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POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs Pour une société digne dans laquelle évoluent des hommes libres |
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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ? |
Election
des députés provinciaux au Nord -Kivu :
Encore une occasion ratée ? Le 29 octobre 2006, les Congolais ont été conviés, une fois de plus, aux urnes pour désigner leur futur Président de la République et les membres des futures Assemblés provinciales. 1. Des enjeux méconnus ? La nouvelle Constitution de la RDC, votée par Référendum en novembre 2005, et promulguée en février 2006, accorde de larges pouvoirs à la province, dont le gouverneur, ainsi que son adjoint, seront désormais élus par les membres de l'Assemblée provinciale, eux-mêmes élus au suffrage direct et à la proportionnelle par les citoyens. L'Assemblée provinciale approuve le programme du gouvernement provincial, dont les membres peuvent être relevés de leurs fonctions " collectivement ou individuellement par le vote d'une motion de censure ou de défiance " de cette même Assemblée (article 198). Le pouvoir provincial est désormais investi d'importantes responsabilités : les travaux publics d'intérêt provincial et local, les communications intérieures des provinces, la voirie et les équipements provinciaux et locaux, l'habitat rural et urbain, l'exploitation des sources d'énergie non nucléaire et la production de l'eau pour les besoins de la province, etc. sont de la compétence exclusive du pouvoir provincial. Pour cela, le pouvoir provincial prélèvera à la source 40% de recettes réalisées dans son entité, ce qui peut représenter des sommes importantes, pour autant que la transparence soit de rigueur et que les Assemblées provinciales soient à la hauteur des tâches qui leur sont dévolues. 2. Candidats députés ou demandeurs d'emploi ? Les hommes et les quelques femmes qui vont siéger dans ces Assemblées sont-elles à la hauteur des attentes que nous plaçons en eux ? Par expérience, nous savons que lorsque nos concitoyens se battent pour des strapontins politiques, leur vision ne va pas au-delà de leurs appétits économiques. En analysant les listes des candidats à tous les niveaux, l'on se rend compte qu'il y a plus de demandeurs d'emploi que de citoyens réellement mobilisés pour défendre une cause altruiste. La facilité avec laquelle les députés de la transition se sont enrichis, notamment avec l'acquisition des désormais célèbres Jeeps Nissan X-Trail, a donné des idées à bien des Congolais. Certains se sont endettés, d'autres ont vendu biens meubles et immeubles, avec l'espoir de faire fortune au lendemain de l'élection. L'esprit " Pentagono " demeure tenace dans ce pays ! A Goma, cent trente-sept candidats se sont alignés pour les trois sièges de députés provinciaux. Echaudés par les déboires des candidats à la députation nationale, ils se sont gardés de se jeter trop tôt dans la mêlée, au point que l'on se demandait pourquoi la Commission électorale indépendante avait accordé un long mois de campagne à des candidats qui ne sont sortis de chez eux que l'avant-dernier jour, c'est-à-dire le vendredi 26 octobre 2006. 3. Des tendances qui ne rassurent pas Qu'importe ! Le vote
a bien eu lieu, la même discipline, la même conviction, l'engouement
en moins. En effet, à Goma, le taux de participation nettement
inférieur à celui du 30 juillet 2006 (vote des députés
nationaux et premier tour des présidentielles), sans raison apparente. Une première lecture des tendances au niveau de Goma serait que ce vote a été pensé en termes de représentation des grandes communautés, une sorte de rectification du scrutin du 30 juillet qui avait mis en évidence des individualités. En effet, deux des probables futurs députés provinciaux se sont illustrés dans un passé récent comme de grands ténors des regroupements ethniques dans la ville, qu'on a caricaturés en G2 et G7. Monsieur François Gachaba est parmi les leaders des Banyarwanda et Kenda Kenda a bénéficié de l'appui des Nande et leurs alliés. Quant à Monsieur Bwinika, il a capitalisé les voix de la nombreuse communauté de ressortissants du Sud Kivu et son statut incontesté de notable dans une ville où il a investi depuis son jeune âge comme commerçant. Au-delà des compétences, il apparaît clairement que ce sont des " symboles " qui ont été élus à Goma. 4. L'enjeu ultime : le gouvernorat de province En réalité, l'ultime but de cette compétition pour les provinciales, individuellement comme communautairement, est le fauteuil de gouverneur de province. En effet, ce poste est devenu l'objet de toutes les convoitises depuis que le Zaïre de Mobutu a mis en place la politique de la " territoriale des originaires ", ce qui signifie que chaque province ne peut être dirigée que par un ressortissant du terroir. Depuis l'érection de la province du Nord-Kivu en 1988, quatre ressortissants de cette province ont " bénéficié " de cette mesure : Jean-Pierre Kalumbu Mbogho (1991-1993), Christophe Moto Mupenda (intérimaire, 1993-1996), Léonard Kanyamuhanga Gafundi (1996-2000) et Eugène Serufuli Ngayabaseka (2000-à nos jours). Les quatre messieurs ont en commun qu'ils étaient là sur nomination, alors que le prochain devra être élu par l'Assemblée provinciale. Le gouverneur sortant, Eugène Serufuli, disposerait d'une avance confortable par rapport à ses concurrents à la députation provinciale, selon les premières tendances de la circonscription de Rutshuru. Mais il sait qu'il est désormais assis sur un siège éjectable au bureau du " Musée ", comme l'on appelle le siège de l'exécutif principal, l'ancienne résidence du Président Mobutu. En effet, d'autres personnalités lorgnent vers ce poste, que les derniers locataires ont contribué à mystifier, par la mise en place d'un cordon protocolaire et sécuritaire qui ferait pâlir d'envie certains Chefs d'Etat. L'on cite notamment le nom d'un homme d'affaires de la place, qui disposerait de réseaux d'influence sur toute l'étendue de la province, et qui poserait sa candidature en étant en dehors de l'Assemblée provinciale. Plus que ces appétits individuels, il y a la compétition intercommunautaire, qui risque d'opposer les Nande et les Hutu, les deux grandes communautés qui seront représentées dans cette instance élective. Du point de vue arithmétique, et en cas de " vote tribal ", un Nande serait le prochain Gouverneur de Province. Cette communauté mobiliserait facilement la majorité absolue des 42 députés provinciaux, du simple fait du découpage électoral. A moins que d'autres paramètres interviennent et que les alliances politiques priment sur les accointances ethniques, au grand bonheur de la démocratie. En réalité, peu importe la couleur politique ou ethnique du prochain locataire du " Musée ", l'essentiel est qu'il mette à profit ses pouvoirs pour servir les populations. Et que l'Assemblée provinciale joue pleinement son rôle, sans essayer de servir d'écran protecteur au Gouvernement provincial, au grand dam des populations. 5. Vous avez dit " 40% " ? " La part des recettes à caractère national allouées aux provinces est établie à 40%. Elle est retenue à la source. " Cette disposition constitutionnelle (article 175) mérite qu'on s'y arrête. Depuis toujours, les provinces perçoivent des recettes. Et des pourcentages sont soit prélevés, soit rétrocédés, le tout dans une opacité absolue. Maintenant que les dispositions légales et la nouvelle politique du pays permettent que le gouvernement local soit littéralement comptable de ses agissements et de son argent devant les élus de la population, des mécanismes doivent être mis en place en vue d'assurer la transparence dans la gestion des fonds publics. Or le premier pas vers la transparence, c'est l'information. Les futurs députés provinciaux devraient être suffisamment informés pour assurer le suivi et le contrôle du budget de la province. Cela sera particulièrement important au Nord Kivu, où les taxes à l'importation comme à l'exportation tombent plus facilement dans le ventre des particuliers que dans les comtes du trésor. Au point que le trésor public a fini par signifier les grosses bedaines de ceux qui sont au pouvoir. En définitive, en province, la qualité de la vie politique et de la vie tout court repose sur les épaules des députés provinciaux. A condition qu'ils soient conscients de leurs responsabilités et à la hauteur de celles-ci. Ce qui constitue une véritable gageure, dans un pays et particulièrement dans une province où les citoyens capables de s'engager pour les populations ne courent pas les rues. Et dans un contexte électoral où les électeurs semblaient ignorer la portée exacte de leur geste, dont les conséquences s'étendront sur cinq bonnes années. Si rien ne change entre-temps, en RDC, cinq ans c'est trop : on a l'occasion d'être mort plusieurs fois ! Onesphore Sematumba |
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Mise au point
de Pole Institute, après la parution d'un article dans le quotidien Le Potentiel |
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