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Ce matin du 7 mai 07, la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu, est de nouveau paralysé par une manifestation des étudiants à la suite du meurtre d'un de leurs camarades assassiné le soir du 5 mai 07.

Patrick Matabaro Byumanine, étudiant au Centre Interdisciplinaire pour le Développement et l'Education Permanente (CIDEP) a été tué d'une balle dans la tête aux environs de 19 heures par des hommes en armes pour leur avoir résisté lorsqu'ils voulaient lui arracher son téléphone portable. Le lendemain, ses " camarades", ainsi que s'appellent les étudiants en RDC, ont déclenché un mouvement de protestation, en interdisant toute circulation aux abords du principal campus de la ville, le Campus du Lac, qui abrite plusieurs institutions universitaires, sur l'avenue conduisant au gouvernorat de la province du Nord Kivu. Ils ont par la suite installé une chapelle ardente dans la cour du campus, où ils ont veillé le corps du défunt jusqu'au matin.

Fidèles à ce qui est en train de devenir une tradition, les étudiants ont paralysé toute la circulation sur les axes de l'Ouest de la ville et ont réquisitionné un grand nombre de minibus et de camions en vue de la procession funèbre de l'après-midi. Ils ont même investi les stations services ouverts pour l'approvisionnement en carburant. Certains usagers de la route se sont même vus demander de l'argent pour dépasser les barrages des " camarades " qui ont occupé la place des agents de la police commis à la circulation routière et dont ils ont si aisément repris les manières (l'extorsion des fonds).

Alors que les étudiants avaient littéralement pris la ville en otage, l'autorité publique, à l'image de ces agents de la police, avait opté pour la chaise vide. Le gouverneur de province, M. Julien Paluku, a réagi aux manifestations en publiant un message d'appel au calme, invitant les étudiants à s'occuper de leurs activités quotidiennes, " parce que le défunt n'était même pas étudiant, mais un élève d'une école secondaire de la place ". Pareil argument ne pouvait qu'exacerber des étudiants de plus en plus exacerbés par la montée de la criminalité dans la ville, criminalité dont ils sont de plus en plus victimes, surtout que Matabaro était bel et bien étudiant à l'Université, tout en préparant son diplôme de fin d'études secondaires !

L'insécurité est à ce point installée qu'il ne se passe pas une nuit sans qu'on n'annonce un meurtre dans cette petite ville. L'étudiant abattu est le quatrième en un seul mois. Les services commis à la sécurité semblent dépassés, les victimes se prennent de plus en plus en charge et prennent leurs concitoyens en otage sans que l'autorité ne bouge le petit doigt.

Qui donc pourra assurer à cette ville, et à toute la province, suffisamment de sécurité pour que la population reprenne ses activités quotidiennes ? Quelle autorité pourra prendre son rôle suffisamment au sérieux pour que, malgré les circonstances, aucun groupe social ne prenne les autres en otage alors que chacun est engagé dans une lutte quotidienne pour la survie ? Qu'est-ce qui adviendrait de notre ville si chaque association frappée par un deuil décrétait une ville morte ? Aujourd'hui les étudiants, demain les avocats, après-demain les vendeuses de chaussures usagées, le surlendemain les policiers, etc. ?

Les populations ont besoin d'un pouvoir qui rassure. Les autorités élues l'ont été sous un contrat tacite ou explicite : assurer la sécurité. C'est à cela qu'elles seront évaluées et l'attente commence à se faire longue…


Onesphore Sematumba

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