POLE INSTITUTE
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Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ?

ELECTIONS EN RD CONGO :
Après la détraumatisation de l'Est, quel vote au second tour ?

C'est désormais provisoirement officiel, le premier tour du scrutin présidentiel n'a pas donné de président au pays. La déception est immense chez tous ceux qui, en déposant un bulletin de vote dans une urne, avaient pensé s'être débarrassé une fois pour toutes de l'immobilisme à la tête de l'Etat congolais. Pour des milliers d'électeurs, avoir une seule personne à la présidence de la République signifie se doter instantanément de l'instrument qui manquait pour décider sur leur quotidien. Ce dimanche après-midi (20-08-06), lorsque au cours de la réunion du village Kiziba II, voisin de la commune de Karisimbi à Goma, le chef du village a osé rappeler à chaque ménage sa contribution hebdomadaire de 50fc pour l'entretien des soldats chargés de la sécurité dans cette partie proche de la forêt du volcan Nyiragongo, la foule lui a crié que tout cela était fini parce qu'ils avaient désormais leur Président. Imaginez la déception lorsque, au courant de la nuit, ces citoyens ont appris qu'ils n'avaient toujours pas de Président, eux qui avaient massivement voté pour Kabila, et avec eux tout l'Est de la RDC !! Le peuple de l'Est découvre brusquement que, seul, il n'a pas pu imposer un homme à la tête de l'Etat congolais. Du coup, il devient intéressant de mesurer l'impact de cette déception, et du doute qu'elle génère, sur les prochains résultats. La participation au second tour ne souffrira-t-elle pas de cette lassitude lisible sur plusieurs visages dans les rues de Goma au lendemain de la proclamation des résultats provisoires ? Au tour final du scrutin présidentiel, sur quoi et sur qui peut compter Kabila pour refaire ou dépasser le score réalisé cette fois-ci ?

Voter avec son cœur !

En attendant de voter avec leur tête en fonction de projets et de programmes découlant d'une vision pour le pays, les électeurs ont mis tout leur cœur à déposer dans les urnes leurs colères et leurs peurs. Ce premier tour des élections a donc joué un rôle de détraumatisation inattendu. Il fallait montrer à toutes la factions occupantes l'intensité des frustrations accumulées. Rien d'autre ne peut expliquer le ''naufrage'' du RCD chez lui à l'Est de la RDC au moment fatidique où ceux qui ont souffert de ses agissements se sont retrouvés chacun dans un isoloir pour exprimer librement son suffrage. Maintenant que le RCD est ''hors jeu'', maintenant qu'il ne s'agit plus d'écarter les ''pro rwandais'', comment opérer un choix judicieux entre Bemba, le Mwana Congo, le vrai congolais comme il le martèle lui-même, et Kabila, le rempart contre l'ennemi étranger matérialisé dans le visage du rwandais ? Sera-t-il possible de se référer à la capacité de chacun de résoudre les problèmes des populations ? Quelques jours avant les élections, l'émission ''Echos de Goma et d'ailleurs … Fissures'', produite par Pole Institute, est en Ituri pour s'entretenir avec les jeunes autour des enjeux électoraux de l'heure. Des miliciens démobilisés, occupés comme cantonniers sur la route Bunia - Kasenyi, disent tout l'espoir qu'ils placent dans les élections : " Ce sont les Français qui ont commencé l'œuvre de pacification qui se poursuit aujourd'hui avec la MONUC et les FARDC. Dès que nous aurons un seul Président, il ramènera la paix totale en Ituri et nous donnera du travail. " Avec ceci, la prochaine campagne électorale risque de voir les candidats promettre des tours de passe passe pour balayer d'un revers de la main tous les problèmes. Le programme à annoncer ne peut qu'être simplement : votez moi et je mettrai fin à vos soucis. Dans ce cas, le vrai problème, pour qui voudra gagner le second tour du scrutin présidentiel, sera plutôt de trouver des hommes capables de donner des consignes de vote et qui soient suivis.

Pour gagner, voter avec l'autre !

Chacun des candidats présidents est ainsi obligé d'aller chercher de telles personnes jusque dans le fief de l'autre après avoir balayé devant sa porte. A l'Est du pays, le score du premier tour laisserait penser que ce serait facile pour Kabila dans la mesure où son parti, le PPRD, a pu rafler assez de suffrages pour disposer d'un nombre confortable de places de députés à la prochaine Assemblée Nationale. Ces hommes et ces femmes, représentants du peuple, ont-ils la capacité réelle de mobiliser les intentions de vote qui se sont exprimées en faveur de Kabila ? Ce serait automatique si les électeurs avaient voté pour eux et non contre tout ce qui était censé représenter l'oppression. La bataille risque donc de se limiter à agiter des épouvantails pour discréditer l'autre candidat et à s'introduire dans le fief de l'autre par des promesses fallacieuses. Cela suffira-t-il pour faire du prochain Président celui du pays et non de sa base ?

Quel sort final pour le vote sécuritaire à l'Est ?

Les résultats des urnes semblent accréditer la thèse d'un clivage profond entre l'Est et l'Ouest du pays. Les motifs pour lesquels les Congolais de l'Est ont voté comme ils l'ont fait ont-ils disparu ? Trouveront-ils parmi les deux candidats encore en lice la personne capable de leur assurer la paix et la sécurité dont ils rêvent ? A l'Est comme à l'Ouest le vote du premier tour était un vote sanction. Pour l'Est, il fallait se rallier à ceux qui sont perçus comme n'avoir ''rien fait'' et se prémunir contre les présumés auteurs de l'insécurité. Mais cette idée demande tout de même d'être creusée un peu parce que l'Est du Congo est tout sauf un bloc monolithique ou les gens s'entendent à merveille. C'est dans cette partie qu'opèrent des milices congolaises dont les agendas par rapport au processus électoral ne sont toujours pas clairs. L'Ituri connaît ses ex miliciens désoeuvrés aujourd'hui récupérés par un mystérieux Mouvement Révolutionnaire Congolais qui résiste aux forces de la MONUC et des FARDC. Plusieurs villages du Sud-Kivu sont victimes des attaques répétées perpétrées par les miliciens Rastas alliés aux FDLR et de ceux qui ont suivi la défection de certains officiers de la 10ème Région militaire. Le Nord-Kivu a son Laurent Nkunda tranquille dans sa portion du territoire sous son contrôle. Quel vote pourrait résoudre cette insécurité là ? Au vu de toutes les souffrances infligées au peuple de l'Est par toutes ces milices s'attaquant à l'armée nationale, à l'approche du second tour, quelle sera l'image que Kabila, le commandant suprême de l'armée, et Bemba l'argentier chargé de financer la logistique militaire, réussiront-ils à transformer en suffrages en la faveur de chacun ?

Autant le premier tour des élections s'est déroulé dans une atmosphère bon enfant, autant le second est redouté si aucun des candidats n'arrivait à incarner l'image d'un défenseur d'un pays réconcilié avec lui-même. Encore faut-il retenir son souffle car les candidats présidents en face pour le second tour ont continué à entretenir des armées fortement équipées, qualifiées de milices par le porte -parole de la MONUC, et qu'ils ont poursuivi leur approvisionnement en armes.

Goma, 23 août 2006.
Prosper Hamuli - Birali.

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