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RDC : La sécurité dans les Kivus: une question cruciale qui dépasse les débats du jour

En écoutant les uns et les autres pendant la journée du 14 juin organisée par Pole Institute et en lisant la presse congolaise, on peut avoir l'impression que l'insécurité à l'Est du pays est due à des facteurs externes ou passagers.
Les uns voient la racine du mal dans l'existence pure et simple du Rwanda, d'autres mettent le phénomène du " mixage " en avant, d'autres encore blâment essentiellement la présence des interahamwe-FDLR. Or il me semble que phagocyter cette question essentielle de telle façon empêche de voir les imbrications des facteurs internes et externes et surtout ne permet pas aux Congolais de prendre leurs propres responsabilités.
Oui, le Rwanda est un pays voisin qui a ses propres intérêts et qui, comme le remarquait un participant, ne va pas disparaître parce que son existence gêne certains.
Oui, le mixage est un compromis trouvé pour sécuriser une partie du Nord Kivu, qui n'est sans doute pas parfait, mais qui a le mérite d'avoir reconnu l'existence et le rôle des différents acteurs armés sur le terrain, ce qui a effectivement calmé le jeu.
Oui, les FDLR sèment la terreur mais cela dure depuis treize ans et avec la connivence et le soutien de certains acteurs congolais très influents à qui ils ont par plusieurs reprises sauvé la mise.

Mais la sécurisation et la stabilisation de la RDC et de sa partie orientale dépassent ce cadre et doivent être pensées à long terme. Les différents intervenants pendant notre journée de dialogue, tout en ayant des opinions divergentes, étaient pourtant d'accord sur un point essentiel : la faiblesse de l'Etat congolais est à la base de toute insécurité.

La question qui se pose alors est : c'est quoi un Etat fort ?
Certains réclament par exemple l'arrêt de l'embargo sur les armes en RDC. Pour eux un Etat fort est un Etat armé militairement. Et pourtant ces dix dernières années, les armes des troupes congolaises soi-disant officielles se sont souvent vite retrouvées du côté de l'adversaire soit parce que les soldats et les officiers non payés les vendaient soit qu'ils prenaient tout simplement la fuite.

Même en dehors du contexte congolais, l'expérience tend à prouver que la force militaire ne fait pas automatiquement la force d'un Etat. Nous constatons par exemple que l'Etat américain avec ses effectifs et son imposant arsenal déployés en Iraq est en train de s'y enliser. Même pendant les catastrophes à l'intérieur du pays comme les inondations à la Nouvelle Orléans d'il y a quelques années, sa performance était plutôt médiocre.

Un Etat fort serait alors plutôt un Etat dans lequel les citoyens se reconnaissent parce qu'il leur assure des services de base, dont la sécurité de tous, dont les lois et les règlements s'appliquent à tous sans distinction et qui développe un système judiciaire indépendant et efficace. Il n'est pas la propriété de quelques-uns et n'a donc pas besoin d'exclure certains pour asseoir son pouvoir.

Il est vrai que après le déroulement pacifique d'une partie des élections il faut du temps pour avancer vers cela. Cependant ces derniers mois il y a certains signes qui ne sont pas encourageants par rapport à la construction de cet Etat :

- L'insécurité ne règne pas seulement dans les Kivus, mais également par exemple au Bas-Congo, au Bandundu, au Katanga, au Kasaï. Il s'agit donc d'un phénomène qui dépasse l'influence de certains acteurs extérieurs et est lié à l'Etat congolais même.
- L'occupation de plusieurs villages au Bandundu par l'armée angolaise et la réaction du gouvernement suscitent des questions par rapport à l'impartialité de l'Etat.
- Les meurtres et intimidations de journalistes et militants des droits de la personne augmentent sans que cela suscite des réactions fortes de la part de l'Etat et cela augure mal des garanties des droits des citoyens.
- Le paiement et l'encadrement des troupes des FARDC restent quasi inexistants et contribuent au fait que les populations les considèrent comme les pires pilleurs et bandits.
- Les élections locales ne semblent plus à l'ordre du jour, alors que la gouvernance locale est un élément essentiel pour la mise en place d'un Etat de droit.

Il faudra du temps et de la volonté politique pour construire un tel Etat. Il faudra surtout une société civile vigilante et courageuse qui joue son rôle de contre-pouvoir. Les problèmes de la RDC sont compliqués et les défis énormes. Mais une chose est sûre : les choses ne peuvent qu'empirer si une partie des politiciens et des responsables de la société civile refusent de tirer les leçons des dernières guerres et cherchent des solutions qui excluent une partie des populations. Ne pas assumer ces propres responsabilités et chercher des boucs émissaires ainsi que des sauveteurs extérieurs ne fera pas avancer la RDC.
Un vrai dialogue entre Congolais pour trouver des solutions qui permettent de vivre en paix dans la région et de valoriser le potentiel du pays est plus nécessaire que jamais.

Christiane Kayser
Berlin, 1/7/07


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