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POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs Pour une société digne dans laquelle évoluent des hommes libres |
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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| Mise
au point de Pole Institute, après la parution d'un article dans le
quotidien Le Potentiel |
Editorial La République Démocratique du Congo, ex-Zaïre, est en train de traverser des moments hautement politiques. Après plusieurs décennies de muselage des populations par des régimes dictatoriaux qui avaient tout simplement décidé de mettre toutes les libertés fondamentales des Congolais en berne, à commencer par celle de se choisir des dirigeants, l'année 2006 restera dans les annales comme celle de l'ouverture des opportunités démocratiques. Les scrutins successifs auxquels les populations ont été conviées, depuis le Référendum constitutionnel du 18 décembre 2005 jusqu'au deuxième tour de la présidentielle étaient porteurs d'espoir, en ce sens qu'elles auguraient l'avènement d'une gouvernance marquée du sceau de la légitimité. Avec beaucoup de civisme, les Congolais ont répondu présents à ce qui apparaissait pour eux comme le rendez-vous avec une ère nouvelle, fondée sur les valeurs de tolérance, de dignité, de paix. Malheureusement, les politiques n'ont pas fait preuve du même civisme. Les campagnes électorales ont été émaillées de propos injurieux et xénophobes, les meilleurs gagnants du premier tour de la présidentielle ont affiché des comportements des perdants en se livrant à des batailles rangées en pleine capitale Kinshasa. Et comme pour illustrer le vieux proverbe selon lequel deux caïmans ne peuvent cohabiter dans le même marigot, le Président élu, Joseph Kabila, a éjecté de son espace vital son malheureux challenger, Jean -Pierre Bemba, après d'âpres combats dans la même capitale. Leur hostilité ne semble pas s'être tassée depuis l'exil -pour raisons de santé !- de ce dernier en Europe ; ils continuent à croiser le fer par médias internationaux interposés. Ce spectacle est loin de faire honneur à la jeune démocratie congolaise, et les Congolais s'attendaient à un peu plus de responsabilité de la part de ceux à qui ils ont confié le pouvoir. Qu'à cela ne tienne. Les nouvelles institutions sont en place, du moins aux niveaux national et provincial, en attendant l'organisation des élections locales. Dans son discours d'investiture, le Président de la République, première institution mise en place, a énoncé " les cinq chantiers " de son quinquennat, décrété " la fin de la récréation " et garanti que " les portes des prisons étaient désormais ouvertes " pour les délinquants de tous ordres. Ce discours résolument volontariste a été ressenti comme la première pierre posée pour l'édification d'un Congo régi selon des pratiques nouvelles, animé par des institutions ayant à leur tête des hommes et des femmes responsables et redevables devant la communauté nationale, et engagés pour relever tous les défis qui continuent à maintenir l'homme congolais et la femme congolaise dans un état de pauvreté en criante contradiction avec les potentialités de richesse dont ce pays regorge. Cependant du discours à la pratique, le chemin a toujours était long, et les meilleurs textes ont souvent fini dans les oubliettes de l'histoire ou galvaudés au point que le message d'origine se perdait avant le moindre début de passage à l'acte, réduisant un discours fondateur en un simple chapelet de slogans. S'agissant du discours présidentiel ci-haut évoqué, il a été systématiquement et littéralement récupéré et réutilisé les yeux fermés. Ainsi, des prisonniers ont invoqué le fait que les portes des prisons étaient désormais ouvertes pour se faire la belle, avec la bénédiction de leurs gardiens. Quant aux cinq chantiers, ils sont devenus le programme " verbal " de tous ceux qui n'ont rien de concret à proposer à la presse ou aux populations. A chaque question précise, la même réponse évasive : " les cinq chantiers du Chef de l'Etat " ! Il en va de même de cette fameuse fin de la récréation, sifflée en cette belle matinée du 6 décembre 2006 mais qui semble s'éterniser. Au point que certains Congolais, qui ne sont jamais en manque d'humour, sont convaincus qu'à la récréation a succédé une longue période de vacances ! Mais, c'est quoi donc, la fin de la récréation dans la cour congolaise ? Pour les Congolais, " la fin de la récréation " c'est, sur le plan politique, un gouvernement qui travaille au niveau central avec une vision claire du présent et de l'avenir des habitants de ce pays. C'est aussi au niveau provincial et local, des dirigeants soucieux de l'amélioration de la gouvernance au profit de leurs électeurs, qui n'ont que trop attendu. A tous les niveaux, c'est l'existence des pouvoirs réels de contrôle et de contrepoids pour contraindre les membres de l'exécutif et les gestionnaires à tous les niveaux à justifier et à rendre des comptes. La fin de la récréation, en politique, c'est surtout la sécurisation de tous les Congolais, de tous les espaces congolais, " pour que chacun puisse travailler dans la paix et dans la tranquillité ". Sur le plan économique, finir la récréation, c'est mettre fin à la gabegie financière, c'est mettre en place des pratiques qui permettent au Congolais de cesser d'être un étranger au festin des richesses de son propre pays. Il s'agit ni plus ni moins de cesser de faire rimer " scandale géologique " et " gestion chaotique ", afin que ce pays se remette au diapason du monde globalisé. Sur le plan culturel, mettre fin à la récréation, c'est uvrer pour les valeurs d'inclusion, de solidarité et de cohésion d'une Communauté congolaise dans toute sa belle diversité en vue de permettre à tous les Congolais d'apporter leur contribution à l'édification du pays fier et prospère que chacun appelle de tous ses vux. Force est de constater que sur tous ces plans, la récréation continue de plus belle, à la grande frustration des Congolais et des Congolaises, qui, il est vrai, avaient placé leurs attentes très haut, en donnant aux élections un caractère magique. Le vote, notamment dans les provinces orientales du Congo ((Nord Kivu, Sud Kivu et Ituri), a été essentiellement un vote pour la paix, comprise comme la fin effective de la guerre et l'avènement de la sécurité pour tous. Cependant, les conditions de sécurité se sont tellement détériorées depuis les dernières élections que les Congolais ne cachent pas leur désappointement. Les bandes armées étrangères et congolaises continuent à écumer les collines, les villages et les routes ; des espaces entiers des territoires échappent au contrôle administratif et militaire du pouvoir public ; des groupements entiers sont vidés de leurs habitants qui voient les saisons culturales passer en attendant l'aide humanitaire et les années scolaires se dérouler sans leurs enfants. En ce domaine, la récréation est si bruyante que l'on se demande qui en sifflerait la fin avec suffisamment d'énergie pour être audible. C'est pourquoi nous estimons que l'urgence n'est pas, à l'heure actuelle, de mettre un terme à une récréation qui a fini par faire partie du paysage de notre pays au point que c'est devenu une nouvelle nature. L'urgence, c'est repenser " l'école " Congo, redéfinir " les programmes ", recruter des " enseignants " intègres et compétents ; l'urgence, c'est de poser le socle d'une société congolaise dans laquelle les devoirs, les droits et les pouvoirs de tous et de chacun seront garantis. Il est donc urgent de re-créer un Etat congolais digne de ce nom. Et les élections passées et celles à venir constituent un des outils pour ériger ce socle, quitte à les utiliser à bon escient, ce qui n'a pas toujours été le cas comme vous le lirez dans ce Regards Croisés. En effet, Pole Institute a suivi pas à pas le déroulement des élections et a produit articles d'actualité à chaud et analyses. Dans ce numéro de Regards Croisés, nous vous proposons une sélection de ces textes que l'équipe de Pole Institute a publiés sur son site Internet (www.pole-institute.org) au fur et à mesure du processus électoral. Les textes ont été regroupés en quatre sections thématiques. La première reprend des textes inspirés des fractures congolaises, réelles ou virtuelles, telles qu 'elles ont été mises à jour ou démenties par les élections, surtout au niveau national. Dans la deuxième session, nous reprenons deux analyses plus récentes -et plus distantes- de nos collègues Jean-Pierre Lindiro Kabirigi et Christiane Kayser qui ont suivi tout ce processus avec un regard plus distant. Leurs analyses portent sur le lourd fardeau de la tutelle dont le Congo de Lumumba ne parvient pas à se débarrasser malgré près d'un demi-siècle d'Indépendance. Suivent quelques articles qui traient essentiellement des provinciales, avec comme constante ce mélange de tradition et ce modernisme, cette légitimation de l'ethnique par le bulletin de vote, et cette timide cohabitation du vote et de la négociation. La dernière section porte sur l'implication de la femme dans les élections à l'Est et les leçons tirées de ce qui a été un baptême de feu assez difficile. Tous ces textes sont datés et traduisent nos espoirs et nos craintes par rapport au contexte de ce moment-là et constituent pour nous, et pour nos lecteurs, j'imagine, une sorte de miroir. Depuis lors le contexte a évolué, certaines de nos projections ont été démenties par les faits, d'autres restent d'actualité. Mais nous estimons que cette compilation subjective et sélective est importante parce que le processus n'est pas encore achevé, même s'il semble présentement en panne. Nous devons préparer les élections locales avec davantage de sérénité que les nationales et les provinciales, dans la mesure où elles vont mettre en place la gouvernance de proximité, plus accessible aux populations à la base. A tous et à chacun, Bonne lecture. Onesphore Sematumba Août 2007 |
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