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Echos de Goma et d'ailleurs
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Déplacés de l'Est de la RDC : leadership ou manipulation ?


CRISE A GOMA : PEUT-ON SORTIR DE LA LOGIQUE DU SAUPOUDRAGE ?


A Goma, la situation est redevenue " normale ", après la folle journée du 13 novembre 07 qui a déversé des milliers de déplacés de Mugunga dans les quartiers de l'ouest de Goma, obligeant le gouverneur à descendre sur les sites des camps déserts en vue de motiver les déplacés à se re-déplacer hors de la ville.

Mais jusques à quand les illusoires digues des paroles politiciennes contiendront-elles les vagues des demandeurs de sécurité en dehors de la ville? D'assiégée, la ville de Goma a été littéralement envahie l'espace d'une journée alors que, selon certaines sources, les dépôts des humanitaires ont été pillés par les FARDC dans les camps désertés.

Dans cette situation de crise très prolongée, en passe de devenir conjoncturelle, les efforts pathétiques de saupoudrage et de colmatage de tous genres continueront-ils à faire illusion? Tenez, pour exemples:

1) Dans les villes, la rentrée scolaire a finalement été organisée , sur fond d'une cacophonie burlesque quant à la paie des enseignants, pudiquement appelée "la prise en charge". Les parents, habitués à payer tout ce qui a trait à l'éducation de leurs enfants depuis la maternelle jusqu'à la sortie de l'université (et l'entrée au chômage) ne se font pas d'illusions. Certains ont recommencé à secouer les fonds (dans tous les sens du mot) de leurs poches pour payer les encadreurs de leurs enfants. Alors que le ministre de l'Education et ses affidés provinciaux continuent à brandir des menaces à l'encontre de quiconque re-instaurerait la "prime des enseignants", sans trop y croire, il est vrai. Saupoudrage!

2) Ce qui précède ne concerne pas les campagnes du Nord Kivu: dans le meilleur des cas, les parents sont trop pauvres pour prendre en charge autre chose que leur propre misère (les dictatures, les transitions, les guerres, les rebellions, les élections... sont passées, mais la misère est restée, collée à la peau comme un pou sur la tête). Dans le pire des cas, les enfants ne sont même pas concernés par les classes; comme leurs parents, ils sont hors de chez eux dans leur propre pays, déplacés à parfois un jet de pierre de leurs collines, désormais occupées par des bandes armées de toutes sortes. Ces enfants et leurs parents, ça commence à faire nombreux. Ca commence aussi à faire peur. Et lorsqu'ils débordent des camps des humanitaires vers les villas des dignitaires, ces derniers les précèdent vers les camps, avec l'espoir d'avoir des vertus magnétiques. Saupoudrage, saupoudrage!

Les pluies continuent d'inonder les camps repeuplés et les champs désertés par les laboureurs et les éleveurs. Les enfants, du moins certains parmi eux, continuent à fréquenter les classes en fonction des critères cruels extérieurs à leur innocence. Alors que ceux des villes dont les parents peuvent encore payer les études arborent fièrement leur chemise ou leur blouse blanches, chaque matin, pour aller affronter le tableau noir, le reste, le gros des troupes dont les villages sont devenus des quartiers dans des camps de déplacés, ces petits Nègres pour qui tout est devenu subitement noir, vont tout droit vers une année scolaire… blanche ! D'autres, plus grands et plus sensibles à l'oisiveté, commenceraient à demander qu'on leur accorde des armes pour qu'ils aillent en découdre sur le terrain militaire. Fatigués d'attendre une fin dont ils ne voient pas le moindre début.

3) Dans la ville de Goma, il n' y a presque pas de route, c'est de notoriété publique. Auparavant, la ville comptait quelques milliers d'habitants, qui pouvaient se contenter de 3 axes principaux pour leur circulation, vers lesquels convergeaient des affluents tapissés de pierre volcanique. Et puis la ville a grandi, trop vide grandi du fait des guerres dans les campagnes voisines et lointaines, des famines dans les villes sœurs et cousines, des naissances désirables et indésirables. Bref, un boom général, dont les routes n'ont nullement bénéficié. Le coup de grâce, si l'on ose dire, c'est le Nyiragongo qui l'assène en janvier 2002. L'éruption volcanique avale nombre de kilomètres de la chaussée, brise la ville en plusieurs entités disloquées, reliées par les routes inexistantes. Certains humanitaires au grand cœur volent au secours des Gomatraciens divisés et les relient par des tronçons provisoires passant par le premier étage des immeubles enterrés. Après les humanitaires, les dignitaires reprirent le flambeau et l'initiative, en comblant de sable noir les trous béants qui faisaient hurler les pneus, gémir les ressorts des propriétaires et grincer les dents des contribuables. Noir saupoudrage.

4) Après les élections démocratiques, républicaines et exemplaires, l'autorité provinciale fraîchement sortie des urnes, inaugure ses chantiers par des initiatives en relation directe ou indirecte, sonore ou silencieuse, avec les routes de Goma. Tout d'abord, il ne passe pas in- entendu (vous avez bien lu!), vu qu'il se fait précéder d'une sirène dont l'une des missions est de lui dégager l'étroite voie conduisant à ses grands bureaux hérités (en troisième main) de feu le Maréchal du Zaïre, Mobutu Sese Seko Ku Ku Ngbendu Wa Za Banga, ex- Joseph- Désiré. Ensuite parce qu'il débloque un fonds pour réparer les routes principales de la capitale provinciale, avec maître d'oeuvre, etc. Depuis lors, les routes ont été "saupoudrées" de terre jaune (vive la visibilité) mais après les premières pluies de septembre, plus aucune trace de ces 267 000 USD. Là, c'est vrai, la météo n'a pas été très coopérative, on pourrait même accuser la pluie de sournoise complicité avec l'ennemi. Mais, saupoudrage quand même.

5) Aujourd'hui, une semaine après la débandade de Mugunga, les élus provinciaux et nationaux du terroir, après avoir cru (comme la plupart d'entre nous, admettons-le !) à une solution rapide, foudroyante et exclusivement militaire, se rappellent l'existence de leurs ex-électeurs, entassés dans les camps. L'accès y est plus facile que pendant la campagne électorale : en moins d'une heure, les élus peuvent accéder à des milliers de déplacés, affamés, efflanqués, vidés, désolés, désespérés, prêts à écouter tout le monde qui lui parlerait de Paix et qui parlerait paix, au présent.

Car l'ultimatum implacable, c'est celui des saisons culturales, qui inexorablement approchent et qui inexorablement vont s'éloigner. L'assistance des élus, en vivres et en discours, c'est bon. Mais pour un ressortissant du Nord Kivu, assistance et discours, c'est saupoudrage et saupoudrage. Ce qu'il attend, c'est de vite aller reprendre sa vie de paysan, sa vie de pêcheurs et d'éleveur. Pour lui, la victoire, c'est celle-là, et elle peut s'acquérir si les susceptibilités égoïstes de certains se mettaient en berne et les luttes de positionnement en veilleuse.

Les élus ne le savent peut-être pas encore, mais leurs ex-électeurs sont très déçus de leur inaction actuelle et de leurs discours tintés d'opportunisme. Ils doivent surtout cesser le jeu malsain de servir de jockers des cliques et des camps. Un Honorable, ça se respecte et ça ne s'utilise pas comme illustration de la raison ou du tort des uns ou des autres. Un Député, il compatit avec la victime des situations injustes et difficiles, il ne fait pas de cette victime une marchandise politique.

Les élus ne l'ont pas encore appris peut-être, mais les déplacés m'ont dit, à moi (votre humble…) : " L'une des leçons que j'ai tirées de ma situation actuelle de déplacé, c'est que les dirigeants congolais n'aiment pas les Congolais. " Les élus ne le savent peut-être pas, mais il n'est pas trop tard pour " changer le fusil d'épaule " et travailler à une issue durable et pacifique des conflits actuels. Une mauvaise négociation vaut toujours mieux qu'une bonne guerre, dit-on.Sinon, tout le reste, c'est du saupoudrage !!!

6) Enfin, et je m'adresse aux plus optimistes d'entre vous : jusques à quel moment le procédé de saupoudrage peut-il être utilisé avec des résultats aussi éclatants?

Goma, 19 novembre 07

Onesphore Sematumba


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