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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
La
République Démocratique du Congo
face au problème de ses réfugiés et de ses exilés dans le monde Les enjeux de fond Par KA MANA La question des réfugiés et des exilés congolais en Afrique et dans le monde fait régulièrement surface dans les débats sur la situation de notre pays et sur l'état de son image parmi les nations. Souvent de manière tragique comme à l'occasion de l'expulsion des Congolais d'Angola ou de façon humiliante comme dans le traitement souvent infligé à nos compatriotes dans l'espace européen, cette question nous confronte aux responsabilités qui doivent être les nôtres en tant que peuple conscient de la dignité de chacun de ses ressortissants et de la sécurité de chacun de ses membres partout sur la face de la terre. Compte tenu du fait que notre pays a une diaspora de plus en plus ample et que celle-ci donne l'impression d'être un repaire de tragédies individuelles et de drames collectifs sans fond dans les nations qui nous entourent comme dans les contrées lointaines, il est du devoir de nos dirigeants et de toutes nos institutions de régulation éthique et sociopolitique de notre propre nation de considérer la situation des réfugiés et des exilés congolais comme une question prioritaire pour la construction de l avenir et pour la solution à donner au problème de la paix et de la sécurité en RDC. Surtout en ce moment où cette question surchauffe les esprits, bouscule l'imaginaire et agite orageusement les méninges de beaucoup de nos compatriotes à l'Est de la République, à propos du retour des Tutsi congolais réfugiés au Rwanda. Ces populations constamment annoncées comme massivement en route vers la terre qui est légitimement la leur. Cette terre où cependant la simple idée de leur retour déclenche des peurs irraisonnées, suscite des paniques volcaniques, met en branle des passions vertigineuses et forge de sombres phantasmes sur la possibilité d'une nouvelle période de carnage et d'un nouvel horizon de feu et de sang, pour utiliser l'image du dernier recueil poétique de François-Médard Mayengo. Est-il possible de porter sur tout ce phénomène des réfugiés et des exilés congolais un regard d'ensemble qui puisse permettre d'émettre quelques hypothèses fondamentales sur la signification de l'exil de nos compatriotes et sur leur choix de trouver refuge dans d'autres pays alors que la nation a besoin d'eux face aux enjeux cruciaux du présent et du futur ? C'est parce que je suis convaincu qu'un tel regard est possible que je propose la présente réflexion, en vue d'aller au-delà des peurs, des paniques, des passions et des phantasmes au sujet de l'Est de notre pays et d'avoir une vision globale de la situation des réfugiés et des exilés congolais à l'échelle mondiale. Nous inscrire dans notre histoire depuis l'indépendance Ce qui me paraît important de faire d'entrée, c'est d'inscrire ce problème dans l'histoire immédiate de notre pays, afin de mieux en saisir la source et de mieux en percevoir l'évolution dans la clarté de la raison. Le tohu-bohu originel Si l'on se situe sous cet angle, on ne peut pas ne pas voir que c'est avec l'accession calamiteuse de notre pays à l'indépendance qu'a éclaté la première manifestation du problème qui nous préoccupe aujourd'hui. Je veux parler du phénomène des réfugiés congolais sur leur propre territoire, à la suite des guerres de sécession (Katanga, Kasaï) et des rébellions déclenchées au matin même de notre pseudo autodétermination politique, selon une logique d'instauration d'un Congo du désordre. Le Congo des massacres et des tueries sans fin. Le Congo des conflagrations meurtrières au service d'ambitions politiques complètement délirantes et irrationnelles. Le Congo aux mille démons de démembrement et d'implosion. Le Congo du tohu-bohu, pour tout dire. Dès les premières heures de notre indépendance stratégiquement octroyée par la puissance coloniale, il y a eu un lien direct entre le désordre nouveau au Congo et le déplacement des populations en fuite, un lien profond entre le tohu-bohu fondateur de notre indépendance et le phénomène des réfugiés et d'exilés sur nos propres terres. Ce lien constituera une constante de notre histoire et déterminera un esprit qui nous caractérise aujourd'hui encore. En effet, c'est en tant que nous sommes une nation ivre de son propre désordre et de son propre tohu-bohu que nous implosons dans nos innombrables déraisons meurtrières et dans les folies destructrices qui font de notre pays un enfer pour beaucoup de ses ressortissants. Dès 1960, ces déraisons et ces folies ont fait fuir les Baluba de la région du Kasaï occidental vers le Kasaï oriental, à travers des tragédies humaines dont les meurtrissures, les séquelles psychiques et les traumatismes sont sans doute encore dans l'inconscient collectif. Personne n'a encore oublié l'expulsion sanglante des Kasaiens du Katanga, en de vagues multiples qui ont eu le visage de véritables pogroms et dont la fin n'est pas encore visible, si l'on en juge par la résurgence des milices katangaises assoiffées de violence et criminellement instrumentalisée par des politiciens qui veulent un Katanga de la purification ethnique et de la solution finale. Nous avons ainsi instauré une mentalité de destruction de nous-mêmes par des divisions funestes, avec un pays qui a tendance à devenir un Congo des ethnies, des tribus, des villages, des collines, des terroirs emmurés et blindés dans le refus des autres. En ce moment même où je propose ma réflexion, un article de journal circule dans la ville de Goma pour dénoncer l'envahissement du Nord-Kivu par les Bashi du Sud-Kivu. L'article a l'intention manifeste de susciter la haine ethnique contre les envahisseurs. Il joue sur les réflexes de peur pour volcaniser les esprits et forger des mentalités meurtrières qui serviront sans doute des ambitions de quelques politiciens locaux que le destin global de notre nation n'intéresse sans doute pas. Un peu plus au nord de la province, un nouveau concept politique a pris corps : le concept de glissement. Il désigne et dénonce le mouvement d'une tribu locale que l'on accuse de glisser progressivement de sa niche territoriale naturelle vers les niches naturelles d'autres ethnies qu'elle veut occuper et qu'elle dominera sans doute peu à peu, si aucune résistance violente ni aucune riposte meurtrière ne se mettent en place. Au Katanga encore, la confrontation entre les Baluba originaires du nord de cette région et leurs voisins du sud de la même région semble de plus en plus inéluctable aux yeux de beaucoup d'observateurs attentifs. Des haines s'attisent depuis que la décentralisation à la congolaise donne aux ressortissants du sud l'opportunité de devenir les seuls et uniques maîtres des richesses minières de leur région, au détriment de leurs voisins du nord qui voient venir vers eux un sombre avenir de pauvreté et de misère dans un Katanga divisé en terroirs prêts à la guerre permanente. Au Bas-Congo, il ne faut pas être prophète pour voir que la région se sent humiliée depuis les massacres contre les membres du mouvement messianique et politique Bundu Dia Kongo et le refus des autorités politiques de notre pays de voir ce mouvement se transformer en parti politique normal, qui s'engage normalement sur la scène politique et dans le jeu électoral de la nation. Jusqu'où ce sentiment d'humiliation peut-il conduire en termes d'autodéfense et de haine contre les autres ? Personne ne peut actuellement le dire avec certitude, même si l'on peut craindre que les frustrations accumulées et les meurtrissures empilées dans les consciences ne conduisent à l'exacerbation d'une identité meurtrière dont il sera difficile de juguler les débordements et les intempérances. Dans un tel état d'esprit, il est difficile d'éviter, à plus ou moins brève échéance, des conflagrations intempestives, résultats d'une situation qui aurait pourtant pu être intelligemment gérée, si le sens des intérêts vitaux de toute la nation avait prévalu sur les peurs et les haines destructrices, sur les instincts congolais du tohu-bohu contre lesquels il est urgent de construire un nouveau sens de l'être ensemble dans la nation congolaise. A mon sens, les sentiments de suspicion, de rejet, de haine et de refus que suscite la possibilité du retour de nos compatriotes Tutsi dans la niche nationale congolaise relève de la même logique du désordre et du tohu-bohu. Tout se passe comme si ces concitoyens, dans leur être même et dans leur manière d'occuper notre vision du Congo et de son destin, nous renvoyaient à notre incapacité à construire un ordre vital d'harmonie et de paix profonde entre toutes les tribus qui habitent notre terre. Une certaine frange de notre population croit que le retour des réfugiés Tutsi sur les terres d'où ils sont partis déclencherait de nouveaux conflits et susciterait de nouvelles tragédies. Mais ils ne se rendent pas compte que ces conflits et ces tragédies sont ancrés dans l'imaginaire congolais en tant qu'imaginaire du désordre et non pas dans l'être des réfugiés qui rentrent dans l'espoir de participer à un nouvel ordre de paix qu'il convient de bâtir ici et maintenant. La manière fantasmée dont la question du retour de ces réfugiés est posée montre à suffisance à quel point nous ne sommes pas encore sortis, au Congo, des déterminismes du désordre qui a fondé notre indépendance dans sa substance même; désordre qui est devenu le principe de notre vision de nous-mêmes et des relations entre les tribus sur notre terre. Le mal du mobutisme A cet esprit du tohu-bohu originel, il convient d'ajouter la tragédie de la dictature mobutiste qui a donné naissance au phénomène de la fuite hors du pays pour une multitude de nos compatriotes, avec des vagues de réfugiés et d'exilés dont nous pouvons aujourd'hui présenter le mouvement selon quatre dimensions essentielles. La dictature mobutiste a déclenché avant tout le phénomène des réfugiés et des exilés politiques congolais. A la suite de l'assassinat de Lumumba, beaucoup de Congolais qui s'inscrivaient dans la mouvance idéologique et de sa vision de la nation durent quitter le territoire national. Le plus célèbre de ces réfugiés politiques de la première heure est sans doute Antoine Gizenga, symbole d'une génération sacrifiée sur l'autel de la Guerre froide et condamnée à errer dans le monde loin d'un Congo livré au risque de ce que l'on appelait alors la balkanisation. Le mot indique en lui-même l'état d'esprit de la nation congolaise en ces temps-là : un risque d'éclatement total sous le poids d'enjeux internationaux qui renforcent la dictature mobutiste dans sa férocité et dans ses laves meurtrières. Férocité et laves qu'une bonne frange politique de notre population dut fuir pour trouver refuge ailleurs, dans un exil politique qui dura aussi longtemps que la dictature elle-même. La terreur mobutiste n'engendra pas seulement les réfugiés et d'exilés politiques. Elle donna aussi naissance au phénomène des réfugiés économiques et des exilés alimentaires. Ces hommes et ces femmes furent victimes de l'infernale crise congolaise. En effet, d'année en année ; depuis le début des années 1970, le Congo devenu Zaïre fut pris dans une interminable spirale d'appauvrissement et d'effondrement financier. Pour les populations. Les richesses furent accaparées par une classe sociale prédatrice à la solde d'un pouvoir politique incompétent, au service d'une gouvernance erratique et d'une idéologie en folie, comme dirait Valentin Yves Mudimbe. Avec l'opération de la zaïrianisation de l'économie menée sans préparation et conduite sans aucune intelligence, l'économie congolaise s'effondra et la nation devint, financièrement parlant, un chaos et un gâchis vertigineux, avec l'irruption de la corruption comme mode de structurer l'économie. La misère s'installa partout de manière chronique. Les multiples plans, nationaux comme les fameux plans Mobutu, ou internationaux, comme les non moins fameuses mesures d'ajustement structurel prises par les institutions financières internationales, ne purent sauver le Zaïre, tellement la gouvernance délirante et corrompue était devenue une culture indéboulonnable. Les Zaïrois furent condamnés à fuir hors du pays pour survivre. Nombre de nos réfugiés et de nos exilés dans le monde sont ainsi des réfugiés économiques, victimes de l'incompétence, des inepties économiques et des errances financières de l'ère Mobutu. L'ordre mondial étant ce qu'il est dans son refus de reconnaître le réfugié économique comme un être ayant des droits comparables à ceux des réfugiés politiques, nos compatriotes vivant à l'étranger pour motifs alimentaires furent livrés à une vie de sous-citoyens en pays lointains. Les plus chanceux purent trouver un travail plus ou moins bien rémunéré dans leurs contrées d'accueil. D'autres, tout aussi chanceux, obtinrent tout de même un précaire statut de réfugiés politiques en Europe ou en Amérique. D'autres s'accommodèrent de petits boulots sans commune mesure avec leurs compétences réelles. D'autres encore plongèrent dans la débrouillardise à la congolaise, avec tout que cela suppose d'activation du génie d'invention des mécanismes de toutes sortes pour échapper à la nasse du désespoir. Les guerres pour chasser Mobutu du pouvoir et les conflits meurtriers qui opposèrent les vainqueurs de Mobutu entre- eux ont fait empirer le phénomène des réfugiés et d'exilés congolais dans les pays voisins et dans le monde. Les dimensions économique et politique du phénomène de nos compatriotes fuyant la guerre se conjuguèrent pour donner à notre pays l'image d'un vaisseau en perdition. Avec le génocide des Tutsi au Rwanda et son effet boomerang destructeur dans notre pays, les réalités devinrent complètement incontrôlables et une culture du soupçon à l'égard de nos propres compatriotes Tutsi prit corps dans des conditions particulières où le Rwanda, devenu un voisin dangereux et agresseur, contribua à faire croire aux Congolais que tout Tutsi ne peut être que Rwandais et doit par tous les moyens être contraint de rentrer dans son pays considéré par le Congo comme une terre ennemie. Quand je pense à ce qui s'est passé dans cette atmosphère, je ne peux pas ne pas penser à l'image du match de football que j'ai regardé au cours de la CAN 2010 en Angola. C'était le match entre l'Egypte et le Cameroun. L'équipe camerounaise dominait ce match jusqu'au moment où un joueur camerounais, par pure étourderie, servit lui-même, comme sur un plateau d'or, une balle providentielle à un égyptien qui ne peut que la mettre au fond des filets, offrant ainsi une victoire inespérée à une équipe égyptienne qui profita à partir de ce moment d'un soutien manifeste de l'arbitre qui valida même un peu plus tard au cours du match un but essentiellement imaginaire au profit de l'Egypte. A mon sens, nous Congolais, nous avons eu le même geste que le joueur camerounais : nous avons offert nous-mêmes nos propres Tutsi comme une balle magnifique au Rwanda qui eut alors la divine opportunité de les mettre dans nos propres filets dans un " but " victorieux qui nous a fait perdre la guerre de l'Est, avec le soutien d'une communauté internationale dont l'arbitrage est manifestement au profit du Rwanda. J'utilise là une image, mais elle vaut son pesant dans une situation où la question de nos réfugiés Tutsi n'est jamais abordée avec toute la lucidité nécessaire pour redonner à ces compatriotes une place clairement visible dans un nouvel ordre national congolais. Nous ne nous le disons pas en toute vérité : c'est parce que nous considérons toujours ces concitoyens comme le Cheval de Troie du Rwanda chez nous que nous avons du mal à croire à leur sincérité dans leur volonté de vivre sur leur terre congolaise sans servir les intérêts rwandais que beaucoup de Congolais perçoivent comme un projet de balkanisation, de démantèlement, de pillage et de destruction de notre nation. Trois dynamiques
identifiables La première dynamique est positive. Elle est celle des Congolais de l'étranger qui veulent faire de la situation de diaspora une force pour la reconstruction mentale, psychique, politique, sociale, culturelle, éducationnelle et religieuse de notre nation. Ces Congolais ont à cur le destin global du pays et animent beaucoup de lieux de réflexion et d'activisme au service d'une certaine vision positive de notre pays : Ils sont le Congo de la diaspora consciente. Une diaspora qui s'est dotée d'un discours politique de révolte et qui veut des actions de changement claires, même si son discours prend souvent des allures des délires politico-politiciens hypercritiques sans véritable perspectives d'uvres de reconstruction solides et crédibles. Chez cette diaspora, l'exil a souvent un côté ambivalent : un souci du salut de la nation en même temps qu'un manque de lucidité pour faire de ce souci non pas un instrument d'agitation sans fin, mais un levier de nouvelle conscience créatrice, loin des attitudes stériles et des paroles qui insultent et détruisent plus qu'elles n'éclairent et ne produisent des effets concrets de transformation sociale. A côté de cette dynamique s'est développé un phénomène des réfugiés et exilés experts en escroquerie et coups fourrés de toutes sortes, avec le développement d'une image profondément catastrophique des Congolais dans le monde. Sous prétexte de faire payer la dette coloniale à l'Europe, des compatriotes ont mis sur pied des systèmes de vol, d'escroquerie, de prostitution et de religiosité manipulatrice, au profit d'instincts d'enrichissement sans souci de moralité publique ni de dignité pour l'identité congolaise en tant que telle. Cette internationale congolaise du mal a porté un coup fatal à l'image du réfugié et de l'exilé congolais. Une image que le grand génie des grands intellectuels congolais expatriés n'arrive pas à renverser dans ses ressorts négatifs. Entre les forces congolaises du bien et les énergies congolaises du mal grouillent des réfugiés congolais parqués dans des camps au sein de notre pays et dans les pays voisins. Ces hommes et ces femmes n'ont qu'un désir : rentrer dans leurs villages ou dans leur pays, retrouver leurs terres et vivre heureux, loin des horreurs de la guerre et de la culture du crime et du mépris de la personne humaine. Ces hommes et ces femmes ont droit à la vie, à la dignité, à la prospérité et à la dignité sur la terre congolaise qui est leur patrie. Les vrais enjeux Si la situation est telle que nous venons de la décrire, il est clair que le grand enjeu de la question des réfugiés et des exilés congolais est la construction d'un nouvel ordre national où tous les Congolais et toutes les Congolaises mettent ensemble les atouts et les génies respectifs de leurs tribus pour pouvoir développer un vivre-ensemble de paix et d'utopie conviviale. Ce vivre-ensemble, c'est de bâtir une société de développement communautaire. Avec une éthique de reconnaissance mutuelle et de mise en synergie de nos capacités congolaises à construire un nouveau Congo. Je pense qu'un tel enjeu de développement exige que tous les réfugiés et tous les exilés qui le désirent rentrent sur notre terre et s'engagent à l'émergence d'un grand Congo de l'espoir non seulement pour les Congolais, mais pour tous les peuples de la région des Grands Lacs et de toute l'Afrique. Un Congo capable de répondre aux besoins vitaux de ses populations et d'enrichir ses voisins en se laissant aussi enrichir par eux, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Notre vivre-ensemble, c'est aussi l'exigence de promouvoir une gouvernance démocratique qui puisse détruire les pesanteurs actuelles de nos identités tribales de plus en plus meurtrières, de plus en plus gorgées de haines et de violence. Si on se penche sur toutes les dynamiques destructrices de ces identités, on doit pouvoir se poser aujourd'hui une question capitale : sommes-nous vraiment encore une nation au Congo ? Ne sommes-nous pas en train nous-mêmes de démanteler notre pays par des attachements à nos terroirs qui se regardent en chiens de faïence ou s'arc-boutent les uns contre les autres dans des blindages totalement destructeurs. Aujourd'hui, contrairement à ce que l "on croit, le danger qui menace le Congo est plus de l'ordre d'une implosion intérieure due à nos étourderies tribalistes qu'une balkanisation qui viendrait de l'extérieur. Une telle balkanisation n'est possible que si nos identités meurtrières nous font pourrir de l'intérieur en détruisant petit à petit nos capacités de volonté de vivre ensemble. Si nous continuons sur notre pente actuelle, le Congo sera démantelé à coup sûr. Ce n'est pas le meilleur scénario pour notre avenir. Le seul scénario qui vaut la peine, c'est un Congo uni dans toutes ses énergies ethniques créatives, avec des Congolaises et des Congolais qui auraient la liberté de vivre où ils seulement partout au Congo et d'être à l'étranger non pas parce qu'ils fuient leur pays, mais parce qu'ils contribuent à faire rayonner le génie congolais partout dans le monde. Cela exige une nouvelle culture et de nouvelles structures des mentalités : l'urgence d'un nouvel imaginaire congolais pour une vision ardente d'un Congo de la grandeur, de la splendeur et de la fascination. Ce Congo- là, aucune ethnie ne le construira seule. Nous avons le devoir de le construire ensemble, avec tous nos réfugiés et tous nos exilés animés par le nouveau souffle d'un pays porté par une forte volonté de sa nouvelle indépendance. Goma, 23 février 2010 Kä Mana |
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Mise
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