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Elections en RD Congo : le dernier mot reviendra-t-il à la population ?



" Minembwe et Buzi : même combat.

A l'extrême sud de la province du Sud-Kivu des pasteurs tutsi, plus célèbres sous le vocable de Banyamulenge, vivent dans un ensemble de montagnes appelées Minembwe et Mulenge. A l'opposé sur la carte géographique, des agriculteurs bahavu sont établis sur les bords du lac Kivu, au Buzi, à la limite nord de la même province. Apparemment, il serait difficile de trouver une communauté de destin entre ces deux peuples que tout semble séparer. Et pourtant le hasard de l'Histoire a voulu que Minembwe et Buzi figurent côte à côte dans le même dossier sur le rejet ou l'acceptation de nouvelles entités administratives créées par les rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) entre 1998 et 2003.

A quel saint se vouer ?

Minembwe passe au devant de la scène politique congolaise lorsque, en janvier-février 2006, le vice président de la République en charge de la politique, défense et sécurité et les ténors du parti qu'il dirige menacent de boycotter le processus électoral en cours si le territoire de Minembwe, créé le 2 septembre 1999 par un décret départemental du RCD signé par Joseph Mudumbi, et qui, selon les accords signés entre belligérants à Lusaka (dernière signature apposée le 31/08/1999), aurait dû être reconnu, n'est pas retenu comme circonscription électorale par la loi électorale. Il se fait que toutes les voix qui s'élèvent pour menacer au nom du bon droit ou prouver que cette revendication n'est pas fondée ne mentionnent aucunement que dans la même période le groupement de Buzi, à la limite avec le Nord-Kivu, avait été élevé au rang de Collectivité-chefferie dans les mêmes conditions l'année 2000. Qu'il s'agisse de Minembwe ou du Buzi est-ce la population concernée qui fait monter les enchères dans ces affaires ?

Affaire Buzi.

Sur le plan politique, l'entité politico-coutumière du Buzi, gérée à distance par un chef coutumier, le Mwami, ploie sous le fardeau d'une administration publique pléthorique qui vit sur son dos. Et là, pour toute personne qui cherche à se faire nommer à tel ou tel poste en se présentant comme le sauveur du peuple, l'enjeu est plus économique que politique. En effet, alors qu'une collectivité jouit de l'autonomie de gestion pour le développement de l'entité, la méthode observable pour la gestion des recettes de Buzi peut se résumer en trois mots : prédation, cueillette et dilapidation. Aucune trace d'un budget quelconque, et encore moins d'un quelconque début de son exécution ! Aucune réalisation ! Prendre un véhicule pour circuler dans Minova, la vitrine du Buzi située sur la Nationale Goma-Bukavu, relève de l'exercice de Rodéo. Où vont donc les recettes générées par la sueur des habitants du Buzi, les Buzinois ? Poser cette question c'est rentrer dans la culture des Buzinois confinés dans la résignation et priant beaucoup pour trouver les frais à payer aux multiples services de l'Etat, aux services sociaux et au culte. Cinq barrières sont érigées sur à peine 1km entre la frontière avec le Nord-Kivu et le marché de Minova : 2 par les FARDC, 1 par la police spéciale de roulage, 1 à l'entrée du marché par le service étatique de transport et communication (1000 Fc par véhicule) et la dernière coupe le centre commercial de Minova en deux. Elle est gérée le jour par le service de péage-route et la nuit par les renseignements militaires.

Et la population dans tout ça !

Ceux qui ont pu considérer l'arrivée du RCD et de ses prises de position sur la scène politique congolaise comme une planche de salut pour des populations sans réel porte parole doivent déchanter. En effet, une affaire comme Minembwe ou Buzi met plutôt à nu un stratagème de la classe politique congolaise qui, voyant la fin de la transition, fait flèche de l'instrument population ou ethnie pour des intérêts électoralistes. Et l'espoir ne viendra des élections où les citoyens sont appelés à désigner eux-mêmes leurs dirigeants que si dans chaque coin de ce pays les populations se posent des questions sur leur contexte et leur devenir et se mettent ensemble pour maximiser les chances de poser leurs vraies revendications. Des questions, les gens du Buzi se les ont posées, eux dont un grand nombre a été enrôlé en dehors de sa circonscription électorale par ignorance avec des conséquences calculables par les mathématiques électorales qui lient les sièges au nombre d'électeurs.

Matinée politique à Minova.

Ce dimanche, 25 mars 2006, une cellule d'intellectuels résidant à Goma a mobilisé environ 150 personnes, des agriculteurs du terroir pour les trois quarts, invitées à une réflexion constructive autour de la question : que faire pour que le Buzinois profite des élections ? Il ressort des attentes préliminaires exprimées que les autorités locales s'attendent à des leçons sur comment voter et qui voter quand la population souhaite se faire expliquer la loi électorale, les enjeux et les stratégies d'alliance. C'est donc à cette dernière qu'il fallait s'adresser pour recueillir ses éclairages sur ses problèmes et ses stratégies en rapport avec les enjeux électoraux du moment. Voici ce qui est ressorti des travaux en carrefours des groupes constitués de 16 à 21 membres conscients du danger d'émietter les quelques voix électorales sur lesquelles pourrait compter tout candidat qui se présenterait pour le Buzi.

Groupe 1 :
Quel serait le profil du candidat utile au Buzi ?
Quel serait le profil de la personne susceptible d'être membre d'un comité de suivi des présentes assises ?
Nous voterons une personne :
- honnête
- intellectuelle
- ressortissant du Buzi
- dont la bonne moralité est attestée par la population
- qui a des facilités de négociation
- qui a un minimum de moyens de vivre (non mendiant ou indigent) NB. En forte discussion !
- soucieuse du développement communautaire
- qui a des qualités d'écoute
- qui a une résidence connue au Buzi
Les mêmes critères s'appliquent à toute personne qui se porte candidate pour suivre le présent processus enclenché. Il faut cependant tenir compte du fait que le dit-processus gagnerait à être poussé par des gens établis hors du Buzi, spécialement à Goma, à Bukavu et à Kinshasa. La composition finale du comité devra en tenir compte.

Groupe 2 :
Quel projet social mettre entre les mains du candidat ?
Lors de la campagne électorale :
- réparer les routes
- réhabiliter et équiper les centres de santé
- payer les frais de participation aux examens de fin d'études primaires (TENAFEP) et secondaires (Exétats).
Une fois le candidat élu, le contrat social entre lui et sa base porterait sur :
- l'initiation d'un projet de pont ou d'un bac pour la traversée du lac Kivu entre Bugulube et Nzulo vers Goma
- l'aménagement de sites touristiques
- le suivi des projets d'électrification rurale et d'adduction d'eau
- la valorisation du café et de la banane par la construction d'usines et de brasseries pour lancer les paysans dans la transformation autrement plus lucrative que la simple production brute
- la création d'emplois et la promotion dans les structures existantes
- l'information sur l'emploi
- le lobbying pour que des ONG nationales et internationales s'établissent au Buzi
- l'ouverture du Buzi au trafic national et international par l'aménagement des voies de communication
- l'orientation des projets publics vers la construction et l'équipement des structures de santé et d'éducation au Buzi
- l'initiation d'un projet d'implantation d'une station d'émission radio au Buzi
N.B. : Il est demandé à une telle personne de veiller à des contacts suivis pour l'information correcte de la base.

Groupe 3 :
Comment négocier avec les autres entités du territoire de Kalehe ?
La stratégie s'appelle contacts et concessions pour discuter avec les groupements Mbinga Nord et Mbinga Sud, Kalonge et Kalima (Bunyakiri), Mubugu et Ziralo, et la collectivité chefferie Buloho. Pour ce faire, mission doit être donnée au comité de suivi de ce processus pour démarrer une dynamique de négociation par une campagne d'explication et de sensibilisation des alliés potentiels sur la nécessité de se mettre ensemble pour espérer gagner ensemble au lieu de perdre séparément. Ensuite, des contacts devront être entrepris avec les chefs d'entités pour des consensus à vulgariser. Le même comité doit avoir mandat pour des tractations électoralistes à propos du partage des 4 sièges dévolus à Kalehe. C'est pourquoi l'assemblée enjoint au comité de rapporter un feed back sur les profils des candidats des autres afin de mieux expliquer à ses propres candidats la nécessité de négocier des désistements entre ressortissants du Buzi pour mieux servir la cause du Buzi.

Groupe 4 :
Que dire aux candidats indépendants et à ceux des partis politiques ?
D'abord, comme les candidats ce n'est pas l'affaire de la base, il faut accepter sans à-priori la présence des candidats et chercher les stratégies de sensibilisation d'une population illettrée sur les enjeux actuels. On pourrait passer par les Eglises, les Ong, les associations locales et les chefs locaux. Ce qui impose de se lancer dans une campagne d'éducation civique et électorale pour que les électeurs votent utile. La vulgarisation des dix commandements des élections serait d'une grande utilité pour cela.

Groupe 5 :
Quelles stratégies pour déboucher sur une entente entre Buzinois du bord du lac et ceux des hauts plateaux ?
Il faut d'abord faire comprendre aux uns et aux autres le bien fondé d'une stratégie win win où les Buzinois gagnent ensemble.
- Les autorités coutumières locales devront appeler les Buzinois des hauts plateaux au dialogue et recueillir leurs attentes par rapport aux élections pour en tenir compte.
- La motivation consistera à faire comprendre à tous que déjà le Buzi à lui seul a moins des 51.000 enrôlés nécessaires pour faire élire un candidat. L'argument statistique est une donnée convaincante.
- Des tractations életoralistes s'imposent. Qui alignera qui aux nationales ou aux provinciales ?
- Cependant une question demeure : quels calculs entrent en jeu en notre faveur en sachant que d'autres, ailleurs, font leurs calculs pour nous contrer ?

Groupe 6 :
Comment financer le processus que nous souhaitons ?
Une commission de mobilisation des ressources veillera à :
- Recouvrer des contributions libres et volontaires
- Lancer des messages de sensibilisation sur cela
- Effectuer des missions de sensibilisation auprès de toute personne physique ou morale intéressée par la problématique de la représentation des Buzinois dans les instances politico administratives à tous les niveaux.
- Arrêter d'autres stratégies de mobilisation des ressources.

Les prochains pas :
- Faire le compte rendu de la rencontre d'aujourd'hui et le diffuser le plus largement possible surtout auprès des candidats qui se présentent à Kalehe
- Rechercher toute documentation utile pour être à l'aise par rapport au processus électoral. Mobiliser des ressources pour soutenir la dynamique mise en marche aujourd'hui
- Rencontrer les candidats pour des échanges sur l'issue des assises d'aujourd'hui
- Diverses réunions dans un bref délai avec les gens des hauts plateaux et des autres entités
- Informations statistiques sur les élections au cours d'un atelier sur la loi électorale
- Mise sur pieds d'un système de contacts suivis entre toutes les personnes intéressées par ce processus.

Le mot de la fin !

Le battage médiatique orchestré par le personnel politique congolais pour monter en épingle des affaires baptisées ''aspirations de la base'' finit par attirer l'attention sur l'instrumentalisation des problèmes des populations dans le combat pour la conquête ou la conservation du pouvoir. Le cas du Buzi n'a été évoqué ici que pour illustrer l'urgence et la nécessité de documenter les cas de nombreuses couches des populations congolaises pour mettre en évidence la multiplicité des apports possibles à la saisie des réalités politiques, économiques et socio culturelles permettant d'envisager des réponses adaptées aux attentes réelles en vue d'éviter le plâtrage actuel qui consiste à n'écouter que ceux qui crient le plus fort sur la place publique et qui sont les seuls à être finalement servis au nom et à la place des masses qui souffrent en silence. C'est pourquoi toute solution qui ne tiendra pas compte des aspirations profondes exprimées par les populations elles-mêmes n'aura que le mérite de justifier l'attitude de ses concepteurs et la dépense engagée mais n'aura en rien entamé les racines des malheurs des Congolais.


Minova, le 25 mars 2006.
Prosper Hamuli - Birali.

LA CONFERENCE DE GOMA ET LA QUESTION DE LA PRESENCE DES FDLR AU SUD ET NORD-KIVU : ETAT DES LIEUX.
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Mise au point de Pole Institute, après la parution d'un article dans le quotidien
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RULES FOR SALE:
Formal and informal cross-border trade in Eastern DRC

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