POLE INSTITUTE
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Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ?

Faux binômes et vraies fractures : premières leçons tirées des élections en RDC


Introduction


Les Congolais sont à la veille d'un événement d'une grande portée historique. Vingt et un jours après s'être rendus aux bureaux de vote pour un double scrutin, présidentiel et législatif, ils devraient connaître les résultats provisoires ce dimanche 20 août 2006. En principe. Tout dépendra, encore une fois, de la Commission électorale indépendante (CEI), qui semble faire durer le suspense. Une façon, peut-être de contenir l'impatience de certains et la précipitation de ceux qui, dès le lendemain du scrutin, avaient fêté la victoire de leur champion. Mais, au fur et à mesure que le long chapelet des résultats partiaux s'égrenait, chacun a commencé à se rendre à l'évidence : les opinions divergent autant que le Congo est divers ! Toutefois, en analysant les scores réalisés par les trente-trois candidats au strapontin présidentiel, deux sont nettement en tête de la course. Il s'agit du Président sortant, Joseph Kabila Kabange et de Jean-Pierre Bemba,Vice-Président et leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Le premier, originaire du Nord du Katanga, a ratissé large dans les provinces de l'Est du pays. Le second, fils de l'Equateur, au Nord-Ouest, a fait de très bons résultats plutôt à l'Ouest et dans la capitale, Kinshasa. C'est la désormais fameuse fracture Est-Ouest dont font état la plupart des observateurs, qui fait craindre le renforcement de la fragmentation du territoire, après trois ans de tentative de resserrement des liens, notamment avec la transition inclusive et sa formule 1+4 (un Président et quatre vice-Présidents).
Ainsi, la RDC sera dirigée, pour les cinq prochaines années, par l'un de ces deux candidats. La seule inconnue, à ce jour de veille de la proclamation des résultats, est de savoir si l'heureux élu sortira des urnes du 30 juillet (premier tour) ou s'il faudra attendre le 29 octobre 2006 (second tour). Toutefois, cette fracture du pays en deux blocs électoraux autour de deux candidats appelle quelques questionnements. Dans le cas où la capitale Kinshasa et l'Ouest dans l'ensemble votent pour Jean-Pierre Bemba, " l'enfant du pays " et que Joseph Kabila remporte le scrutin, comment ce dernier pourra-t-il gouverner dans un milieu (siège des institutions) qui lui aura manifesté son hostilité, même s'il dispose d'une garde rapprochée évaluée à 15 000 hommes ? Et si le vote pro-Bemba de l'Ouest amenait le leader du MLC au pouvoir, comment cela se vivra-t-il dans les montagnes de l'Est, pourtant au cœur de mutations politiques depuis les deux rébellions ? Cela ne risquera-t-il pas d'accréditer le sentiment que seule compte la capitale (Kinshasa = RDC et RDC = Kinshasa), ravalant le reste du pays en région périphérique ?
L'élection des députés nationaux, qui a eu lieu le même jour, ne suscite pas le même intérêt que la présidentielle. Normal dans un pays qui a toujours été dirigé de main de fer par un Président très fort, avec un Parlement lui servant de caisse de résonance. Aussi, le rôle du député national n'est-il pas (re)connu en RDC. Et pourtant, de la qualité des futurs locataires du Palais du Peuple dépendra en grande partie le type de gouvernance qui régira le pays au niveau national.
Tous les regards et toutes les oreilles des Congolais sont donc tournés vers la CEI. La Communauté internationale, principal pourvoyeur de fonds de tout le processus électoral, est quant à elle, préoccupée par la guerre qui oppose Israël au Hezbollah libanais et par le casse-tête américain en Irak, laissant les bords du fleuve Congo sous la surveillance de ses " représentants " (Comité international d'accompagnement de la transition, Commission internationale des sages, etc.) et sous la haute protection de deux corps expéditionnaires hyper armés, la MONUC et l'EUFOR. Tout ce beau monde touche du bois pour que tout ce processus aboutisse sans heurts, malgré les ratés enregistrés depuis le début.
Au-delà des résultats à venir, il nous paraît important de tirer dès à présent les premières leçons et de poser les premières interrogations de cet exercice démocratique auquel la majorité des Congolais s'est livrée avec d'autant plus d'enthousiasme qu'ils en étaient à leur premier essai.

1. Nord Kivu : G2 vs G7, le mythe s'estompe !

Le Nord Kivu, à l'extrême Est de la RDC, a été le théâtre de violences à répétition depuis les années 1960. De façon cyclique, les communautés ethniques se sont affrontées sur fond des contentieux qu'aucun gouvernement n'a pris à cœur d'analyser afin d'identifier clairement les intérêts en présence en vue de trouver un modus vivendi durable. Au contraire, certains politiciens, au niveau local comme au niveau national, ont entretenu le feu, quitte à l'attiser à des moments précis au gré de leurs intérêts propres. Le levier ethnique a ainsi souvent été actionné et ce d'autant plus facilement que dans un contexte global de pauvreté extrême les populations sont vulnérables à la manipulation.

De la mosaïque au binôme

A l'origine, la province du Nord Kivu est une mosaïque de communautés ethniques. On y dénombre pas moins de 9 groupes : les Kano, les Kumu, les Twa, les Tutsi, les Tembo, les Hunde, les Hutu, les Nyanga et les Nande. Pendant la guerre, le pays a été fragmenté, chaque belligérant contrôlant un morceau du territoire, sans se soucier du sort des populations locales. Celles-ci ont alors développé des mécanismes pour survivre en dépit d'un pouvoir prédateur et indifférent.
C'est ainsi qu'à Goma, chef-lieu du Nord Kivu et fief de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), les leaders des différentes communautés ont mis en place une structure de prévention et de résolution des conflits, le Barza intercommunautaire. Cette initiative entreprit un travail remarquable de pacification. Le succès fut tel que différentes institutions tant provinciales que nationales puisèrent dans ce vivier des " sages ". Les autorités rebelles du RCD tentèrent de créer une structure similaire au Sud Kivu, sans succès. Tout comme les tentatives successives du Vice-Président en charge du socio-culturel, Zahidi Ngoma et du Président de la Commission Vérité et Réconciliation, le Pasteur Kuye, de disséminer les barza à travers le pays, s'avérèrent infructueuses. Il était en effet illusoire de vouloir plaquer une initiative qui était le résultat d'une dynamique locale, à moins de rechercher un effet de vernissage.

La réunification du pays à la suite des accords de Sun City en 2003 sonna le glas du Barza. Un double tropisme s'observa en son sein, selon que l'on se sentait proche de Kinshasa ou de Kigali, les deux capitales étant perçues comme " faiseurs de rois " à Goma. Cette lutte fondamentalement politique sera malheureusement travestie en dualité ethnique. La mosaïque interculturelle de la province fut ainsi grossièrement réduite à un binôme meurtrier. Selon une logique tenant à la fois de la linguistique et du phantasme, les Nord Kivutiens furent rangés en " Rwandophones " et en non-Rwandophones, selon qu'ils parlent ou non le kinyarwanda. Dans la première catégorie se retrouvèrent les Hutu et les Tutsi et dans la seconde, tous les autres ! Et les deux ensembles furent nommés respectivement G2 et G7, en fonction du nombre de leurs sous-ensembles respectifs.

Une vue de l'esprit

Cependant, la campagne électorale et les résultats partiels du vote du 30 juillet ont battu en brèche ces deux concepts montés en épingle par les manipulateurs en mal de positionnement politique. Tout d'abord, le nombre excessif des candidatures à la députation nationale à l'intérieur des différentes communautés ethniques prouve qu'il n'y a eu aucune concertation à ce niveau, et encore moins au niveau des deux binômes. Les candidatures ont été le reflet d'ambitions personnelles, sans plus. Ensuite, la virulence de la campagne électorale, même entre " frères " nous conforte dans cette opinion. Ainsi, à Jomba, dans le territoire de Rutshuru, des candidats Hutu se sont livrés une bataille électorale sans merci, à la limite du politiquement correct. On rapporte qu'un candidat du PPRD, vieux routier de la politique congolaise, recommandait aux populations de remettre les cadeaux offerts par son jeune rival du RCD au motif que celui-ci les avait reçus du Rwanda. Afin d'éviter que les Rwandais ne viennent récupérer ces cadeaux, " à leur manière ".
Dans ce même territoire, qui compte pourtant une importante population nande, aucun ressortissant de cette communauté ne semble se classer en ordre utile parmi les 8 postes à pourvoir. Il est vrai que le scrutin proportionnel qui a été choisi pour les législatives fait la part belle aux partis politiques au détriment des personnes, mais cela n'explique pas tout.
A Goma, ce sont deux ressortissants du Sud Kivu qui ont défrayé la chronique pour leurs altercations pendant et après la campagne. L'on pourrait ainsi multiplier des cas qui prouvent qu'en définitive, le binôme G2/G7 procède davantage d'une vue d'esprit que d'une réalité sociologique.

2. Présidentielle : candidats nationaux et élus locaux ?

Les deux favoris du scrutin, Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, ont été " élus " chacun dans une partie de la RDC. Le pays, naguère morcelé entre les différents belligérants, se retrouve de nouveau fragmenté en deux gros fiefs électoraux. Les provinces de l'Est (Katanga, Maniema, Sud Kivu, Nord Kivu et une partie de l'Orientale) ont voté majoritairement pour Kabila, alors que celles de l'Ouest (Bas-Congo, Equateur, Kinshasa, une partie du Bandundu) ont accordé leur préférence à Jean-Pierre Bemba. Le centre, les deux Kasaï, à défaut de " leur " candidat naturel Etienne Tshisekedi ont préféré un nouveau, Oscar Kashala. Les analystes politiques ont essayé de décrypter les raisons de ce choix-rejet et son impact sur la cohésion sociale en RDC. Les conseilleurs de toutes sortes, à la vue de cette grosse ligne de démarcation qui traverse le pays du nord au sud, exhortent les Congolais à accepter les résultats, quels qu'ils soient. En clair, on leur demande d'accepter le Président, même s'il est l'élu de " l'autre Congo ". Il n'est pas à craindre que cette fracture politique entre l'Est et l'Ouest compromette l'intégrité physique du territoire mais elle souligne, si besoin était encore, que l'espace congolais demeure fragmenté. Cette fragmentation a été illustrée par les différents scores de tous les autres candidats à la présidentielle, chacun ayant été choisi dans son terroir. Il est vrai que l'étendue du territoire et l'absence des voies de communication n'a pas facilité le déplacement des candidats et leur contact avec les populations. Il est tout aussi vrai que la plupart de ces candidats ne pouvaient pas disposer de moyens logistiques pour atteindre les villages les plus reculés. Ce qui les a réduits, pour la plupart d'entre eux, de se rabattre sur leurs propres villages. Candidats nationaux, ils ont été des élus locaux, quitte à monnayer ces voix du terroir en cas de deuxième tour.
Ainsi donc, peu importe le verdict des urnes, les futurs gouvernants devront procéder à l'édification de la nation congolaise. Et cette édification ne pourra pas se faire à marche forcée
mais par étapes, la première de ces étapes étant le local. La nouvelle Constitution offre en cela une réelle opportunité, à condition que les Congolais votent utile lors de prochains scrutins, au lieu de voter par émotion comme cela l'a été le 30 juillet.

3. Le défi de la représentativité

Le vote du 30 juillet 2006 a suscité un engouement populaire indéniable, et globalement il s'est déroulé dans une ambiance bon enfant sur une grande parie du pays. A Goma, un des électeurs a fait ce commentaire : " Je ne savais pas que c'était si facile de donner le pouvoir ! " Armé de sa carte d'électeur, il avait pris conscience qu'il disposait enfin du pouvoir, et que c'était à lui de le donner. En termes d'éveil à la citoyenneté responsable, après quarante ans de dictature, c'est une avancée fulgurante. Mais une chose est de disposer d'un pouvoir, une autre est d'en user à bon escient. Ce qui, dans le cas des Congolais qui en étaient à leur premier essai, relevait plutôt de la gageure.
Les Congolais sont pauvres, tout le monde le sait. Le Congo est riche, tout le monde le dit. Les habitants de ce pays ont appris et apprennent encore à l'école, que leur pays est un scandale géologique. Mais dans le fait, le véritable scandale géologique, ce sont ces contrats miniers léonins qui enrichissent une poignée de Congolais et des milliers d'étrangers, laissant les Congolais lambda dans la plus noire des misères. Avec une foi de catéchumène, ces populations paupérisées par des régimes successifs qui n'avaient pas de compte à leur rendre pensent que le moment est enfin venu de jouir des richesses de leur fabuleux pays. Après les élections, plus rien ne sera comme avant, pensent-ils. Le paradoxe, c'est que tout en plaçant si haut les attentes par rapport au scrutin, les électeurs semblent avoir usé de leur nouveau pouvoir comme d'un jouet, en votant selon des critères à tout le moins fantaisistes. Au point qu'eux-mêmes s'étonnent de voir tel ou tel autre élu ! A Goma, nous avons par exemple constaté que certains candidats députés, a priori valables, ont été " punis " pour leur affiliation à certains partis politiques. Les candidats du RCD ont ainsi été " sanctionnés " pour leur appartenance à un parti qui traîne sa réputation de pro-rwandais. Ou ce commentaire d'un jeune homme qui ne cache pas son admiration pour la maîtrise avec laquelle un candidat a mené sa campagne : " Dommage qu'il appartienne à un mauvais parti, celui des cannibales !" Et que d'autres ont été récompensés pour leur discours ou leur attitude xénophobe. Sans aucun autre programme, sans aucune vision pour le Congo ni pour les Congolais. François Soudan, de Jeune Afrique, a suivi la campagne électorale congolaise. En homme avisé, il dresse le portrait de ceux qui, demain ou l'année prochaine, commanderont aux destinées de la RDC :

" Entre coups bas et anathèmes, discours mégalomaniaques et achats de voix, la campagne électorale des candidats à la présidentielle et aux législatives n'a pas donné l'image minimale de la maturité. La plupart des politiciens congolais sont apparus tels qu'ils sont : nouveaux visages parfois, mais anciennes mœurs, faible leadership et, pour la quasi-totalité, absence sidérante de programme de gouvernement.

Les électeurs ont surtout vu s'agiter devant eux des marchands d'illusions dont les portraits ressemblent comme deux gouttes d'eau à leurs propres caricatures. Des girouettes formatées par des décennies de mobutisme et qui ne se fixent enfin à une opinion qu'une fois mortes ou immobilisées par la rouille. Même les leaders de la société civile ont failli. Prélats manœuvriers, pasteurs scotchés à leur tiroir-caisse, mini-présidents-fondateurs d'ONG, caudillos de partis dont les mots d'ordre naviguent entre xénophobie et appel au boycottage : tous ou presque sont obsédés par l'argent et l'apparat, aucun ou presque n'a intériorisé le concept d'Etat et les valeurs d'abnégation au service d'une nation " .

Le coup d'œil est d'un professionnel, le jugement perspicace : les Congolais ne sont pas encore sortis de l'auberge, et, pour paraphraser le Ghanéen Ayi Kwei Armah, " l'âge d'or n'est pas pour demain ", nonobstant l'optimisme de la Communauté Internationale.

4. En marge des élections, les enjeux sécuritaires demeurent

Le 26 juin 2006, face à une foule immense d'admirateurs et des curieux venus de tous les coins de la ville de Goma pour l'accueillir, le Président Joseph Kabila égrène la kyrielle des problèmes de cette ville : manque d'eau, déficit énergétique, absence d'infrastructures routières. L'assistance, pourtant subjuguée par la présence de ce jeune Président qu'ils voient pour la première fois, l'interrompt par des cris de plus en plus insistants. " Insécurité ! insécurité ! ", clame la foule. Le principal problème des populations, le principal défi du pouvoir à venir, c'est la restauration de la sécurité, notamment à l'Est du pays, où différents groupes armés écument les campagnes. Les FDLR- Interahamwe rwandais, les ADF- NALU ougandais, les Mayi Mayi congolais, et même les Forces armées de la RDC (FARDC), brassées et non brassées continuent à terroriser les populations civiles, contraintes à des mouvements perpétuels qui les rendre de jour en jour plus vulnérables. Mais le nom qui revient souvent lorsqu'on évoque l'insécurité à l'Est est bien celui de Laurent Nkunda. Ce général déchu, fait officiellement l'objet d'un mandat d'arrêt international. Ses hommes contrôlent une bonne partie du territoire de Masisi et font parler la poudre par intermittence à Rutshuru. Dans la région de Kitshanga, ce sont eux qui ont sécurisé le processus des élections.

Lors de son meeting de Goma, Kabila a promis que le sort de Nkunda sera scellé après les élections. Après la publication d'un rapport de Human Rights Watch recommandant l'arrestation de ce général rebelle, le ministre congolais de la Défense, Adolphe Onusumba, interrogé sur les raisons de l'impunité dont semble bénéficier Nkunda, a déclaré que le contexte du moment ne se prêtait pas à son arrestation. Interrogé sur ce sujet par la presse à Masisi, où il séjournait le 18 août 2006, le gouverneur de la province du Nord Kivu, Eugène Serufuli Ngayabaseka a préféré botter en touche, affirmant que Laurent Nkunda ne contrôlait aucun centimètre carré de la province. Cette cacophonie laisse tout observateur avisé pantois.
Et pourtant, Laurent Nkunda ne se cache pas. Tout récemment, il a réuni les médias internationaux pour leur annoncer la création de son mouvement politico-militaire, le Congrès National pour la Défense du Peuple, CNDP. Alors qu'il est en marge du processus électoral, on l'a vu tenir un meeting à Nyamitaba, le 6 août 06devant une assistance nombreuse, à laquelle il aurait promis la sécurité. La question que tout le monde se pose est donc de savoir pourquoi Nkunda est en liberté. La réponse est à chercher, à mon avis, du côté de ceux qui sont censés l'arrêter. Tout naïvement, certains Congolais ont cru que la MONUC était la mieux indiquée pour cette opération. Voit-on les Uruguayens, les Pakistanais et autres Sud-africains donner leur chair en pâture pour les beaux yeux des Congolais ? Encore une fois, cette manie bien de chez nous d'attendre des autres les solutions à nos problèmes. Une éventuelle arrestation de Laurent Nkunda ne pourrait donc se faire que par les FARDC. Mais en trois années de transition, le gouvernement n'a pas pu monter une armée républicaine, suffisamment motivée pour mener des opérations de grande envergure. Mal payés, mal équipés, certains passant des mois sur les tarmacs des aéroports en attente d'hypothétiques vols pour rejoindre leur lieu d'affectation, les militaires congolais luttent d'abord pour leur survie. Les envoyer au front dans des conditions pareilles serait s'exposer à des revers cuisants. L'on a vu comment ont tourné les opérations mixtes FARDC-MONUC au Sud Kivu contre les FDLR et en Ituri contre les miliciens du MRC (Mouvement des révolutionnaires congolais). Les élus de demain pourront-ils redresser la barre et mettre en place une armée véritablement inclusive, intégrant toutes les sensibilités congolaises ? Répondre à la question contribuerait à la résolution des cas comme celui de Laurent Nkunda. Encore que les Congolais en ont marre des conflits armés. Cependant, le dialogue intercongolais de Sun City a esquivé cette question fondamentale et la transition l'a quasiment ignorée, préférant la réserver aux institutions à venir. Sauront-elles relever cet énorme défi ?

Conclusion

Les Congolais ont franchi un pas important dans l'appropriation du jeu démocratique. Comme tout apprentissage, celui-ci nécessite que l'on marque des pauses, pour tirer les leçons, non pas pour se glorifier de ses réussites, mais surtout pour se questionner sur les ratés et les échecs. En vue de regarder en face les tas de fumier qu'il faudra tenter d'évacuer, au lieu de les dissimuler dans un coin derrière la porte. Ma réflexion est une tentative dans ce sens et s'inscrit dans la perspective des futurs scrutins. Le Président et les députés nationaux ont été élus ; il reste à choisir ceux dont les actes, les attitudes et les propos vont influer directement sur le vécu quotidien des populations. Chacun se doit de réfléchir à ce qui peut être fait pour que les cinq prochaines années ne soient pas semblables aux cinq dernières, faute d'avoir bien exercé le pouvoir dont il disposait.

Goma, le 19 août 06
Onesphore Sematumba

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