| La
paix négociée de manière crédible est plus féconde
qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
Troubles à Kinshasa, violences policières à Goma.
Kinshasa sort d'un
week end d'affrontements entre la police et des civils armés dont
la plupart seraient des enfants de la rue. Quelques centaines d'entre
eux sont en train d'être éloignés de la ville province,
capitale du pays. A 2000km de là, Goma vit au rythme de violences
policières apparemment injustifiées. Vendredi, 11 novembre
2006, une pluie de pierres a tenu en respect les éléments
de la police déployés pour débarrasser la ville des
enfants de la rue sans doute pour que ce qui était en train de
se passer à Kinshasa ne se produise ici. Les enfants attrapés
sont relégués, sans aucune logistique, sur l'aire abritant
le centre d'accueil pour enfants en situation difficile tenu par les pères
salésiens de Don Bosco à la périphérie de
la ville.
Dans la foulée,
la police en a profité pour appliquer une vieille mesure d'interdiction
de circuler en ville faite aux transporteurs de légumes sur trottinettes
en bois par feu l'ancien maire de Goma. Les personnes arrêtées
dans cette affaire sont nourries à la bastonnade au cachot de la
police d'intervention rapide de la ville. Le même jour, plusieurs
conducteurs sont victimes de l'application de consignes de sévérité,
ou de la mauvaise humeur des policiers chargés de la circulation
routière, les fameux ''roulages''. Le chef comptable d'une ONG
de la place a passé de moments mémorables dans les griffes
des agents de l'ordre. Il était poursuivi par trois services spécialisés
: la police spéciale de roulage, la police d'intervention rapide
et l'agence nationale de renseignements, pour enlèvement de policier.
En fait d'enlèvement, il avait refusé d'amener au poste
de police le roulage qui s'était invité dans son véhicule
après avoir confisqué ses documents de bord. Il s'est tout
simplement dirigé vers son bureau avec le passager non invité
à bord, provoquant une alerte générale à travers
la ville. Le dénouement est digne de Shakespeare. Much ado for
nothing. Trente dollars américains (l'autre monnaie "locale")
ont effacé toutes les charges imaginées. Le lendemain, samedi,
un médecin pédiatre a eu moins de chance. Il se rendait
à son hôpital pour prendre son tour de garde lorsqu'il a
été tabassé à mort par la police après
que le chauffeur qui l'amenait eut résolu à coups de poings
son ras le bord des tracasseries d'un roulage.
Si la police craint
que l'onde de choc de ce qui se passe à Kinshasa n'atteigne Goma,
ses mesures préventives musclées ont eu au moins pour effet
immédiat de lui apprendre à ses dépens que les citoyens
n'ont plus peur de l'homme en uniforme. Le roulage frappé par le
chauffeur du pédiatre est interné à l'hôpital
DOC'S de Goma. Et si les jets de pierres sur les policiers étaient
si intenses ce vendredi là, c'est parce qu'ils n'étaient
pas le fait des seuls ''maïbobo'', les enfants de la rue, mais aussi
de simples citoyens indignés que des serviteurs de l'Etat s'en
prennent ainsi à des défavorisés abandonnés
par l'Etat comme nous tous finalement ! Tant que les effets seront traités
comme des causes, il sera difficile d'obliger nos autorités à
chercher les vraies solutions aux vrais problèmes au lieu de recourir
au spectaculaire pour impressionner. Il est grand temps que les problèmes
locaux trouvent des solutions locales avant toute application de solutions
d'ailleurs. Ce week end, la police est allée trop loin en mettant
en uvre une solution de Kinshasa à un problème potentiel
à Goma. Jusques à
quand ?
Goma, 13 novembre
2006.
Prosper Hamuli - Birali
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