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Echos de Goma et d'ailleurs
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JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ?

Pourquoi je dirai " NON " à cette Constitution !



Le peuple congolais est à un tournant important de son destin avec l'étape annoncée du référendum Constitutionnel. En effet, pour la première fois depuis plus de 35 ans, les dirigeants congolais ainsi que la communauté internationale qui les accompagnent prétendent vouloir consulter le peuple congolais afin qu'il dise lui-même et semble-t-il en " âme et conscience et en toute liberté ", comment il entend gérer son avenir ainsi que celui de ses filles et fils.
Tous ceux qui lisent les premières lignes de ce texte découvrent sans doute mon scepticisme quant à la sincérité déclarée de cette opération opaque qui se caractérise par une manipulation grossière et méchante de la communauté internationale et de ses complices internes en République démocratique du Congo.

Pour se rendre compte de la méprise qui entoure cette " magouille référendaire ", car il s'agit bien de magouille n'en déplaise à certains dirigeants actuels et à certains membres de la communauté internationale pour qui les millions de Congolaises et de Congolais ne sont que des moutons à amener à l'abattoir d'une démocratie de façade faite de référendum sur fond de menaces et de chantages et d'élections imparfaites avec des financements et des dettes parfaites pour les Congolais et Congolaises d'aujourd'hui et de demain.

Ce qui nous arrive aujourd'hui n'est pas nouveau. Dans quelle condition notre peuple a-t-il accepté la Constitution de 1960? Qui, à l'époque, avait rédigé cette Constitution ? Qui avait compris que les germes du conflit qui allait conduire au conflit entre Lumumba et Kasa-Vubu était dans le texte ? Qui avait réalisé que c'était mis à dessein afin de pouvoir plus tard contrôler cette ancienne colonie aux richesses qui ne justifiait pas qu'on la laisse indépendante ?

Les choses ont-elles changé aujourd'hui ? Dans quelles conditions notre peuple se prépare-t-il à voter la Constitution si ce n'est que dans l'improvisation et la confusion la plus parfaite ? Qui a rédigé la première mouture de cette Constitution dans ce contexte où les prétendus experts internationaux ès-Constitution et ès-loi électorale parcourent le monde pour offrir une expertise qu'ils rémunèrent chèrement auprès des autochtones qui, malgré leurs diplômes, acceptent, pour de l'argent, de jouer aux idiots !

Il est donc clair que, comme hier, il est question de surprendre ce peuple. Il ne faut pas lui donner le temps de réaliser ni de comprendre ce qui lui arrive.

Contrairement au chantage et autres menaces dont notre peuple est l'objet afin qu'il accepte une Constitution suicidaire pour lui et sa progéniture, il est important de voir ce que notre peuple gagnerait en disant NON à cette Constitution.


a. NON à une Constitution élaborée sans nous et pour les intérêts autres que ceux de notre peuple. Le NON nous offre l'occasion de dire à ceux qui, sur le plan international, nous accompagnent ainsi qu'aux fils du pays qui ont accepté de jouer aux marionnettes que seul notre peuple est maître de son destin même si financièrement on l'a réduit à la mendicité. Le NON est une nouvelle occasion de réaffirmer notre souveraineté comme nous l'avions fait hier, dans la douleur, lorsque de partout fusaient les menaces de la partition de notre pays. Ensemble à l'époque nous avions fièrement et dans notre pauvreté, affirmé que nous étions tous fils et filles du Congo et que notre pays resterait uni dans ses frontières actuelles. Aujourd'hui l'occasion nous est donnée de le réaffirmer par un NON massif à la Constitution.

b. NON à cette Constitution pour qu'elle retourne au Parlement afin que cette fois-ci nous puissions contribuer à son élaboration par les amendements que nous comptons y apporter. Certains fils et filles de ce pays ont, en son temps éclairé, en vain, ceux qui élaboraient cette Constitution. Le NON leur offrira l'occasion de se faire entendre. Ce NON n'est nullement l'occasion d'un report sine die de la transition comme certains le prétendent aujourd'hui. Et puis, pourquoi tout d'un coup les champions de la prolongation qui, dans un passé récent se sont battus, bec et ongle, pour tirer la Constitution de la transition dans tous les sens au point de la déchirer, ont tout à coup peur d'une prolongation d'un ou deux mois comme le prévoit la loi référendaire en cas de NON ? La raison est simple. C'est parce que la première prolongation était pour eux et leurs intérêts alors que celle que le NON à la Constitution accordera au peuple sera pour l'intérêt du peuple. Et dire mon Dieu qu'ils se disent représentant du peuple !

c. NON à la Constitution ne doit pas conduire le pays au chaos, ni à la reprise de la guerre. La RDC ne sera pas le premier pays au monde dont le peuple rejetterait une Constitution. Tout récemment, le peuple français a rejeté la Constitution européenne. Nous n'avons pas encore appris qu'une guerre était déclenchée en Alsace pour cela. Ou encore, plus proche de nous au Kenya, le peuple responsable de ce pays vient de rejeter la Constitution malgré le soutien que ce texte a reçu du Président kenyan lui-même. Je ne sais pas quand est-ce que la guerre va se déclencher dans ce pays. Et puis qui irait en guerre en RDC si la Constitution était rejetée ? Le RCD, MLC, PPRD et autre opposition au pouvoir prendraient-ils les armes contre le peuple qui aurait dit NON ou quoi ? Personnellement j'aimerai bien comprendre comment ceux qui ont l'habitude de financer les guerres de chez nous s'y prendront. Qui vont-il armer contre qui parce que le peuple aurait dit NON à la Constitution ?

d. NON à la Constitution sera une occasion de dire NON au 1+4 et à sa manière cavalière de diriger notre peuple. Après avoir rédigé une Constitution taillée à leur mesure, nos gouvernants sentent soudainement le besoin si pas l'exigence de se prêter au jeu démocratique. Le NON sanctionnera cette manière de faire inacceptable qui use de ruses, de mensonges, de tricheries et de manipulations honteuses des frères et sœurs.


Thierry Nlandu Mayamba
Professeur à la Faculté des Lettres
Université de Kinshasa

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