| La
paix négociée de manière crédible est plus féconde
qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
REPENSER L'INDEPENDANCE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE
DU CONGO
De
la faillite de notre liberté à la nouvelle vision du destin
de notre pays
par
Kä Mana
Au lieu d'être
célébrée comme l'année de fête pour
les 50 ans de notre indépendance, avec des dépenses somptueuses
et des manifestations grandioses qui n'ont aucun sens dans la situation
réelle de la nation congolaise aujourd'hui, je me demande sérieusement
si l'année 2010 ne devrait pas être décrétée
année solennelle de réflexion lucide et de méditation
attentive en vue de propositions nouvelles pour construire l'avenir de
notre pays. Ce pays où personne ne peut aujourd'hui dire avec exactitude
vers où nous allons ni comment nous pouvons uvrer pour donner
à notre existence communautaire un poids de respect, de dignité
et de crédibilité dans le monde actuel.
Dans un vide de
sens et de raison d'être
Plus j'y réfléchis,
plus il me devient évident que les solennités et les réjouissances
festives qui sont projetées pour la célébration de
50 ans d''indépenance du Congo n'ont aucune raison d'être.
Elles n'ont aucune raison profonde d'être parce que l'indépendance
dont il s'agit a été, et nous le savons tous, une folklorique
fiction, une tragique fumisterie publique et un désastreux marché
de dupes qui ont laissé le pays entre les mains de nouvelles élites
" nègres " dont le bilan se montre maintenant tel qu'il
est réellement : une catastrophe.
Elles n'ont aucune raison d'être parce que les cinq décennies
que nous venons de traverser ont été pour le pays une période
de misère généralisée et de divagation despotique.
Misère et divagation qui ont fait regretter à des nostalgiques
du Congo belge l'ordre colonial dont ils prétendent qu'il avait
au moins l'avantage d'être un ordre face au désordre global
du Congo indépendant actuel. Ce Congo désespérant
dont ces nostalgiques des temps coloniaux n'auront aucune peine, images
à l'appui et tableau objectif des faits entre les mains, à
montrer à quel point il est un cataclysme face aux huit décennies
précédent au cours desquelles la Belgique fut aux commandes
sur nos terres.
Si on peut ainsi montrer avec facilité à quel point notre
aujourd'hui congolais est pire que la présence belge sans susciter
de manière crédible un contre-discours qui prouverait que
notre " liberté " vaut mieux que l'ère de l'esclavage
inauguré par l'Etat Indépendant du Congo (EIC) et continué
par un système colonial d'exploitation de l'espace congolais par
l'Etat belge, ce n'est pas parce que, d'un point de vue objectif, les
temps coloniaux furent réellement meilleurs que notre aujourd'hui
en termes de situation humaine, mais parce que l'ère de la liberté
congolaise a été plutôt une ère de gaspillage,
de trahison et de pourrissement de cette liberté. Au cours de nos
décennies de liberté, nous avons détruit toutes les
possibilités de réussir ce que l'on est en droit d'attendre
effectivement de toute liberté : la capacité de construire
du nouveau en rupture avec le passé d'esclavage.
Le vrai problème est là. Il ne consiste pas à comparer
les conditions matérielles des populations au temps de l'EIC et
à l'ère de la colonisation belge par rapport à l'état
matériel du Congo actuel, comme s'il y avait une quelconque commune
mesure entre esclavage et liberté. Le vrai problème est
de mesurer la force créative des Congolais d'hier, qui ont lutté
pour l'indépendance, avec les possibilités des Congolais
actuels qui sont censés être libres pour construire un nouveau
destin à leur nation.
Rien que sous cet angle de la force créative d'un peuple face aux
défis de son histoire, ce que nous vivons aujourd'hui en termes
de gaspillage, de trahison et de pourrissement de notre liberté
nous disqualifie face aux combattants du passé qui ont lutté
contre le régime de l'EIC et contre les réalités
de la colonisation belge. Dans des conditions de privation radicale de
liberté, ces hommes ont pu prendre la parole et se sont organisés
pour imposer à l'histoire une nouvelle orientation. Même
si leur combat n'a pas abouti à la totale indépendance qu'ils
espéraient, il a au moins manifesté en eux un type d'être
et une structure de mentalité en rupture avec l'esclavage. Ils
eurent une haute idée de la liberté et firent plier l'échine
au colonialisme. Un système qu'ils obligèrent à négocier
sa propre survie à travers de nouveaux mécanismes que nous
désignons actuellement par les termes de néocolonialisme.
Nous, Congolais d'aujourd'hui, dans un cadre mondial qui nous donne plus
de marges de manuvres qu'aux combattants anticolonialistes, nous
ne pouvons pas dire que notre type d'être et nos structures de mentalités
sont à la hauteur des enjeux du présent et du futur. Nous
ne pouvons dire que nous pouvons, tels que nous sommes, casser, par une
parole nouvelle et un nouveau sens d'organisation, les ressorts de la
néo-colonisation et de la mondialisation néolibérale
qui sont notre carcan vital actuellement. Dans sa substance profonde,
notre être ne donne pas l'impression d'avoir la puissance créatrice
des Congolais qui ont affronté le colonialisme. Nous avons un type
d'être qui ne peut pas conduire réellement à un faire,
à un agir radical de transformation de notre destin néocolonial
en destinée de vraie liberté inventive.
Nous nous trouvons ainsi dans une situation paradoxale où, devant
faire le point sur ce que nous avons véritablement réalisé
en cinquante ans en tant que Congolais dans notre pays et ce que nous
avons fait de toutes les promesses fleuries que nous nous étions
glorieusement et pompeusement tissées comme voie d'avenir au matin
des années 1960, nous sommes obligés de reconnaître
la faillite de notre liberté dans presque tous les domaines essentiels
de la vie.
Dans un tel contexte d'un Congo en faillite, écartelé entre
l'angoisse d'être balkanisé et la peur d'être toujours
envahi par ses voisins ou mis carrément sous tutelle internationale,
la tâche qui s'impose vraiment n'est pas celle de célébrer
avec pompes une liberté que nous n'avons pas pu assumer de manière
créative ni de danser orageusement une pseudo autodétermination
que nous avons manifestement trahie, mais de penser notre futur et notre
destinée sur des bases nouvelles. 2010 devra être ainsi un
temps de méditation sur les exigences fondamentale du futur. Une
période de lucidité et de remise en question de nous-mêmes,
en vue de repenser aujourd'hui l'indépendance, de réimaginer
de fond en comble notre autodétermination et de dégager
par la réflexion l'horizon de la liberté réelle qui
devrait être désormais notre tâche.
L'impératif est donc de construire et de vivre une nouvelle indépendance
dont la substance ne soit ni illusion funeste, ni fumisterie tragique,
ni marché de dupes. Une indépendance qui soit pensée,
réfléchie, mesurée dans tous ses enjeux et fondée
comme volonté et comme dynamique de sens, au lieu de n'être
que le prolongement des errances et des incompétences de nos cinq
dernières décennies sous la houlette des élites qui
ont conduit le pays à ses détresses, à ses désespérances
et à ses désarrois actuels.
La faillite d'une élite et de son peuple
On ne peut pas penser
une telle indépendance si on ne se penche pas avec lucidité
sur la faillite générale de ces élites congolaises
depuis cinquante ans. Ce sont ces élites qui ont négocié
avec la Belgique le contenu même de notre autodétermination.
Ce sont elles qui ont fait le choix le plus catastrophique dont nous souffrons
encore aujourd'hui : celui d'une éthique de caniches. Un véritable
complexe de profondeur dont les Congolaises et les Congolais ont des difficultés
à réaliser qu'il est notre être et notre vision du
monde depuis que nous sommes indépendants.
Quand je parle de l'éthique ou du complexe des caniches, je pense
à un moment précis de notre histoire où furent inventés
les principes du néocolonialisme : le temps de la table ronde entre
pouvoir belge et groupe des Congolais venus négocier l'indépendance
de leur pays en 1960. A ce moment-là, précisément
à ce moment-là, le Congo a fait le choix de s'accommoder
d'une indépendance magique, jubilatoire et prestidigitationniste,
qui rompait avec le sens de la lutte de tous ceux qui avaient consacré
leur vie à combattre en profondeur le colonialisme comme système
global. Par inconscience, par incompétence, par étourderie
ou par simple calculs d'intérêts à court terme, les
négociateurs congolais de la table ronde ne virent pas que la coquille
qui leur fut donnée était vide, tragiquement vide en termes
mêmes d'indépendance et d'autodétermination d'un peuple.
Ils ne virent pas que la Belgique venait d'accoucher d'un nouvel être
congolais : l'homme-caniche dont Mobutu fut le parangon ridicule et dérisoire.
C'est un homme qui se précipite dans l'aire politique sans disposer
d'une véritable solidité d'être et d'une substance
de principes pour construire une vraie destinée de liberté.
Lumumba avait vu juste quand il n'a pas voulu de cette indépendance
de caniche. Il avait raison, mais il ne fut pas compris. Dans une atmosphère
d'ambiguïté générale où les Congolais
perdirent complètement la raison au point de laisser la proie de
la liberté pour l'ombre d'une autodétermination néocoloniale,
il a voulu une indépendance en rupture radicale avec les mentalités
de ce qu'il était lui-même " en tant qu'évolué
" au sein du système colonial. Lumumba avait compris que l'indépendance,
loin d'être un faisceau lumineux de slogans politiques ou une jubilation
éjaculatoire des manifestations populaires pour chanter, danser,
boire et jouir dans des euphories " nègres ", exigeait
avant tout une certaine substance de l'être et une capacité
de prendre des décisions qui ne soient pas maternées ou
téléguidées par l'ancien ordre colonial.
Si Lumumba a été tué, ce n'est pas seulement parce
que les puissances étrangères comme les Etats-Unis et la
Belgique ne voulaient pas des options politiques qu'il incarnait. C'est
surtout parce que, au fin fond de nous-mêmes, nous Congolais des
indépendances, nos élites en premier, nous avons pratiquement
opté pour ce que Lumumba refusait : une indépendance de
façade. Celle qui ferait des élites " nègres
" les nouveaux maîtres d'une terre où ils feraient à
la place du Blanc ce que le Blanc faisait et qui fascinait, envoûtait
et ensorcelait ces nègres " évolués " complètement
formatés selon les principes d'une " évolution "
anthropologique piégée. La mort de Lumumba n'a pas été
un accident de l'histoire dont la responsabilité incomberait uniquement
aux maîtres du néocolonialisme comme nouveau système.
Elle a été la manifestation et la conséquence logique
d'un choix que nous avons fait, nous Congolais, de tuer Lumumba en nous-mêmes
au profit d'un projet néocolonial accepté et négocié
par nos élites à la table ronde de 1960.
La preuve de ce que j'affirme est dans le fait que, depuis la disparition
de Lumumba, le système du désir des Congolais et le mode
de gouvernance instauré par les élites congolaises sont
essentiellement mimétiques par rapport au mode de vie de l'Occident
considéré comme modèle d'une modernité éternelle
et indépassable. Ces manières d'être et de gouverner
des Congolais sont même devenues des caricatures ridicules et des
parodies de la modernité politique. Nos élites singent superficiellement
le Blanc dans sa manière d'être sans être capables
d'incarner la créativité du même Blanc dans sa force
d'organisation et de créativité. Ce sont des caniches qui
agitent la queue devant un maître qui les caresse dans le sens du
poil et n'ont pas suffisamment de matière grise pour devenir eux-mêmes
comme ce maître. C'est là le tragique de l'indépendance
congolaise : l'incapacité des caniches à être comme
leur maître, à penser comme leur maître, à organiser
l'espace de vie comme leur maître et à vivre à la
hauteur de leur maître.
Il suffit de regarder attentivement comment notre pays a été
pensé et gouverné par les principes du mobutisme et la manière
dont toutes nos populations ont validé, en pensée comme
en désir, le mode de vie de leurs élites, pour voir à
quel point nous avons profondément dit nous-mêmes non au
projet de Lumumba en matière d'indépendance. Il suffit de
voir à quel point les successeurs de Mobutu ne rêvent que
d'être et de gouverner comme Mobutu pour réaliser que le
mobutisme comme dynamique anti-lumumbiste continue d'être notre
choix de vie et de gouvernance. Nos populations adhèrent à
ce projet, malgré le semblant de critique qu'une certaine opposition
agite sans convaincre qu'elle est capable de penser autrement la gouvernance
et de pratiquer autrement la politique face à l'envoûtement
qu'exercent sur tous les Congolais " évolués ",
et même sur tout notre peuple, la réussite matérielle
selon les canons de l'Occident.
Plus encore que le poids réel de la capacité occidentale
à nous dominer, la défaite du choix de Lumumba en nous est
notre pathologie de fond en matière d'indépendance. J'en
ai pour preuve la manière dont vivent tous les intellectuels dissidents
qui ont été jadis ou qui sont dans le cercle du pouvoir
politique aujourd'hui : ils sont pratiquement tous des caniches qui masquent
leur inconsistance par l'éclat d'une réussite matérielle
ostensiblement symbolisée par des biens essentiellement individuels
(voitures, maisons et comptes en banque). Ils ne sont pas de symboles
d'une énergie de liberté pour changer le Congo. Ils ont
perdu le sens de toute destinée communautaire visant la grandeur
du Congo et son rayonnement mondial. Ils n'ont d'yeux et d'oreilles que
pour les recommandations qui viennent des institutions financières
internationales dont ils attendent la manne pour le moindre petit projet
de construction du pays. Ils sont même heureux de voir notre pays
se faire reconnaître comme pays pauvre très endetté
(PPTE), afin de pouvoir bénéficier des dividendes propres
à ce statut dans l'ordre mondial.
Dans cette étrange vision, ils sont soutenus par les populations,
par leurs terroirs locaux qui se reconnaissent en eux et qui les reconnaissent
comme le modèle de toute réussite dans le Congo d'aujourd'hui.
Avec de telles élites et une telle population, la défaite
de la vraie indépendance ne peut qu'être consommée
au profit de l'indépendance des caniches.
Tant que nous ne nous serons pas attaqués aux raisons profondes
de cette défaite en nous, nous n'aurons que cette indépendance
dérisoire et vaine, pour laquelle nous préparons des festivités
grandioses, célébrations que nous organiserons sans doute
avec l'argent que nous solliciterons auprès des institutions financières
internationales, sans aucun sens de notre dignité ni aucune volonté
de nous faire respecter comme nation indépendante et consciente
de ses responsabilités d'Etat libre et bâtisseur de sa destinée.
Les raisons de notre défaite
La raison la plus
profonde de la défaite de l'indépendance en nous, c'est
l'être même de nos élites dirigeantes : leur formatage
néocolonial qui a fait d'eux des jouisseurs, au lieu qu'ils deviennent
des créateurs de nouvelle destinée. Quand la jouissance,
comme dirait le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga, prime sur
la force d'imagination créative chez les dirigeants d'un peuple,
il est difficile de penser et de vivre l'indépendance dans ses
enjeux de fond. Depuis les temps de Mobutu jusqu'à nos jours, les
élites dirigeantes jouisseuses ont cassé dans notre pays
tous les ressorts de l'indépendance. Matérielle, sociale
ou même érotique, cette jouissance devenue valeur suprême
a détruit en nos dirigeants tout sens des valeurs les plus hautes
de l'existence : la liberté, l'esprit du sacrifice, la force de
dignité, l'énergie du travail, la dynamique de créativité,
le réflexe d'organisation rationnelle et l'amour, socle même
de l'humain.
Par manque de ces valeurs, notre mode de gouvernance sombre dans le complexe
de caniches. Nos princes de la politique oublient alors que la modernité
dont ils veulent jouir et dont ils incarnent tous les avantages devient
un sarcophage inutile si nous ne nous rendons pas compte chez nous qu'elle
est, au cur de l'ordre mondial actuel, un état de guerre
permanent pour la vraie indépendance. Dans un tel contexte, les
élites qui devaient être des chefs de guerre deviennent des
collaborateurs pour ceux qui veulent détruire tout sens de liberté.
Nous n'avons pas besoin de telles élites. Nous avons besoin, pour
la nouvelle indépendance qu'il nous faut conquérir, de vrais
chefs de guerre pour notre liberté. Des hommes qui sachent, pour
reprendre un mot du romancier algérien Rachid Mimouni, " exceller
à découvrir la faille dans le plan adverse, à prévoir
aussitôt la riposte et à intégrer un ensemble d'actions
improvisées dans un système plus vaste, préparé
de longue date ". Sans une telle élite dirigeante, l'indépendance
n'est pas pour demain.
La deuxième raison de notre défaite face aux exigences de
notre liberté, c'est l'adhésion de beaucoup de Congolaises
et de Congolais à l'esprit et aux structures de mentalité
incarnées par la classe dirigeante. Des forces intellectuelles
aux milieux populaires, il est difficile de trouver chez nous des organisations
dont les membres dépassent le désir de jouissance matérielle
pour se consacrer aux enjeux communautaires en mettant des moyens ensemble
et en bâtissant des stratégies claires d'aller au-delà
des égoïsmes identitaires liées à nos provenances
ethniques. Nos partis politiques souffrent de cette carence d'éthique
communautaire. Nos structures éducatives, depuis les écoles
maternelles jusqu'aux universités, meurent de cette même
carence. Nos organisations de la société civile et même
les Eglises n'échappent pas à ce cancer. Il en résulte
un effondrement moral global qui nous précipite dans les misères
les plus absurdes, nous qui habitons pourtant l'un des pays les plus riches
de la planète. Quand un peuple n'a pas en lui-même l'énergie
mentale et organisationnelle pour répondre aux problèmes
les plus élémentaires de sa propre misère (se nourrir,
se loger, se soigner, se doter d'infrastructures éducatives et
sociales solides), il ne peut pas assumer les tâches les plus hautes
de la liberté et de l'indépendance (la capacité de
faire rayonner sa propre humanité profonde dans les valeurs les
plus hautes du développement humain et dans la promotion du bonheur
communautaire comme principe de civilisation).
La troisième raison de la défaite de notre indépendance,
c'est justement le refus de fonder notre être sur ces hauts principes
d'humanité dont les ressorts les plus profonds sont la raison,
l'éthique et la spiritualité au service de la splendeur
de l'humain.
Quand on voit à quel point notre système éducatif
est en ruines, on ne peut que se faire vite l'idée de l'état
de la raison dans notre société. Quand on observe l'état
de notre système judiciaire, l'explosion exponentielle de la corruption
et de l'impunité dans notre société ainsi que le
développement sauvage des inégalités et de la criminalité
sur nos terres congolaises, on sait vite où en est l'éthique
dans nos consciences et dans nos esprits. Quand on regarde la manière
dont rayonnent l'escroquerie religieuse et les délires de mystification
spiritualiste dans les églisettes et les mouvements d'imbécillisation
publique de nos populations au nom de Dieu, on ne peut que mesurer le
degré de la vraie détresse spirituelle de notre nation.
C'est dire que chez nous, les fondations mêmes de la civilisation
sont ébranlées. Les piliers de l'humanité sont secoués.
Les leviers du progrès sont cassés de l'intérieur.
La nouvelle indépendance dont nous avons besoin devra agir sur
notre capacité à retrouver ces leviers, ces piliers et ces
fondations de civilisations en nous-mêmes et de construire sur ces
bases le nouvel être congolais.
Conclusion
Nous, Congolaises
et Congolais d'aujourd'hui, nous sommes confrontés maintenant à
ces problèmes profonds de notre être même. Depuis les
élites dirigeantes jusqu'aux couches les plus populaires de notre
peuple, nous sommes désormais face à nous-mêmes pour
le plus crucial et le plus radical défi de notre destinée
: inventer le nouvel être congolais.
C'est en ces termes qu'il nous convient désormais de poser la question
de notre nouvelle indépendance. Impérativement. Avec la
conviction que cette nouvelle indépendance est la seule voie dont
nous disposons pour devenir une nation crédible dans le monde et
un peuple porteur de nouvelles espérances pour l'humanité.
Kä Mana
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