![]() |
POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs Pour une société digne dans laquelle évoluent des hommes libres |
|
|
|
Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ? | Insécurité
au Nord Kivu : entre fausses certitudes et vrais défis
" La peur
règne sur la ville. A la tombée de la nuit, dans plusieurs
quartiers les familles se barricadent avec une grande peur au ventre.
Les bandits ont désormais champ libre pour réaliser leurs
forfaits. Ces quelques lignes de notre collègue Jean-Pierre Lindiro décrivent le drame auquel les populations du Nord Kivu sont confrontées depuis les années 90. Même si les années d'avant n'étaient pas une succession de jours sans heurts, c'est à partir de ces années-là que la peur s'est abattue sur la province, et que les populations devaient apprendre à vivre dans la précarité physique, en plus de la précarité matérielle à laquelle plusieurs années de mauvaise gouvernance les avaient déjà contraintes. L'insécurité fait désormais partie de la vie quotidienne. Sur les grands axes routiers, entre Goma et Butembo, entre Rutshuru et Bunagana, le trafic se fait au péril de vies humaines. Les pillages, souvent accompagnés de meurtres, y sont signalés régulièrement. Il suffit d'allumer sa radio le matin pour suivre le chapelet de ces attaques et les lieux devenus des cauchemars pour les passagers : Burayi, Busendo, Rwindi, etc. Mais un axe est devenu particulièrement meurtrier ces jours : c'est l'axe Rutshuru-Ishasha. Les gros villages situés de part et d'autre de cette route sont en général déserts, alors qu'ils grouillaient naguère de vie. La peur règne sur les villages ! A Kiseguro, à Katwiguru, à Buramba, la terreur a chassé les villageois de leurs cases. Ils s'agglutinent dans des villages voisins ou dans les brousses environnantes pour tenter de se soustraire à la mort que leur distribuent avec une écoeurante facilité les forces en présence. Pour rappel, plusieurs civils y ont été sauvagement massacrés le samedi 10 mars 07. Comme toujours en pareille circonstance, la guerre des statistiques a commencé, comme si la mort d'un homme, même d'un seul homme, n'était pas une mort de trop. La veille, à
Jomba, le curé de la paroisse avait été attaqué
à l'arme à feu dans sa résidence, en présence
de ses confrères, par des hommes en uniforme qui venaient de partager
son repas Dans tous les cas,
le scénario est devenu le même : Alors que la RDC a
opté de se départir de toutes les guerres et de tous les
conflits pour livrer l'unique combat qui vaille la peine, celui du développement,
notre province semble enlisée dans une insécurité
difficile à maîtriser. Les habitants du Nord Kivu, qui avaient
émis un vote " pour la sécurité ", sont
de plus en plus désenchantés, car il ne va pas de la sécurité
comme de la croissance : ce n'est pas à long terme, c'est maintenant
et tout de suite qu'on la veut. Sans quoi, rien d'autre ne peut se faire. 1. Fausses certitudes Rien n'est plus nuisible à la réflexion en général, et à l'analyse en particulier, que les fausses certitudes. Celles-ci, souvent simplistes, nous épargnent des rigueurs de la recherche tout en nous confortant dans l'illusion de savoir. Ceci fonctionne d'autant plus facilement que le sujet est perçu comme difficile ou dangereux, comme c'est le cas pour la sécurité dont nous traitons ici. 1.1. Le tabou sécuritaire ou le mythe du secret Depuis la dictature
de Mobutu, une certaine culture d'opacité entoure le domaine de
la sécurité en RDC. La matière même de la sécurité est considérée comme réservée aux seuls initiés. Nous nous rappelons encore des années de plomb sous Mobutu où l'on pouvait se faire arrêter pour avoir été surpris en parlant " politique ". Ce réflexe est demeuré dans certains esprits, au point que, paralysés par la peur de " se mêler de ce qui ne les regarde pas ", ils n'osent pas poser des questions ni réclamer en cas de nécessité. Comment, dès lors, associer le citoyen à la recherche de la sécurité, s'il est pétrifié par la vue de l'uniforme et par le sujet lui-même ? 1.2. Une affaire des autres Une autre fausse certitude,
qui procède de celle qui précède, consiste à
croire que la sécurité, " ma " sécurité,
est l'affaire des autres. En quelque sorte, la personne démissionne
complètement de son rôle en tant qu'acteur de son propre
destin, et s'en remet aux forces censées le protéger. Cela
est commode dans un système étatique où le pouvoir
investit suffisamment dans le domaine de la sécurité, ce
qui donne à la personne cette quiétude qui lui permet de
vaquer à d'autres préoccupations, quitte à ce qu'il
soit mis au courant de ce qui se passe dans sa cité. Face à ce triste
spectacle offert par les forces de sécurité nationale, les
populations ont développé le réflexe de chercher
la quiétude auprès d'autres forces, notamment les forces
internationales. La Mission onusienne en RDC, la MONUC, est ainsi confrontée
à un problème " identitaire ". Sa mission essentielle
consistait à accompagner le pays dans la mise en place des institutions,
en assurant une certaine cohabitation entre les forces politiques et militaires
naguère belligérantes. Cependant, elle a suscité
d'autres attentes, tant de la part des populations civiles que de celle
de certains groupes en compétition pour le contrôle des espaces
dans ce pays. Ainsi, la MONUC a dû intervenir dans la guerre de
Sake en janvier de cette année, pour arrêter net la progression
des insurgés qui marchaient sur Goma. Nous apprenons que des démarches
sont maintenant en cours pour désengager les éléments
de la brigade Bravo de Buramba et les remplacer par des éléments
de la MONUC. A chaque fois que la situation se dégrade, la même
question est sur toutes les lèvres : " Mais que fait la MONUC
? " Comme l'on doit s'y attendre, la MONUC ne répond pas toujours
à ces attentes, parce que ce n'est pas dans sa mission, ou tout
simplement, parce que ce ne sont pas les Indiens, les Pakistanais, les
Sud-Africains
qui doivent plus s'impliquer dans le maintien de notre
sécurité que nous-mêmes.
Lorsque le personnage
de Sartre émet cette terrible sentence, il veut dire que c'est
par l'autre que l'individu découvre l'enfer, qu'il prend conscience
de son état pitoyable. Dans mon propos, j'en fais une interprétation
littérale : au Nord Kivu, nous sommes toujours persuadés
que ce sont les " autres " qui sont source de nos ennuis. En
effet, si la sécurité relève essentiellement du domaine
politique, dans notre province elle revêt aussi un aspect culturel.
Depuis quelques années, le jeu politique se fait sur fond d'oppositions
ethniques et, de même que les partis s'allient pour créer
des plateformes politiques, les communautés s'associent en des
plateformes identitaires. La province semble renoncer à la beauté
de sa mosaïque culturelle pour se complaire dans un binôme
terrifiant mettant face à face " les uns " et "
les autres ", les uns " contre " les autres. 2. Vrais défis 2.1. Analyser, c'est rechercher les causes Nous devons désormais adopter une attitude rationnelle et nous libérer de l'attitude confortable de celui pour qui tout est facile. Car le problème de l'insécurité au Nord Kivu est un véritable casse-tête, et bon nombre d'acteurs et de scénarii ont été mis en branle sans que nous ne voyions le bout du tunnel. La question fondamentale est sans nul doute celle-ci : POURQUOI ? Pourquoi, c'est-à-dire quelles sont les causes lointaines et immédiates qui sont à la base de cette insécurité endémique dans notre province ? Y a -t-il des facteurs " insécuritogènes " spécifiques au Nord Kivu ? Pourquoi la ville de Goma et le territoire de Rutshuru, pour ne citer que ces deux sites, sont-ils en train de devenir des Far West des temps modernes ? Répondre à ces questions, de façon rationnelle, constituerait un début intéressant dans la recherche d'une médication appropriée ; autrement, on agirait sur les symptômes, en laissant intacte la capacité de nuisance du microbe. Et ce travail, cette réflexion autour des causes, ne peut pas être laissé aux seuls professionnels de la sécurité ; chacun, à son niveau, doit y apporter sa contribution. 2.2. Nommer les acteurs et les victimes C'est ici qu'il nous
faut nous secouer, sortir des certitudes factices pour dresser le paysage
des acteurs de l'insécurité au Nord Kivu. Sans complaisance.
Quelles sont les forces en présence dans les localités insécurisées
? Quels sont leurs modes opératoires, à quelle hiérarchie
rendent-elles compte ? Qui dirige telle section, tel brigade et de qui
relève-t-il ? 2.3. Tuer la peur 3. Construire l'avenir 3.1. Les opportunités à saisir Le contexte politique
actuel en RDC en général et au Nord Kivu offre une gamme
d'opportunités qui, bien exploitées, pourraient nous aider
à sortir du chaos sécuritaire actuel et d'assurer une fondation
solide pour la société de demain. Dans notre province du Nord Kivu longtemps meurtrie par les violences de toutes sortes, le vote et la sécurité ont été intimement associés. L'on a semé le vote avec l'espoir de récolter, le lendemain, la sécurité. Mais la récolte se fait trop attendre et, dans la province, la situation sécuritaire est devenue pire après les élections. Les regards des populations sont donc désormais tournés vers les élus, le Chef de l'Etat, les députés nationaux et provinciaux et le gouverneur de la province. Les populations sont frustrées et savent qu'elles peuvent sanctionner lors des prochaines échéances. Cela aussi, cette prise de conscience des populations qu'elles sont détentrices du pouvoir, c'est une révolution, et les élus devaient en tenir compte, pour ne pas subir le sort qui a été réservé aux mouvements rebelles lors des élections. L'Assemblée provinciale du Nord Kivu a déjà constitué une Commission en charge de la Sécurité. Cette initiative est louable et les populations attendent d'elle de faire la différence, en faisant un travail de qualité. C'est une matière difficile comme entrée pour cette jeune institution mais c'est sur ce genre de défis que les grands hommes font preuve de leurs capacités. Comment accompagner cette Commission pour qu'elle ne soit pas une de plus ? Les opportunités politiques sont réelles mais elles pourraient vite devenir des occasions manquées si les parties en présence ne jouaient pas pleinement leurs rôles respectifs. Les élus en se plaçant résolument dans le camp des populations et résistant aux peurs et aux ingérences de toutes sortes, les populations en maintenant une pression positive sur leurs élus pour un devoir des résultats.
Le Nord Kivu, à l'instar de l'ensemble du pays, souffre des maux qui concourent à la détérioration de la sécurité ou à l'aggravation de l'insécurité. Nous avons évoqué plus haut les mauvaises conditions de travail des militaires et des policiers. Avec des soldes dérisoires, sans véritables camps pour leur hébergement et celui de leurs dépendants, ils sont tentés de se rabattre sur les civils qui ne sont généralement pas mieux lotis qu'eux. Pour un téléphone portable de 30$, un homme en uniforme n'hésite pas à faire feu sur un propriétaire qui résiste à le céder. Les armes en bandoulière, certains militaires sillonnent les champs de maïs et les bananeraies des paysans pour récolter là où ils n'ont pas semé. Il se pose également un problème de formation de nos forces de sécurité. A la faveur des rébellions et autres conflits armés qui ont caractérisé la RDC, l'armée est devenue un conglomérat d'hommes et de femmes qui n'ont en commun que l'uniforme. Parfois, certains d'entre eux sont passés des bandes armées aux FARDC, sans formation préalable, souvent avec des grades incompatibles avec leur véritable niveau. Comment les populations civiles se reconnaîtraient-elles dans ces forces dont les agissements ne diffèrent parfois pas de ceux des bandes armées ? Nous avons également évoqué le dysfonctionnement ou la perversité du système judiciaire. Tout aussi mal encadrés par les pouvoirs publics, les professionnels de la Justice sont devenus les champions de l'injustice. N'ayant pas d'arme pour extorquer des fonds aux autres citoyens, ils monnayent leur verdict ou relâchent des criminels contre des pots-de-vin. Corruption et impunité font donc bon ménage et les victimes n'ont plus que leurs larmes pour pleurer. Conclusion Le Nord Kivu est une
province qui a d'énormes potentialités humaines, agricoles,
naturelles et autres. Mais pour que ces potentialités deviennent
des richesses, il faut que les conditions de sécurité soient
optimales. Comment infléchir sur les pesanteurs qui tendent régulièrement
à tirer vers le bas ? Nous entendons parfois dire que nous allons
refonder l'Etat congolais, réformer le système de sécurité.
A mon avis la tâche est si hardie qu'il serait plus approprié
de parler de bâtir l'Etat, de bâtir " une gouvernance
pour la sécurité ", avec tous et en faveur de tous.
A Sun City, on a usé de pirouettes pour éviter de traiter
de la question de l'armée nationale, alors que tout le monde était
conscient que c'était là le nud du problème.
Pendant la transition post-Sun City, le gouvernement a initié le
processus du brassage mais le problème de l'intégration
de l'armée demeure entier. Tout fonctionne comme si cette patate
chaude était gelée par les acteurs du moment en attendant
de la passer aux acteurs suivants. Onesphore Sematumba |
| LA CONFERENCE DE GOMA ET LA QUESTION DE LA PRESENCE DES FDLR AU SUD ET NORD-KIVU : ETAT DES LIEUX. | |
| A BUKAVU, les dégâts d'un séisme mettent l'Etat congolais face à son laxisme | |
| NORD KIVU : LE PIRE EST-IL ENCORE A VENIR ? | |
| Conférence
sur la Paix, la Sécurité et le Développement aux Kivus
: contrastes et constantes des discours |
|
| La Conférence de la dernière chance? Et après? | |
| Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement des provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu | |
| Nord Kivu : la Constitution à l'épreuve de la Rue ? | |
| Crise à Goma : peut-on sortir de la logique du saupoudrage ? | |
| Déplacés de l'Est de la RDC : leadership ou manipulation ? | |
| La troisième guerre du Congo? La RDC un an après les élections. | |
| Nord- Kivu : le triomphe de la politique du pire ? | |
| Nord Kivu : le pire est-il encore à venir ? | |
| République
démocratique du Congo : fin de la RECREATION ou début de la RE- CREATION d'un Etat ? |
|
|
Mise au point
de Pole Institute, après la parution d'un article dans le quotidien Le Potentiel |
|
|
RULES
FOR SALE: Formal and informal cross-border trade in Eastern DRC Ressources naturelles et flux du commerce transfrontalier dans la region des grands lacs |
|
| La re-création d'un Etat sous tutelle ? Qu'en est-il du rôle de la Communauté Internationale? | |
| RDC : la sécurité dans les Kivus: une question cruciale qui dépasse les débats du jour | |
| Construire la sécurité au Nord Kivu : vers davantage d'engagements ! | |
| Une table ronde intercommunautaire provinciale convoquée à Kinshasa | |
| Laurent
Nkunda dénonce le non respect des accords de Kigali, La Rtnc / Goma sous pression |
|
| Bras de fer entre le ministère de l'intérieur et l'assemblée provinciale du Nord Kivu | |
| Insécurité au Nord Kivu : marche des étudiants de Goma | |
| La sécurité, base du développement durable au Nord Kivu : quelles stratégies mettre en place ? . | |
| Contre l'insécurité pour plus de sécurité au Nord-Kivu et en RDC. | |
| Insécurité au Nord Kivu : entre fausses certitudes et vrais défis | |
| Nord
Kivu : Entre négociations politiques et mixage des armées. |
|
| La guerre du Nord Kivu: entre faucons et colombes ? | |
| La Monuc offre la localité de Sake aux brigades brassées des FARDC | |
| Sake éternue, Goma s'enrhume | |
| Regain d'insécurité à Goma, et ailleurs | |
| R.D.C.
: la décentralisation en danger ? |
|
| Troubles
à Kinshasa, violences policières à Goma. |
|
| Quelle suite au second tour du scrutin électoral à l'Est de la RD Congo ? | |
| Election des députés provinciaux au Nord -Kivu | |
|
Envoyer
vos commentaires au webmaster |