. Il y a donc possibilité de déplacer l'insécurité, et les Congolais seront toujours les victimes.(" Si tu trouves un serpent dans ton salon, faut-il l'attaquer en le dirigeant vers la chambre à coucher ou vers l'extérieur ? "). D'où la nécessité d'une solution globale et régionale, en plus de la traque militaire.
5. Les autorités politiques provinciales (Assemblée et Gouvernement) ne sont pas véritablement impliquées dans les processus en cours ; elles observent comme tout le monde alors qu'elles sont les premières redevables de la sécurité des populations.

Intégration

1. Le processus d'intégration militaire accéléré déclenché en janvier 2009 risque de se terminer en catastrophe comme le mixage de 2006 auquel il est souvent comparé. Dans le discours et les analyses des ONG internationales, l'on observe une tendance manichéenne à accorder un brevet de virginité aux FARDC d'avant l'intégration d'une part et le bonnet d'âne de la criminalité à la composante issue du CNDP. Pareil discours, dans un contexte de gouvernance militaire où les soldes ne sont pas régulièrement versés et l'encadrement aléatoire, pourrait précipiter la désintégration d'une armée qui a de la peine à sortir de la logique des composantes.
2. La paix s'éloigne du fait que le gouvernement ne respecte pas les accords signés avec les groupes armés. Le risque de fédération des frustrés et d'alliances des déçus est réel et pourrait conduire, à terme, au retour à la case départ, celle d'avant janvier 2009.

Résurgence des groupes armés locaux

1. Le rapprochement diplomatique de Kinshasa et Kigali et la perspective du retour en RDC des réfugiés Tutsi installés dans des camps au Rwanda et au Burundi ont entraîné des réactions négatives au niveau local, notamment la création ou la réactivation des milices Mai Mai pour la défense des terres des autochtones contre une éventuelle occupation par les " étrangers ".
2. Cette situation rappelle celle des années 1990 où la ressource terre était au centre des conflits ouverts entre les communautés du Nord Kivu ; il est urgent de la décanter pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets.

A la fin de la journée, une question était sur toutes les lèvres et plus qu'une question, c'est une interpellation : " Comment/ que faire pour que la paix ne continue pas à s'éloigner ? Quelles alliances nouer pour maintenir l'espoir né du miracle de janvier- février 2009 ? "

A chacun d'être créatif, pour que notre beau pays, nos belles provinces montagneuses sortent du cercle vicieux des promesses de paix non tenues suivies d'escalades meurtrières pour entrer dans le cercle vertueux de paix et de développement.

La mise à jour de notre rapport sur les FDLR s'intitule justement " La Question des FDLR et les perspectives de paix au Kivu ". Les recherches de terrain ont été menées au Nord Kivu par deux journalistes, Primo Pascal Rudahigwa et Albert Kambale et au Sud Kivu par deux chercheurs indépendants, Sébastien Matenda et Patrick Nyamatomwa. La coordination et la synthèse que nous publions ont été réalisées par Aloys Tegera, directeur de la Recherche à Pole Institute.

Bonne lecture.

Goma, novembre 2009

Onesphore Sematumba
Directeur Information et Plaidoyer.

©Pole Institute.

(1)Pole Institute, Regards croisés nº 21, " La Conférence de Goma et la question des FDLR au Nord et au Sud-Kivu, état des lieux ", juin 2008.

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