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Deuxième tour de la présidentielle en RDC : quelles leçons tirer ?

Le deuxième tour d'élection présidentielle vient de se dérouler en RDC. Tout le monde, ou presque, se dit satisfait du bon déroulement des opérations de ce dimanche 29 octobre 2006, " malgré quelques incidents et irrégularités constatés par-ci par-là ", pour utiliser une syntaxe en passe de devenir un slogan. Mais quelles premières leçons pouvons-nous tirer de cette présidentielle ?

1. La présidentielle a ravalé les autres scrutins au second plan

La première à se frotter les mains, c'est bien la Communauté internationale, marraine et nourrice de la longue transition politique congolaise, qui entrevoit une voie de sortie honorable à travers ces élections, dont ce deuxième tour constituait le clou et le défi.

Le clou, parce que ces élections ont été pensées avant tout pour départager par les urnes ceux qui se sont partagé le pouvoir grâce aux armes en 2003.
Les autres étapes électorales ont constitué, pour ainsi dire, des faire-valoir démocratiques. Le Référendum constitutionnel a été un franc succès quant à la participation populaire et le texte a été approuvé à une très écrasante majorité, sans que grand monde en connaisse le contenu. Les députés nationaux, élus le même jour du premier tour de la présidentielle, sont passés littéralement inaperçus, sauf quand ils se faisaient précéder de l'effigie ou de la personne de son champion, le candidat Président de la République.

La situation a été plus insoutenable pour les modestes candidats à la députation provinciale. La plupart d'entre eux n'avaient plus de " champion" sous l'ombre de qui ils pouvaient s'abriter, 31 des 33 candidats Présidents ayant chuté avant la ligne d'arrivée, le 20 août 2006. Ceux qui ne se retrouvaient pas dans l'une des deux alliances nées après le premier tour de la présidentielle, l'Alliance pour la majorité présidentielle (AMP, pro- Joseph Kabila) ou l'Union pour la Nation (UN, pro- Jean-Pierre Bemba), ont usé de subterfuges pour essayer de s'en sortir.
A Goma, l'on a constaté que les affiches de certains candidats ne mentionnaient plus leur appartenance politique. C'était surtout le cas de ceux qui sont issus de l'ex-rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), dont la petite colombe blanche sur fond bleu avait carrément disparue. Nous avons aussi suivi les péripéties d'un candidat du Territoire de Nyiragongo qui avait rallié un Parti autre que sous lequel il était officiellement enregistré à la Commission électorale indépendante, ce qui a poussé le Parti lésé à déposer une plainte contre " l'adhérent clandestin ". Dans le Territoire de Rutshuru, enfin, le Gouverneur Serufuli, vice-Président national du RCD et candidat député provincial, a appelé ses électeurs à voter pour Kabila, alors que son propre Parti avait opté pour la neutralité.

Le scrutin présidentiel a donc constitué le principal, sinon le seul enjeu d'un processus électoral à l'issue duquel, pourtant, les pouvoirs présidentiels sont réduits et ceux de la province nettement revalorisés. Il est donc fort à craindre que les prochains scrutins locaux ne mobilisent personne. " Nos aînés, les candidats à la députation nationale, ont sorti de grands moyens et ont été déçus ; nous, nous avons attendu le dernier jour pour sortir sans trop dépenser ; les candidats aux locales ne feront même pas d'annonce ", nous a déclaré un candidat député provincial, plutôt dépité et philosophe. Ses scores dans la ville de Goma ne lui laissent aucune illusion.

La Communauté internationale pouvait aussi se frotter les mains dans la mesure où la Commission électorale indépendante (CEI) financée par ladite Communauté internationale,
a relevé le défi d'organiser ce scrutin qui apparaissait comme celui de tous les dangers. En effet, l'entre-deux tours a été émaillé de beaucoup d'incidents, dont les plus graves ont été les combats ayant opposé les milices des deux candidats en pleine ville de Kinshasa, du 20 au 23 août 2006.

2. Les populations ont pris conscience de leur pouvoir

Les populations congolaises ont aussi une grande raison de se réjouir, c'est celle d'avoir été invitées, quarante-six ans après l'Indépendance , à se mêler de ce qui les regarde. " Nous savons maintenant que c'est nous qui avons le pouvoir et que nous pouvons le donner à qui nous voulons et le ravir à qui nous voulons ; nous avons compris que les politiciens étaient vulnérables, c'est pourquoi ils recourent à la violence ", nous a assuré un paysan de Minova (Sud Kivu).
Cette fierté des populations ordinaires fait ressortir la peur des politiciens, un peu comme un petit faisceau de lumière met en évidence un insecte qui se confondait avec l'obscurité ambiante. Parmi les manifestations de cette peur, l'on peut citer, la stratégie du silence et de l'absence des deux candidats à la présidentielle.
Durant les quinze jours de campagne, les deux candidats se sont cloîtrés à Kinshasa, comme si chacun craignait de ne plus retrouver la ville s'il la quittait un seul instant. Même à Kinshasa, aucun d'entre eux n'est sorti dans la rue, pour un bain de foule ou une marche à pied, comme ils l'avaient parfois fait lors de la campagne du premier tour. La Communauté internationale leur a même proposé deux hélicoptères pour les tirer de leurs bunkers kinois ; aucun d'eux n'a saisi l'offre ! Le débat contradictoire, prévu par la loi électorale et programmé par la Haute Autorité des Médias (HAM) pour le 26 octobre, n'a pas eu lieu, aucun des candidats n'ayant trouvé la bonne formule pour sa sécurité par rapport à l'extérieur et par rapport à son vis-à-vis.
Les deux candidats ayant soudainement été atteints d'agoraphobie, les proches se sont chargés de battre une campagne minimale, sacrifiant à l'autel du folklore tout programme axé sur le contenu quant à la gestion du pays pour les 5 prochaines années. Pire, ils ont joué sur la corde affective pour essayer de drainer les voix des indécis. Ainsi, Joseph Kabila a littéralement largué sur le terrain sa femme, Mme Olive Lembe, pour séduire les électeurs. Quant à Jean-Pierre Bemba, il a parfois confié cette mission à un séducteur d'un tout autre genre, M. Bemba Saolona, son propre père.

3. La fin ou le début de la transition en RDC ?

Les élections présidentielles ont pris fin le 29 octobre 2006, sauf pour les circonscriptions ayant connu des " incidents ", notamment à Bumba (province de l'Equateur) et à Fataki (province Orientale) où les opérations ont été reprises respectivement le 30 octobre et le 1er novembre. Les résultats sont attendus dans trois semaines, le 19 novembre. Avec, cette fois-ci, l'obligation de désigner un Président de la RDC, pour cinq ans. Lorsque nous avons demandé à un électeur si c'était maintenant la fin de la longue transition congolaise, il a donné cette réponse : " C'était pour nous la première fois de voter, et nous l'avons fait un peu n'importe comment, parfois pour punir les uns ou par fanatisme pour les autres ; nous n'avons pas privilégié le sort des populations pour les cinq prochaines années. Pour nous, comme électeurs, la vraie transition commence ".

Onesphore Sematumba

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