![]() |
POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs Pour une société digne dans laquelle évoluent des hommes libres |
|
|
|
Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
Contre l'insécurité pour plus de sécurité au Nord-Kivu et en RDC. |
Contre l'insécurité pour plus de sécurité au Nord-Kivu et en RDC. Journée de réflexion organisée par Pole Institute. Goma, 20 mars 2007. 0. Introduction : L'insécurité n'est pas théorique. Dans la province du
Nord-Kivu en général et dans la ville de Goma en particulier,
il ne se passe pas un seul jour sans que des cas de personnes tuées
ou agressées ne soient rapportés. C'est puisque la sécurité
est entrain de devenir une commodité rare qu'elle s'impose comme
une importante préoccupation pour tout le monde. Du coup, chacun
se trouve interpellé. Mourir parce qu'on est civil ! Mourir parce
qu'on n'est pas protégé ! Vivre dans la peur. Le civil agressé
n'a personne à qui s'adresser pour connaître son agresseur
et ses motivations. Dès la tombée de la nuit, les gens se
barricadent chez eux. Pas moyen de discuter le soir sur l'avenir du pays.
Nous sommes donc tous concernés. Alors, comme la sécurité
doit être pour nous et non contre nous, nous nous trouvons dans
la situation idéale de nous impliquer dans la résolution
de ce problème au lieu de le laisser entre les mains des autres.
L'Etat, cette notion vague chargée du maintien de notre sécurité,
doit vivre à travers nous. Mais, il ne faut pas oublier que, pendant
très longtemps, la question de la sécurité a été
un domaine tabou interdit aux civils. La situation a-t-elle changé
? Et d'abord, pourquoi cette question est-elle taboue ? Comment la ''détabouiser'' ? Nous sommes insécurisés par ceux qui doivent nous sécuriser. Comment casser le cercle vicieux de l'insécurité ? Pourquoi nous et pas les autres ? Comment résoudre la question des forces étrangères qui sèment l'insécurité sur notre sol ? Comment vaincre cette fausse certitude qu'on ne peut être sécurisé que par les siens ? Ensuite, en jetant son regard du côté des populations congolaises, des questions brûlantes se poseraient aussi. Comment gérer l'impatience des populations en matière de sécurité ? Quelle éducation donner à la population et quelle stratégie suggérer à l'Assemblée provinciale ? Comment aborder cette question utilement ? Comment impliquer les communautés dans cette question cruciale pour leur plein épanouissement ? L'article 16 de la constitution de la RDC dispose entre autres que : " Toute personne a droit à la vie, à l'intégrité physique ainsi qu'au libre développement de sa personnalité dans le respect de la loi, de l'ordre public, du droit d'autrui et des bonnes murs. Nul ne peut être tenu en esclavage ni dans une condition analogue. Nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. " Que faire pour que cet article s'applique à notre quotidien ? 1. L'état de la question de l'insécurité au Nord-Kivu. Résoudre un problème n'est rien d'autre qu'agir sur les causes. Comment cela peut-il se faire si celles-ci ne sont pas nommées et les responsables clairement identifiés ? Ce défi, il faut oser l'affronter si c'est vraiment de la question sécuritaire du Nord-Kivu et de la RDC que l'on voudrait parler. 1.1. Les acteurs de l'insécurité. La rhétorique officielle les regroupe tous dans la catégorie des ''inciviques''. Quand il s'agit de soldats de l'armée régulière ou de policiers, les comptes rendu publics parlent d'hommes armés en uniformes non autrement identifiés. Ce flou sur l'identité exacte des délinquants favorise la perpétration d'actes d'insécurité même par des membres de divers groupes armés profitant de l'atmosphère générale d'impunité. A ceux là s'ajoutent les civils délinquants à divers degrés qui écument les avenues de nos villes et les sentiers de nos villages. Notons tout de même que, si l'on parle généralement de l'armée comme d'une bande d'adultes abandonnés, se demander comment jeter la pierre à un militaire qui ne touche pas sa solde revient à excuser sa faute. 1.2. Quant aux causes apparentes et sous jacentes de cette insécurité ! Du côté des dirigeants, aussi loin qu'on puisse remonter dans l'Histoire, déjà avant l'indépendance, les forces de sécurité étaient des forces d'oppression que le colonisateur opposait aux civils. Depuis cette époque - et le changement n'est pas encore perceptible - les forces de l'ordre sont des forces d'oppression en RD Congo. La relation population - agents de l'ordre est construite sur une base d'agression subie quotidiennement par les populations obligées de produire pour la métropole sous la colonie et pour les autorités aujourd'hui. De tout temps, il n'est fait aucun cas du respect dû aux civils nulle part. Après l'indépendance, ceci s'aggrave avec la faillite des pouvoirs publics. Du jour au lendemain des civils lèvent des armées et entretiennent des rébellions. Aujourd'hui, certains déserteurs et démobilisés de l'armée sont devenus des criminels. Du côté
de ceux qui ont la charge de la tranquillité des populations, la
faiblesse des forces de sécurité est patente. La police
est inefficace et réclame un renforcement de sa logistique et des
capacités de ses hommes. En plus, un service de sécurité
comme l'Agence Nationale des Renseignements (ANR) s'ingère parfois
dans les attributions de la police sans que le simple civil ne sache ses
véritables attributions. Cependant, certaines causes sont liées au savoir-être des populations. Les Congolais en sont réduits aujourd'hui à ne rechercher que la survie. La situation socio-économique des ménages est dégradée au point que les parents sont incapables d'assumer le minimum de leurs obligations sociales. Ces populations pratiquent en même temps l'exclusion et la marginalisation qui lui sont pourtant préjudiciables. On observe aussi une tribalisation des questions sécuritaires telle que des soldats refusent de quitter leurs terroirs et que tout acte d'insécurité est analysé à travers l'état des relations intercommunautaires. Et aussi, à plus long terme, la question des réfugiés doit être regardée de près. En effet, des Congolais vivant les conditions très dures des camps de réfugiés peuvent finir par se révolter et s'organiser pour rentrer au pays par la force. Au pays, des réfugiés rwandais survivent sans aucune assistance ni un statut clair. La plupart sont armés et vivent sur le dos des populations réduites à les supporter tant que l'Etat congolais ne prend pas ses responsabilités en matière de sécurité. 2. Pour juguler l'insécurité au Nord-Kivu. Un il vigilant doit être porté sans complaisance sur les stratégies à mettre en place pour plus de sécurité au Nord-Kivu. Et cela parce que la persistance de cet état des choses est le signe clair de l'échec des mesures appliquées jusqu'ici ou la preuve d'une erreur d'analyse du problème. 2.1. La meilleure façon d'enterrer une affaire est de créer une commission d'enquête. En RD Congo, on ne peut plus compter le nombre de cas d'insécurité individuelle ou collective qui sont toujours en instruction auprès des services compétents, parfois depuis des décennies entières. Ce qui est différent de la décision louable prise par l'Assemblée provinciale du Nord-Kivu de créer en son sein, parmi les neuf commissions permanentes, une commission chargée de la sécurité. Ce serait plutôt là une façon, pour nos élus, de placer la sécurité dans la province parmi les préoccupations prioritaires. Cependant, en matière de sécurité, une sérieuse réflexion s'impose pour faire la part des responsabilités entre les communautés et l'Etat. Sinon, il serait difficile d'estimer les avancées, les reculs et les stagnations. Or, nous avons tous l'obligation de concourir à la refondation de notre Etat pour qu'il prenne des décisions et les fasse appliquer. En effet, la population ne peut pas abandonner tous les secteurs de la vie et exercer le pouvoir ou se sécuriser elle-même. C'est la raison de l'existence des mandataires qu'il faudrait conscientiser sur les graves faiblesses et insuffisances des forces de sécurité. Pour cela, plusieurs souhaits peuvent être émis : la distance dirigeants - dirigés doit se réduire. Les autorités doivent savoir se dépasser et se sacrifier pour la Nation. Elles devraient aussi associer tout le monde pour éviter la démagogie et tenir des discours rassurants à l'opposé de la stigmatisation actuelle. Enfin, si aujourd'hui chacun est invité à dissuader les jeunes qui veulent se regrouper suivant des affinités identitaires pour s'auto défendre, il ne faudrait pas non plus se voiler la face et évacuer des identités significatives l'ethnie. Cette question doit être regardée d'une manière plutôt positive pour éviter de créer ou de favoriser des situations d'exclusion. Notons qu'une information correcte aiderait beaucoup et dans plusieurs domaines. Il faut rompre avec le tabou du silence autour de la question sécuritaire. Ce qui pourrait commencer par la médiatisation des initiatives telles que l'organisation de journées de réflexion ou de formation sur cette question. Cela permettrait aussi de chercher l'information auprès de ceux qui la détiennent véritablement. Par exemple, comme il y a un lien entre la justice et la sécurité, au lieu de continuer à nous plaindre sur l'attitude de la magistrature, il serait très instructif de lire avec les magistrats le texte sur leur tout nouveau statut. En effet, après ce texte, ils sont devenus tellement indépendants qu'ils sont les seuls juges de leurs erreurs et de leurs égarements. Au chapitre des actions possibles, on peut citer : le renforcement de la capacité de la police, l'interpellation de l'Etat sur ses responsabilités, la reconstruction de la confiance entre les communautés, l'organisation de séminaires avec les agents de l'ordre pour l'établissement d'une culture de respect de l'être humain et l'identification des besoins concrets en matière de sécurité par l'Assemblée provinciale. Déjà
à ce niveau, quelques propositions peuvent être faites :
2.2. Le gibier oublie, mais le piège n'oublie jamais ! La réflexion doit se poursuivre sur des questions qui nous interpellent tous ou dont les solutions ne sont pas ou ne peuvent pas être immédiates. Puisqu'il s'agit de notre sécurité, une remise en question de nous mêmes et de nos pratiques s'impose aussi. Jusqu'à présent, nous avons vécu avec divers accommodements qui n'ont toujours pas résolu les problèmes. Il n'est pas normal que des villageois se fassent accompagner au marché par leurs bourreaux ''interahamwe'' et croient qu'ils sont mieux sécurisés ainsi !! Accommodements jusqu'où, jusque quand ?? Comment traquer les FDLR tout en sécurisant les populations dans les zones de combat ? Que faire pour armer moralement nos agents de l'ordre ? Faut-il réformer ou rebâtir la police ? Sur cette lancée, plusieurs questions interpellent les citoyens congolais de partout. Y a-t-il des raisons intrinsèques de l'insécurité à Goma ? Et pourquoi des gens ordinaires sont amenés jusqu'à se décider à créer ou à adhérer à des rébellions dans nos forets ? Quelles structures mettre en place pour identifier les victimes de l'insécurité ? Qui doit dénoncer et comment ?? Autant de question qui n'épuisent pas le sujet mais montrent que le chemin est encore long avant que chaque congolais ne se sente véritablement obligé de participer à la mise en place de sa sécurité. 3. Conclusion : le poisson pourrit par la tête. Cet adage sud américain,
lancé par un participant qui rappelle par ailleurs qu'un seul conducteur
sensé peut déposer deux mille fous embarqués dans
un train à la gare voulue alors qu'un train conduit par un seul
fou, transportant deux mille personnes intelligentes, ne verra jamais
sa gare, nous met en face de nos responsabilités. Tous ceux qui
viennent de consacrer leur journée à une réflexion
sur la sécurité dans leur province et dans leur pays sont
convaincus d'une chose : quelle que soit la complexité ou la difficulté
de la question sécuritaire au Nord-Kivu, ce sont les populations
de cette province qui doivent être les premières à
en identifier les facettes et à nouer les partenariats nécessaires
pour les solutions. Pour cela, il faut continuer à réfléchir,
à chercher des explications et à se poser des questions.
L'atelier de ce jour en a posé quelques unes et s'est posé
lui-même les questions suivantes : Goma, 20 mars
2007. |
Insécurité au Nord Kivu : entre fausses certitudes et vrais défis |
|
Nord Kivu : Entre négociations politiques et mixage des armées. |
|
| La
guerre du Nord Kivu: entre faucons et colombes ? |
|
| La
Monuc offre la localité de Sake aux brigades brassées des
FARDC |
|
| Sake
éternue, Goma s'enrhume |
|
| Regain
d'insécurité à Goma, et ailleurs |
|
| R.D.C.
: la décentralisation en danger ? |
|
| Troubles
à Kinshasa, violences policières à Goma. |
|
| Quelle
suite au second tour du scrutin électoral à l'Est de la RD
Congo ? |
|
| Election
des députés provinciaux au Nord -Kivu |
|
|
Envoyer
vos commentaires au webmaster |