Echos de Goma et d'ailleurs
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La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes

ITURI: COBRA MATATA TOURNE LE DOS AUX FARDC


Une délégation d'environ dix-huit notables originaires de la Chefferie Walendu Bindi a été dépêchée à Gety le 10 novembre 2012 par le Général Amuli Bahigwa Dieudonné, Chef d'Etat- Major chargé des opérations au sein des FARDC pour tenter une nouvelle négociation avec le chef de la Force de Résistance Patriotique en Ituri, FRPI en sigle.

La délégation était conduite par Didi Angaika, président de l'Union nationale pour le développement de l'Ituri (UNADI), un cadre de concertation permanent des communautés regroupant environ vingt-quatre groupes ethniques de ce district.

Depuis le mois de mai dernier, le Général Amuli Bahigwa a reçu mission du Chef de l'Etat congolais de convaincre le chef de la FRPI, le Général Cobra Matata d'intégrer les Forces armées de la RDC. Le processus a démarré par plusieurs rencontres entre les deux généraux à Gety , avec l'implication des communautés de l'Ituri. Environ huit cents miliciens étaient déjà identifiés et regroupés pour une intégration au sein des FARDC, avant que Cobra Matata ne se rétracte de façon spectaculaire le 20 octobre 2012.

Cobra Matata bloque le processus

En effet, alors que le gouvernement congolais venait de dépenser des milliers de dollars pour cette opération d'intégration des miliciens FRPI au sein des FARDC, Cobra Matata bloque le processus le 20 octobre en posant des préalables au Gouvernement avant tout mouvement de ses troupes. Parmi ses revendications figurent son amnistie, la reconnaissance de son grade de général et le libre choix de son lieu d'affectation. Une fois son cahier de charges envoyé au Gouvernement congolais, Cobra Matata a rompu tout contact avec son interlocuteur, le général Amuli Bahigwa et a chassé tous les militaires FARDC déployés sur son territoire en vue de l'opération d'intégration. Très déçus, le général Amuli et sa suite se sont depuis lors repliés sur Bunia. " Le général Amuli a failli piquer une crise au vu des moyens du gouvernement dépensés pour cette opération, les miliciens recevaient déjà une ration journalière et une prime mensuelle ", précise Didi Angaika de l'UNADI.

Les miliciens FRPI occupent presque toute la chefferie de Walendu Bingi, à l'exception de la localité de Songolo dans le groupement de Baviba, au nord-ouest de Gety, base de l'Etat-Major de la FRPI à environ 60km de Bunia. Les miliciens se sont réinvestis depuis le 23 février 2012 dans cette chefferie de Walendu Bindi après le départ des militaires FARDC pour la formation des régiments.

Selon le colonel Mbadu, Chef d'Etat -Major de la FRPI, son mouvement exige une réponse adéquate à toutes les revendications déposées sur la table du Gouvernement avant tout mouvement de ses troupes. " Nous savons que le Gouvernement congolais ne respecte jamais ses engagements, voilà pourquoi tout ce que nous exigeons doit être mis par écrit et validé non seulement par le Parlement mais aussi par toutes les juridictions militaires ", dit-il. Selon quelques notables de l'Ituri, Cobra Mata craindrait de subir le même sort que les autres chefs des milices de l'Ituri tels que Martin Ngudjolo et Germain Katanga qui avaient été apprivoisés de la même manière par Kinshasa et qui croupissent pour le moment en prison.

Les notables de Walendu Bindi ne désespèrent pas encore

Durant deux jours, la délégation des notables a tenté de rencontrer le Général Cobra Matata qui s'est excusé à la dernière minute sous prétexte qu'il était malade alors qu'on l'avait vu circuler à moto à Gety la matinée du dimanche 11 novembre 2012. Suite à l'insistance de la délégation, il s'est fait représenter par son Chef d'Etat- Major et son secrétaire particulier. " Il fallait sa présence car ses revendications sont personnelles ", murmurait un notable membre de la délégation. Le président de celle-ci, Didi Angaika, s'est réservé de tout commentaire à l'issue de la rencontre tout en affirmant dans un soupir que l'espoir est encore là. A condition, dit-il, que le Gouvernement soit souple en honorant ne fût-ce que la moitié des revendications de Cobra Matata.

L'ombre du M23

Parmi les questions qui préoccupent le général Amuli figure la collaboration présumée entre la FRPI et le M23. Face à cette préoccupation, le colonel Mbadu de la FRPI a tenté d'assurer les notables que son mouvement n'avait aucun intérêt à collaborer avec le M23 mais la délégation n'a pas semblé très convaincue. Elle suspecte une éventuelle connexion entre les deux mouvements à partir de l'Ouganda qui a soutenu plusieurs rébellions dans l'Ituri pour l'exploitation des ressources naturelles dont le pétrole, l'or et le bois. Une sitation dont elle a tiré les leçons. " Nous allons user de notre poids sur les décideurs à Kinshasa afin que la guerre ne reprenne plus entre les miliciens et les FARDC sinon ce sont nos enfants qui vont en pâtir " , selon Didi Angaika.

Bunia-Gety une route, deux armées !

Une bonne jeep peut facilement parcourir en une heure les 60 kms entre Bunia et Gety. Mais il faut mettre plus de trois heures sur ce tronçon coupé par plus de dix barrières.

Dans la partie sous contrôle des FARDC, entre Bunia et Lakpa (30km), on dénombre quatre barrières officielles et deux autres " spontanées ". A toutes ces barrières les motos et les véhicules sont obligés de s'arrêter pour un contrôle systématique et laisser des " cigarettes " aux militaires, cigarettes souvent converties en espèces. Entre Lakpa et Nombé, deux kilomètres seulement séparent les FARDC des miliciens.

De Nombé à Gety, cinq camps des miliciens sont visibles sur la route. Il n'y a pas de barrières formelles comme dans l'autre camp mais à l'approche du véhicule, les miliciens à majorité des enfants de moins de 17 ans, probablement drogués, sautent sur la route comme des singes et entravent l'avancée du véhicule. " Je connais leurs positions et je ne peux pas tenter de les doubler ; ils pourraient tirer sur le véhicule ou me sanctionner au retour", selon le chauffeur du minibus qui me transportait.

A environ 37 km de Bunia, une adolescente d'environ 17 ans, Kalachnikov au cou, avec des yeux rouges, arrête notre minibus brusquement. " Bopesa cigarettes sinon bokoleka te ! " (donnez des cigarettes sinon vous ne passerez pas), vocifère-t-elle. Un des notables membre de la délégation lui dit en langue locale qu'il s'agit d'une délégation officielle, ce qui ne semble pas l'impressionner outre mesure. Il a fallu lui verser 500 FC (0,5 USD) pour qu'elle laisse passer le véhicule.

A Gety par contre, il n'y a aucune barrière pour accéder dans la cité mais les miliciens circulent avec plusieurs types d' armes, y compris des armes lourdes du genre MAG comme celle que transportait un milicien surnommé " Ennemi ", l'un des gardes du corps du général Cobra Matata, âgé à peine de 20 ans. " Ce sont nos enfants, ils ne dérangent personne et ils sont mieux que les militaires FARDC qui nous tracassaient ici ", selon un habitant du coin.

FARDC ou miliciens, la loi de la jungle

Qu'il s'agisse du camp des FARDC ou des miliciens, c'est la loi de la jungle qui règne ici, et rien n'augure un lendemain meilleur. Le général Amuli, qui avait dépêché les notables à Gety, continue à proférer des menaces. Si Cobra Matata ne revient pas à la raison,dit-il, il va reprendre la guerre. Le premier ultimatum ayant expiré le mois passé, cette nouvelle négociation avec les notables que Cobra Mata a boudé constituait donc une sorte de " mission de dernière chance ".

Les notables vont-ils peser de leur poids pour éviter le bain de sang ? La question reste posée. Toutefois le gouvernement a du pain sur la planche avec tous ces groupes armés qui ne cessent de se positionner dans plusieurs contrées de la RDC.

Primo-Pascal Rudahigwa
Gety, 12 novembre 2012

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