POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs
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Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
Nord Kivu : la Constitution à l'épreuve de la Rue ?
Gouvernance locale : peurs et espoirs piégés
Atelier de réflexion, Pole Institute et Ceformad,
Kinshasa, RDC, Juin 2005


Avant l'échéance du 30 juin 2005, Pole Institute et le Ceformad ont voulu lancer un débat visant le moyen et le long terme sur les enjeux de la gouvernance (en partant du local mais en gardant à l'esprit le national). Quinze participants de différents domaines de la société civile (églises, ONG, média, etc.), dont 9 de Kinshasa et 6 du Nord Kivu ont partagé un premier moment d'échanges et de réflexion autour de cette thématique.

L'objectif de cette première rencontre n'était pas d'arriver à rassembler des personnalités représentatives de toutes les tendances de la société congolaise mais plutôt d'entamer des réflexions sereines à moyen et à long terme avec un groupe de personnes sans être pris dans la tourmente des enjeux immédiats des élections.
Pole Institute a présenté les résultats d'un atelier inter-africain organisé à Mombasa en décembre 2004 sur cette même question.

Les participants de Kinshasa ont présenté leurs expériences avec des pratiques de gouvernance dans les quartiers de la ville, dans les commissions et instances de la transition.
Sur base de ces présentations et débats en plénière trois grands aspects ont été approfondis en groupes :
1) Pouvoir rapproché et pouvoir éloigné : quelles stratégies pour une meilleure redevabilité des décideurs par rapport aux citoyens ?
2) Sur base de la situation de transition : comment sortir, de ''l'espace de pillage'' et créer ''un autre Congo'' ?
3) L'information et le lobbying : comment créer un impact sur base de nos expériences positives et de nos recherches ?

En synthèse certains points clé ont été résumés par la modération assurée par Christiane Kayser et Marie José Mavinga .

Constats :

- Les dimensions politique, économique et culturelle sont entrelacées et il faut travailler sur les trois.
- L'injure comme culture politique est devenue habituelle, surtout dans la capitale.
- La politique est vue par tous comme une porte d'accès aux richesses pour des individus et leurs systèmes clientélistes et non comme un service à la communauté. Comment sortir de cet engrenage ?
- Les personnes au pouvoir sont en quelque sorte isolées d'une base qui les appuierait et les contrôlerait. Elles se sentent redevables uniquement à ceux qui les ont placées là et subissent en outre la pression de leurs " clients ". Tout cela se passe dans un système de quasi-féodalisme avec des potentats et des sujets et non dans un espace de citoyenneté.
- L'absence de confiance est un problème essentiel. Les Congolais n'ont plus confiance dans les politiciens, ni dans les institutions et la méfiance règne également entre individus et groupes. On se replie alors dans des groupes et clans, voir des groupes et sous-groupes ethniques, religieux, etc.
- La fragmentation de la société devient une tendance forte.
- Les enjeux de la gouvernance se trouvent aujourd'hui aux niveaux provincial et local.
- La sécurité des personnes et des biens est une condition sine qua non pour le fonctionnement d'une gouvernance digne de ce nom. Aujourd'hui elle n'est pas assurée par l'Etat. Une multitude de groupes armés officiels et clandestins se disputent la mainmise sur différents territoires. Parallèlement à l'intégration proposée d'une armée nationale, la création de multiples services armés parallèles ne facilite pas l'avancée dans ce domaine.
- L'administration ne fonctionne pratiquement pas. Or, les rapports des populations par rapport à l'Etat sont fortement marqués par le rôle que l'Etat joue par rapport à la provision de services de base (santé, éducation, sécurité des personnes et des biens). En RDC, l'Etat ne remplit pratiquement plus ces fonctions depuis de longues années.
- Les expériences positives de gouvernance traditionnelle et informelle qui existent dans de nombreux domaines et assurent la survie des populations dans de nombreux cas ne sont pas analysées et valorisées.
- Les richesses naturelles du pays qui pourraient contribuer à sortir les populations de leur situation d'extrême pauvreté sont pillées et bradées depuis de longues années avec des complicités multiples, congolaises et internationales.
- La Communauté Internationale poursuit ses propres agendas et ne peut être un parrain responsable, voire même, le décideur clé d'une construction de gouvernance durable et appropriée. Elle est cependant un acteur important et a des responsabilités par rapport auxquelles elle est redevable aux Congolais.
- Les élections ne seront dans le meilleur des cas qu'un petit pas en avant dans un long processus. La légitimité et la redevabilité des décideurs restent à instaurer et à entretenir continuellement à tous les niveaux.

Pistes d'avancement :

Comment créer des synergies entre les institutions et les populations ? Comment restaurer un début de confiance ?

Notre propre apport :
- De petites actions au niveau local avec des impacts pratiques sur la vie des populations peuvent reconstruire la confiance :
à Kinshasa le travail dans la commune de Kinsenso mené par le Ceformad et d'autres avec l'appui de la coopération belge ;
au Nord Kivu, le travail de radio citoyen et le travail avec les noyaux " de
légitimité " mené par Pole Institute.
- L'information des populations par rapport aux enjeux de l'exploitation des ressources et d'autres enjeux centraux. Les acteurs de la société civile établissent leurs propres dossiers, mais croisent aussi les informations et s'épaulent mutuellement dans le travail.
- Faire un inventaire, des analyses et des échanges sur les ''expériences positives'' dans la gouvernance traditionnelle et informelle. Sur cette base peuvent se construire des activités de lobbying avec impacts.
- Il s'agit d'établir et de maintenir des canaux pour la redevabilité :
- Partager et valoriser les expériences locales.
- Organiser ensemble une recherche-action sur les perceptions du pouvoir par les populations dans différentes parties du pays.
- Créer et animer des espaces de dialogue entre les populations et les décideurs (émissions radio, ateliers, etc.).
- Inverser la logique de la campagne électorale en mettant au centre les exigences des populations et en les utilisant comme des indicateurs d'impact pour le futur gouvernement.
- Faciliter l'émergence d'une culture citoyenne.


- Monter des stratégies de négociation, de lobbying et de monitoring par rapport au positionnement de la Communauté Internationale et à l'appui des bailleurs.

Tous les participants ont exprimé un fort souhait de continuer et avancer dans cette dynamique sur la base des propositions élaborées ensemble et d'élargir le cadre de travail à d'autres régions du pays.
Pole Institute et le Ceformad ont pris l'engagement de contribuer à faciliter cela.


Christiane Kayser
Marie José Mavinga
Kinshasa, le 21 juin 2005

Liste des participants

1 Mr Thierry Nlandu Prof. Fac. Lettres/ UNIKIN, Société civile
2 Mr Donat Tunamau Conseiller pédagogique/ CEFORMAD
3 Mr Pascal Dema Journaliste; directeur cabinet du ministre de l'Information
4 Mr Matthieu Kalele Prof. UNIKIN, Conseiller au cabinet du vice-président Z'Ahidi
5 Mr Peter Ntumba Coordinateur à la Voix des Sans Voix (VSV)
6 Mme Chantal Malamba Caucus des Femmes Congolaises
7 Mr Nestor Bazeye Coordinateur national RECIC
8 Mme Marie José Mavinga Coordinatrice du CEFORMAD
9 Mr Christophe Lutundula Député national
10 Mme Christiane Kayser Consultante, Membre de Pole Institute
11 Mr Onesphore Sematumba Membre de Pole Institute
12 Mr Aloys Tegera Manager de Pole Institute
13 Mr Dominic Johnson Journaliste (Taz), chercheur associé à Pole Institute
14 Mr Prosper Hamuli Membre de Pole Institute
14 Mr Willy Kakitsa Membre de Pole Institute


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