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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
SAKE : UNE BOURGADE PAUVRE
MAIS TRES CONVOITEE
Village, ville, cité ? Difficile de déterminer
le statut de Sake, cette agglomération- carrefour qui ouvre sur les
routes de Goma (Est) de Kitshanga- Mweso (Nord-Est), Masisi Centre –Walikale
(Nord-Ouest) , Kirotshe- Minova-Bukavu (Sud). Cette position stratégique
a placé Sake dans la ligne de mire de différents protagonistes aux récentes
guerres qui ont endeuillé l’est de la RDC et plus particulièrement celle
entre le Gouvernement de la RDC et la rébellion du CNDP conduite par
Laurent Nkunda entre 2004 et 2008. En effet, le contrôle de ce « verrou »
a été âprement disputé entre des rebelles du CNDP basés au sommet des
nombreuses montagnes qui surplombent la bourgade et forces gouvernementales
qui, avec l’appui des troupes et des hélicoptères de la mission onusienne
MONUC (aujourd’hui devenue MONUSCO), essayaient de protéger une place
qui ouvrait littéralement sur un macadam
vers la capitale provinciale Goma dont elle n’est séparée que
par 27 kilomètres. Pendant cette période d’extrême violence, les habitants
de Sake avaient largement déserté leur village –ville- cité pour trouver
refuge dans les différents camps des déplacés que les Humanitaires avaient
déployé entre Sake et Goma. Cet épisode est encore frais dans les mémoires
des habitants qui, lors du passage de l’équipe de Pole Institute dans
le milieu le 13 décembre 2011, expliquent la pauvreté ambiante par cette
guerre qui a déstructuré, selon
eux, l’économie locale. « La pauvreté est une réalité ici, nous explique
Mama Kursumu. Les gens n’ont plus aucun pouvoir d’achat. Auparavant,
ici à Sake, l’on abattait des vaches au quotidien ; aujourd’hui,
un boucher va acheter un quartier de viande de vache à la SABAGO (l’abattoir
de Goma) pour le re- découper en morceaux qu’il donne à des revendeuses
qui, elles-mêmes vont les re- re- découper afin de proposer aux acheteurs
des quantités qui correspondent à leur bourse. C’est ça la vie ici,
plus personne ne peut s’acheter un kilo entier de viande de vache. » Dans le groupement de Kamuronza, dont Sake est le chef-lieu,
l’élevage du porc est très répandu et une importante boucherie propose
de la viande de porc chaque jour dans cette bourgade où la religion
musulmane occupe pourtant une place importante. « La plus grande
quantité de viande de porc est consommée à Goma, nous explique une bouchère.
Les commerçants de la ville viennent acheter ici de la viande de porc
en gros, ils ne nous laissent souvent que des têtes et les entrailles
que nous pouvons écouler ici. » Avec un kilo proposé à 3 000 Francs
congolais (USD 3,3), la viande la plus consommée dans le monde n’est
pas à la portée de toutes les assiettes à Kamuronza. Cependant, les membres du noyau d’organisateurs de la
communauté de Sake ont identifié beaucoup d’autres causes, plutôt structurelles
que contextuelles, de cette pauvreté plutôt endémique en dépit de « la
débrouillardise » dont la population s’enorgueillit. La principale
d’entre elles est sans conteste la rareté des terres pour des populations
essentiellement paysannes. « Nous vivions de la culture dans des
concessions, explique Hataliki, agent du groupement de Kamuronza. Mais
depuis quelques années, les concessions ont été achetées par des particuliers ;
certains pour y appliquer l’élevage extensif, d’autres pour y pratiquer
l’agriculture sur une petite portion des terres en laissant le reste
en friches alors que des milliers de paysans sans terre se meurent dans
le voisinage. » Entrevoient-ils des solutions à ce problème ?
« L’Etat devrait mettre en place une réforme agraire, comme cela
s’est passé au Rwanda récemment. Comment quelqu’un peut-il s’arroger
200 voire 500 hectares ? L’Etat devrait limiter à 20 hectares les
concessions individuelles et répartir le reste aux paysans », s’insurge
le même agent, avant de reconnaître que cela sera un vœu pieux aussi
longtemps que ce sont les hommes politiques qui sont les plus friands
des concessions et qu’ils ne mettraient pas en œuvre une réforme dont
ils seraient les premiers à faire les frais. « Et il n’y a pas que les concessions, une grande
partie de Kamuronza est occupée par le Parc National des Virunga et
le reste, c’est de la pierre de lave », complète Mama Espérance
, cheftaine d’une localité à
Sake. Notons que ces concessions datent de l’époque coloniale ;
après avoir été des propriétés des colons belges, elles ont connu des
fortunes diverses après l’indépendance du pays en 1960, passant notamment
aux mains des « acquéreurs », ces proches du régime Mobutu
qui se sont partagés les biens des étrangers à la faveur de la calamiteuse
mesure de zaïrianisation » de 1973. Les dignitaires des régimes
successifs se sont par la suite rués sur ces terres qui constituaient
une valeur sûre dans un contexte où ni la monnaie ni le système bancaire
du pays n’offraient aucune garantie, mais sans qu’ils les mettent véritablement
en valeur, au grand bonheur des riverains qui les squattaient pour pratiquer
l’agriculture de subsistance. Depuis qu’un minimum de sécurité est perceptible
dans le Masisi, d’autres investisseurs, autrement plus motivés, ont
misé sur les concessions, privant les squatteurs des terres qu’ils avaient
longtemps cru sans maître. Mais à part tous ces défis quotidiens, le citoyen de
Sake vient de vivre l’événement politique de cette fin d’année 2011 :
l’élection du Président de la République et des députés nationaux.
Parmi les griefs des populations de Sake face au travail
de la CENI, la délocalisation des électeurs en pleine opacité a été
particulièrement dénoncée. En effet, ici comme partout ailleurs en RDC,
la CENI a procédé à l’extension des centres de vote sans que les électeurs
concernés ne soient informés. Ces extensions sur base de l’ordre alphabétique
et non selon la proximité des centres a conduit parfois à des situations
absolument ahurissantes, certains électeurs se retrouvant affectés à
des centres situés à plus de soixante kilomètres de leur domicile !
« Certains noms des habitants de Sake ont été retrouvés sur des
listes affichées à Kitshanga, à 62 kilomètres d’ici », selon Mao.
Ceux-là ont, évidemment, renoncé à l’exercice. Un autre problème relevé par nos interlocuteurs est
la mainmise du personnel enseignant sur les opérations de vote. «
Les agents de la CENI affectés dans les bureaux de vote étaient tous
des enseignants de l’école où se déroulait le scrutin, et le directeur
en était le chef du centre. Il leur était donc facile de se mettre d’accord
pour frauder, surtout lorsque l’on sait qu’ils sont généralement affamés ! »,
assène Juakali. Avant d’ajouter
que prochainement, il faudra diversifier le profil des agents électoraux
pour minimiser les risques d’alliances pour tricher. Interrogés sur les cas éventuels de tricheries, nos
interlocuteurs préfèrent botter en touche. « Ici, nous n’avons pas connu de fraude ;
mais nous avons appris que du côté des localités de Kilolirwe, Kirumbu
et ailleurs dans notre territoire de Masisi, il s’est passé des choses.
A certains endroits, on aurait bourré des urnes, à d’autres, des électeurs
auraient voté pour certains candidats sous la contrainte des policiers
et des militaires », nous confie prudemment un participant. Nous
n’en saurons pas davantage. Comme si l’on préférait s’accrocher à ce
qui a bien marché, en taisant le reste.
Alors que nous étions dans une bourgade de Sake paresseusement
étalée entre le lac Kivu et les montagnes de Kamuronza, la ville de
Goma était en effervescence. Une effervescence vite dissipée par la
Police nationale congolaise qui a étouffé dans l’œuf une tentative de
marche organisée par quelques partisans de deux partis de l’opposition,
l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS du candidat Etienne
Tshisekedi) et l’Union pour la Nation Congolaise (UNC du candidat Vital
Kamerhe) pour contester les résultats provisoires proclamés par la CENI
le 9 décembre 2011 donnant gagnant l’actuel Président Joseph Kabila
au détriment de leurs leaders arrivés respectivement deuxième et troisième. Selon les organisateurs de la marche, la procédure normale
en pareille circonstance avait été respectée dans la mesure où ils avaient
informé l’autorité urbaine qui ne devait que prendre acte et mettre en branle des mesures d’encadrement de
la marche. Mais le matin de ce 13 décembre, le maire de la ville diffusa
plutôt un communiqué « interdisant toute manifestation de nature
à troubler l’ordre public. » Les partisans des deux partis politiques
décidèrent tout de même d’organiser leur marche pacifique, qui n’alla
pas bien loin. Arrivés au Rond Point Signers, ils sont accueillis par
une salve de bombes lacrymogènes et contraints de s’égailler à travers
les rues rocailleuses de la ville. Certains d’entre eux, dont Monsieur
Rubes Mikindo Muhima, président fédéral de l’UDPS et candidat député
national sur la liste de ce parti politique en ville de Goma, sont arrêtés,
et vite déférés devant un Juge du Parquet de Goma le même jour avant
d’être transférés à la Prison centrale de Munzenze. Le lendemain, ils
sont jugés en procédure de flagrance dans l’enceinte de cette prison
pour, entre autres infractions, l’atteinte à la sûreté intérieure de
l’Etat ! La suite de l’audience publique de ce procès a été reportée
au vendredi 16 décembre 2011 ; les prisonniers, eux, ont été placés
en détention préventive. Sous le défunt régime de Mobutu, cette infraction était
punie de la peine capitale, et je ne pense pas que la législation ait
changé depuis. Nous espérons que les juges de Goma sauront raison garder
pour ne pas envoyer à l’échafaud des citoyens qui n’ont fait qu’essayer,
sans succès d’ailleurs, d’exprimer leur point de vue. Entre-temps, lors
de l’audience du mardi 13 décembre, Monsieur Mirindi, 28 ans, partisan
de l’UDPS qui y assistait, s’est écroulé avant de rendre l’âme au Centre
pour Handicapés tout proche. Encore une victime –collatérale- d’un processus
électoral qui commence à avoir un goût amer pour des
Congolais qui, après avoir consciencieusement accompli leur devoir
civique, se voient pris en otage par une élite politique dont les intérêts
sont à des années-lumière de ceux de
ce peuple dont elle parle au quotidien avec tant de verve. Onesphore SEMATUMBA 16 décembre 2011 |
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Mise
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