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POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs Pour une société digne dans laquelle évoluent des hommes libres |
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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| République
démocratique du Congo : fin de la RECREATION ou début de la RE- CREATION d'un Etat ? |
NORD KIVU : LE PIRE EST-IL ENCORE A VENIR ? Depuis les récents affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les éléments fidèles au Général Laurent Nkunda fin août et début septembre 07 dans les territoires de Masisi et de Rutshuru, en province du Nord Kivu, cette province orientale de la RDC est de nouveau sous les feux de la rampe. Les délégations officielles du gouvernement central se relaient sur le tarmac du bout de piste de l'aéroport rescapé de la coulée de lave de janvier 2002 ; les sénateurs relèvent les députés, les ministres précèdent les généraux. Même aux plus hautes instances de la République et dans les hautes sphères diplomatiques internationales, les recommandations succèdent aux conférences de presse à l'issue des rencontres, assises et autres sommets. Pour ramener la paix à l'Est de la RDC, toutes les batteries semblent en marche. La crème provinciale n'est pas en reste ; les mémorandums circulent dans les salons et sur les médias, les marches de protestation, de soutien, de colère et autres sont organisées ou projetées. Tout cela, au nom d'une paix durable au Nord Kivu. Mais force est de reconnaître que malgré cet activisme tous azimuts l'insécurité semble s'être installée pour longtemps dans cette partie du pays. Le Nord Kivu a atteint un degré d'insécurité et de fragmentation proche de celui des années 1990, au plus fort des conflits interethniques. Ce pic risque même d'être dépassé au vu de la plus grande complexité de la situation du fait des acteurs extérieurs impliqués. En effet, la crise actuelle revêt plusieurs dimensions. Elle est à la fois locale, nationale, régionale et internationale. Tenter de la réduire à une seule de ces dimensions pour en minimiser la portée - ou la riposte- conduit inexorablement dans un mur ou vers des réponses fragmentaires. Encore faut-il considérer les différentes dimensions dans leur globalité dans la mesure où elles se compénètrent et se fécondent mutuellement. 1. La dimension locale de la crise, le piège de la stigmatisation sur fond d'insécurité généralisée Depuis le déclenchement
de son insurrection, Laurent Nkunda et son mouvement politico-militaire,
le CNDP ont affirmé lutter - entre autres- pour la cause des Tutsi
congolais. Cette prise de position identitaire a contribué d'une
part, à ramener toute la substance de ce mouvement à ce
statut " ethnique " réducteur et péjoratif, et,
d'autre part, à assimiler tous les Tutsi et " leurs amis "
au mouvement insurrectionnel, ce qui peut occasionner ou justifier des
atteintes graves au droit de la personne humaine. Ainsi, le jeudi 14 septembre
07, un groupe de journalistes congolais et internationaux, de retour de
Kitshanga (à une centaine de kilomètres à l'ouest
de Goma) où ils avaient rencontré le Général
insurgé ont été pris à partie par la population
et les FARDC à Sake (27 kilomètres de Goma) au motif que
cette délégation comprenait un Tutsi (un journaliste du
New Times de Kigali), un cadre du CNDP (en réalité un correspondant
local de BBC et Canal Afrique) et un " Hunde traître ".
Aux dernières nouvelles, ce dernier, avocat et activiste des droits
de l'Homme bien connu à Goma, aurait réussi à gagner
l'Ouganda. Le reste des habitats de la ville de Goma, confronté à une insécurité généralisée du fait de la prolifération d'hommes en armes, vit désormais la peur au ventre. A la tombée de la nuit, chacun se terre chez soi, sans aucune assurance de passer la nuit. Les malfrats, eux, opèrent désormais en tout début de soirée, surtout en cette période de pluie. Le samedi 15 septembre 07, aux environs de 19 heures, trois personnes ont été assassinées au quartier Himbi II, au domicile d'un médecin de la place. Deux jours auparavant, à peu près à la même heure et sous la pluie, une femme avait été assassinée à Katindo. Ces cas ne sont pas hélas, exhaustifs et la ville de Goma est loin d'avoir le monopole d'une violence qui tend à banaliser la vie des Congolais. A Butembo, à Beni tout comme à Bukavu, le sang des innocents continue à couler, en toute impunité. 2. La dimension nationale ou la politique sans moyens Au niveau national,
la persistance des guerres à l'Est continue à se vivre comme
une grande frustration. Les Congolais, surtout ceux de l'Est, ont massivement
voté pour le Président Joseph Kabila en ce qu'il représentait
l'espoir de la sécurité et de la paix. Près d'une
année après sa prestation de serment, l'insécurité
n'a cessé de s'amplifier, au point qu'un habitant de Nyamilima
(en territoire de Rutshuru), aujourd'hui déplacé au camp
de l'OPRP près de Goma, constate avec amertume : Une telle vision est suicidaire pour un pays qui n'est même pas encore complètement sorti de ses longues années de guerre, où les foyers de tension mal éteintes couvent un peu partout comme en Ituri, au Sud Kivu, au Bas-Congo, etc. Elle est surtout fort risquée lorsqu'on sait que les FARDC ne constituent pas encore une véritable armée susceptible de mener tout à la fois une guerre et protéger les civils. L'armée nationale reste à construire. Les éléments actuellement en place, issus des différents groupes armés belligérants et des milices, doivent bénéficier d'un encadrement à la fois matériel, technique et idéologique, sans quoi ils resteront toujours une force de déstabilisation et non un rempart de protection pour les populations civiles. Ces dernières devaient être mieux accompagnées pour qu'elles identifient leurs intérêts réels plutôt que d'épouser les options bellicistes prônées par des leaders qui ne se soucient ni de leurs enfants qui ne vont pas en classe, ni de leurs champs laissés à l'abandon. " Une des leçons tirées de mon statut de déplacé, affirme, désabusé, le pasteur R. originaire de Binza, c'est d'avoir constaté que les dirigeants que nous avons élus ne nous aiment pas ; aucun d'entre eux ne nous a rendu visite ici ". Cependant, le même pasteur croit que seule une action militaire pourrait chasser les étrangers (" Wageni ", c'est-à-dire les militaires Tutsi de Nkunda) de sa contrée et lui permettre le retour. Un autre déplacé, plus lucide, ne fait plus confiance en aucune sécurisation par les armes : " Enlevez tous les hommes en armes de notre Binza, les FARDC, les FDLR, les mixés et les brassés, remplacez-les par des institutions judiciaires civiles, et nous aurons la paix ". La RDC est en réalité
un pays en phase transitoire, entre la période de conflit et celle
de post-conflit. Cette période devrait être mise à
profit, tant que la Communauté internationale nous prête
encore sa MONUC, pour consolider la paix, sans états d'âme
et pour valoriser la dimension locale de la gouvernance. Les nouvelles
institutions issues des urnes ont hérité de la longue transition
congolaises beaucoup de dossiers brûlants dans les placards ; il
convient de les vider un à un, de façon durable. Et cela
passe, absolument, par la négociation, c'est-à-dire par
la discussion franche des intérêts des uns et des autres,
au lieu de se complaire dans des équilibres précaires, comme
l'accalmie factice observée en ce moment entre les belligérants
de part et d'autre de la cité fantôme de Sake. 3. La dimension régionale ou la sempiternelle question des FDLR L'implication des Forces de Libération du Rwanda (FDLR) et des Interahmwe dans les guerres congolaises, y compris dans les affrontements récents au Masisi et à Rutshuru est patente. Actuellement, ces groupes armés Hutu Rwandais, dont la plupart ont été impliqués dans le génocide de 1994 dans leur pays d'origine, occupent des parties entières du territoire congolais. Dans le territoire de Walungu au Sud Kivu et dans celui de Walikale au Nord Kivu, ces Rwandais se sont arrogé tous les pouvoirs. Même l'administration est entre leurs mains. Avec les dernières évolutions au Nord Kivu, notamment à la faveur du départ des troupes fidèles à Laurent Nkunda, les groupes armés FDLR et Interahamwe ont investi le territoire de Rutshuru, voisin du Rwanda qui accuse la RDC d'être leur alliée. La RDC, de son côté, a toujours promis de les traquer. En réalité, le problème des FDLR et des Interahamwe est régional ; la solution devrait tout aussi être régionale, avec l'implication active de tous les pays concernés -dont le Rwanda et la RDC sont au premier plan- et de la Communauté internationale. Il est grand temps que la langue de bois diplomatique cède le pas à une volonté réelle des uns et des autres de trouver une issue à ce problème qui n'a que trop duré. Sinon, la normalisation des relations entre les pays de la région des Grands lacs, pourtant souhaitée par tous, restera un vu pieux. 4. La dimension internationale ou du mauvais usage de la MONUC La Mission des Nations
Unies au Congo, MONUC, est l'une des plus importantes au monde par l'effectif
des hommes déployés (près de 20 000) et par les sommes
qu'elle dépense. Créée pour accompagner le processus
de paix congolais après les accords de Sun City de 2002, elle est
aussi censée protéger les populations civiles à chaque
fois qu'elles sont en danger. En conclusion La situation de la paix et de la sécurité au Nord Kivu demeure préoccupante. Des villages entiers ont été vidés de leurs populations qui convergent vers des " îlots privilégiés " pour le moment. Des villages comme Kitshanga, Nyamilima, Sake, Minova, etc. sont devenus au fur et à mesure des " cités sauvages ", où s'agglutinent bon an mal an des déplacés qui viennent coincer des résidents auxquels ils disputent le peu de ressources disponibles, sans aucune assistance des pouvoirs publics. Ainsi la ville de Goma, qui comptait 500 000 habitants avant les récents déplacements des populations, est assiégée par 300 000 déplacés, répartis dans des camps qui étouffent littéralement une ville qui éprouvait déjà beaucoup de difficultés d'infrastructures scolaires, sanitaires, routières et autres, où le chômage frappe plus de 90% de la population active. Si aucune initiative n'est prise dans le sens de sortir de la logique de la guerre, le pire reste à venir.
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Mise
au point de Pole Institute, après la parution d'un article dans le
quotidien Le Potentiel |
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RULES
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