Echos de Goma et d'ailleurs
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La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes

SUD-KIVU : un feu couve dans la plaine de la RUZIZI


Voilà bientôt cinq mois que toute l'attention de l'opinion tant nationale qu'internationale est focalisée sur la situation sécuritaire qui prévaut au Nord-Kivu, particulièrement la présence des rebelles du M23 qui occupent le Territoire de Rutshuru.

Tout le monde est en effervescence en commençant par les autorités nationales, passant par les pays membres de la CIRGL pour finir par toute l'ONU, sans oublier le crochet dans l'Union Européenne et aux Etats-Unis qui ont annoncé des gels de certains appuis à certains pays soupçonnés de soutenir les rebelles. Il faut absolument trouver une solution à ce problème, clame tout le monde.

Pendant ce temps, une situation tout aussi explosive se déroule au Sud-Kivu ; plus précisément dans la plaine de la RUZIZI où c'est plutôt les tribus qui s'affrontent, les unes voulant chasser les autres de la RDC, les considérant d'étrangères ; les autres voulant se défendre jusqu'au sang pour se protéger de ces allégations. Si les combats armés ne sont pas encore systématisés, tout laisse croire que tout peut arriver à tout moment et les conséquences seraient plus dramatiques que ce qui se passe au Nord-Kivu.

L'expérience ne rend pas sage au Sud-Kivu.

La guerre qui débuta en 1996 dans les hauts plateaux de Minembwe, fut dénommée " guerre des Banyamulenge " en référence à la stigmatisation dont ceux-ci étaient l'objet de la part de leurs voisins les babembe qui les traitaient des Bandjarmasin qui devaient rentrer dans leur pays d'origine de gré ou de force. Cette guerre qui se transformera en guerre de libération boutera dehors le Maréchal MOBUTU ainsi que tous les instigateurs de cet imbroglio.

Comme si seize ans suffisent pour oublier des événements aussi tragiques et plus proches géographiquement, aujourd'hui, de la même manière qu'à cette époque et dans des circonstances presque similaires d'instabilité généralisée de l'Est du Pays, c'est le moment que choisissent nos frères de la plaine de la RUZIZI, en l'occurrence les tribus des BARUNDI et des BAFULIRU pour réveiller leurs démons divisionnistes.

Certes leur différend ne date pas d'hier, ces deux communautés s'étant déjà affronté à plusieurs reprises, notamment en 1961 lors de l'opération dite "Temi Temi ", littéralement " couper couper ", en 1964 lors de la rébellion muleliste et récemment en 1994 avec l'entrée des réfugiés rwandais.

Quel est leur problème en fait ? Tout tourne autour de la nationalité et de la terre. D'expression KIRUNDI pour la majorité de sa population, la tribu des BARUNDI est considérée par les BAFULIRU comme une tribu des envahisseurs immigrés du Burundi et qui sont venus occuper les terres de leurs ancêtres. Pour les BARUNDI, c'est depuis leurs ancêtres qu'ils occupent ces terres et c'est la Conférence des Berlin qui est venue diviser les gens. Lors de la division, estiment-ils, certaines de leurs familles se sont retrouvées dans ce qui est devenu le Congo alors que d'autres se sont retrouvées au Burundi par le fait du tracé de la frontière. Ils citent à cet effet, la succession de leurs Bami (ROIS) depuis le 18ème siècle jusqu'à ce jour. Faux, rétorquent les BAFULIRU qui ne demandent pas mieux que d'abolir le pouvoir coutumier détenu par ces gens qui doivent rentrer chez eux au…Burundi.

Mais depuis plus d'une décennie, la situation était relativement calme entre ces deux communautés du Territoire d'Uvira. C'est aussi pendant cette décennie que le Chef de la Chefferie de la Plaine, le Mwami NDABAGOYE NSIBOMANA était en exil à l'étranger puis à Kinshasa où il a siégé au Parlement de la Transition comme Député du RCD (le Rassemblement Congolais pour la Démocratie d'Azarias RUBERWA).

Après des années de négociation pour son retour dans sa chefferie, et grâce à l'implication personnelle du Gouverneur Marcellin CISHAMBO du Sud-Kivu, le Mwami fut enfin autorisé à regagner sa chefferie et d'occuper son trône. En pleins préparatifs de la cérémonie de reprise de trône, il fut assassiné le 26 avril 2012 à 20 h locales à son domicile par quatre balles dans la tête, juste 48 heures avant la cérémonie, par des hommes non identifiés.

Devant la tension que ce lâche assassinat a créée dans la plaine, les Barundi soupçonnant leurs voisins les Bafuliru d'être derrière cet acte, le pouvoir judiciaire s'impliqua et mit en détention provisoire plus de cinq personnes présumées auteurs parmi lesquelles le secrétaire administratif de la Chefferie qui assumait l'intérim du Mwami pendant son long exil.

Mais pour calmer les tensions, le pouvoir politique va s'impliquer pour organiser rapidement la succession du Mwami par son fils de 24 ans et étudiant en Droit à l'ULPGL à Goma qui sera intronisé aussitôt. Les discours prononcés par les différentes délégations à cette cérémonie, mais surtout celui du tout nouveau Mwami dans lequel il a prôné la cohésion, le rassemblement et la fraternité de tout le peuple vivant dans la plaine de la RUZIZI apportèrent quand même une accalmie relative.

Malheureusement quelques temps après, à la fin du mois de juillet, les hommes préventivement arrêtés seront relâchés. Ceci créa des troubles graves, et cinq personnes furent tuées tandis que plusieurs autres furent blessées et des maisons incendiées. Pour les BARUNDI, les BAFULIRU hautement placés ont tout fait pour que ces présumés assassins soient relâchés sans le moindre procès. Bien sûr quelques temps avant, les BAFULIRU avaient manifesté en faveur de la libération de leurs " frères " illégalement arrêtés dans l'affaire de l'assassinat du Mwami.

Depuis lors, entre ces deux communautés, plus rien ne marche et aucun discours de réconciliation n'est audible. Pour les BAFULIRU en effet, il est temps que la justice soit rétablie une fois pour toute en étendant leur pouvoir coutumier sur la Chefferie de la Plaine. Ce qui est évidemment, non seulement inadmissible, mais aussi impossible à tous points de vue. Pas plus loin qu'au début de cette semaine, c'est de justesse que des affrontements armés ont été évités. Dans l'entre-temps, au camp militaire de Luberizi, le dépôt des armes et munitions a été attaqué et pillé par des inconnus. Où sont parties ces armes ? Dieu seul sait…

Il est temps que les autorités de la République, celle de la Province du Sud-Kivu et les Notables de ces deux chefferies se penchent sérieusement et sans tabou sur cette situation qui risque d'imploser la Province tout entière.

Certes le gouvernement Provincial s'y est déjà investi en y envoyant son Ministre de l'Intérieur par deux fois mais sans succès ; les uns et les autres campant sur leurs positions.

Des indiscrétions disent malheureusement que cette situation est entretenue par des fils et des filles de ces deux communautés qui sont hautement placés dans les pouvoirs nationaux et provinciaux. Si c'est vrai, ils ont tort. Les peuples du Sud-Kivu ont besoin de vivre ensemble et en paix. Nos faciès sont des richesses et la diversité de nos langues constitue ce que nous avons de plus précieux. L'expérience devrait rendre nos frères sages ; qu'on se souvienne seulement de ce qui s'est passé à FIZI il y a seulement seize ans. Ceux qui faisaient l'apologie du divisionnisme se sont retrouvés en exil…

De Bukavu, une correspondance particulière.
30 septembre 2012.

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