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Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement des provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu


Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement des provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu


Mettre fin à la guerre de l'Est

Les provinces de l'Est de la République démocratique du Congo se retrouvent de nouveau sous les feux de l'actualité, à l'occasion de la tenue à Goma, chef-lieu du Nord Kivu, d'une Conférence visant de " mettre fin à la guerre et à l'insécurité et du Sud Kivu et jeter les bases d'une paix durable et d'un développement intégral au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ".

L'idée d'une conférence pour régler les conflits dans cette partie de la RDC n'est pas en soi nouvelle. Il y a un peu plus d'une année, le gouvernement congolais avait souhaité un dialogue intercommunautaire pour tenter de mettre fin à la guerre qui opposait les brigades non-intégrées à celles intégrées de son armée, mais cela souleva un tollé tel que l'idée et le dialogue furent vite rangés aux placards. En effet, pour les Congolais qui venaient d'élire pour la première fois en quarante ans d'Indépendance et après une longue transition jalonnée de rébellions, l'acte électoral devait être parachevé par un acte de bravoure militaire. Des voix s'élevèrent même pour nier l'existence d'un quelconque problème de cohabitation entre les communautés de ces provinces.

Au Nord Kivu, le Président de la République, massivement élu dans cette partie du pays, se devait de respecter le pacte électoral de ramener la sécurité en réduisant par la force les " Insurgés " de Laurent Nkunda. Au Sud Kivu, c'était le " groupe des 47 " retranché sur les Hauts Plateaux de Minembwe, qu'il fallait éradiquer. Les autres " groupes armés locaux incontrôlés " tels que les Maï Maï, le PARECO sont généralement considérés comme des alliés objectifs des FARDC alors qu'ils sont très activement impliqués dans les actes d'insécurité à l'encontre des populations civiles qu'ils prennent littéralement en otage dans les enclaves sous leur contrôle. Quant aux " Forces négatives étrangères ", notamment les FDLR, elles semblent jouir d'une immunité particulière du fait des services rendus aux gouvernements successifs de la RDC pendant les rébellions et de leur suprématie militaire sur toutes les autres forces en présence sur les immenses étendues sous leur contrôle au Nord Kivu et au Sud Kivu.

Des chiffres et des maux

Depuis décembre 2006, l'Est de la RDC , et tout particulièrement le Nord Kivu, est donc en état de guerre ouverte. Plus de 20 000 hommes de troupe ont été déployés par le gouvernement central dans cette province, des tonnes d'armes et de munitions ont été déversées. Des chars et des hélicoptères ont été mobilisés pour venir à bout des insurgés, généralement estimés à 4000. Mais ce qui devait être une victoire foudroyante s'est vite transformé en une guerre d'usure, où les villages et les collines devenaient d'importants enjeux de conquête.
Cette guerre a jeté sur les routes près d'un million de civils dans la seule province du Nord Kivu, où des Groupements entiers des Territoires de Masisi et de Rutshuru sont vidés de leurs populations. La ville de Goma, dont la population était estimée à un demi-million d'habitants avant la guerre en cours, a été submergée de nouveaux déplacés alors que les campagnes qui la desservaient en produits agricoles sont désertes. D'immenses camps de déplacés, assistés par les organisations humanitaires, hébergent des Congolaises et des Congolais qui, à longueur des journées, se demandent quand finira ce calvaire. Et surtout, ils commencent à réclamer de plus en plus haut et fort, leur retour dans leurs localités. Ainsi, lors de sa dernière tournée dans le Territoire de Rutshuru, William Swing, le tout puissant patron de la Mission de Nations Unies en RDC (MONUC) et le Gouverneur de la Province du Nord Kivu ont été pris à partie par des déplacés en colère qui leur ont barré le passage, en leur criant qu'ils en avaient marre d'être " visités comme des bêtes dans un zoo ".

La Conférence comme troisième Voie ?

Le fort déploiement en effectifs et en armements des FARDC au mois de novembre 2007 ont entretenu l'espoir d'une solution rapide à la crise sécuritaire de l'Est. Les chars de combat qui traversaient la ville de Goma chaque matin et chaque soir étaient chaleureusement applaudis et la MONUC qui ne cachait pas son appui aux FARDC avait de nouveau la cote auprès des populations qui l'accusent si souvent d'être indifférente et même complice des " ennemis ".
La prise de la localité de Mushaki par l'armée nationale le 5 décembre 2007, a été célébrée comme une importante victoire, prélude à la mise en déroute programmée des Insurgés. La reprise de cette localité par les Insurgés, quatre jours plus tard, et la déroute générale des militaires FARDC qui s'ensuivit, furent vécues comme une véritable catastrophe nationale.

Dans la foulée des réactions à la chute de cette position stratégique, les parlementaires nationaux et provinciaux, les ministres provinciaux et quelques délégués de la Société Civile du Nord et du Sud Kivu, réunis à Kinshasa, ont adressé un Mémorandum au chef de l'Etat avec comme objet : Situation de guerre au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Les 104 signataires de ce texte, après avoir " constaté avec amertume la perte des positions stratégiques, dans la province du Nord-Kivu, notamment celle de MUSHAKI ", alors que les FARDC " venaient de prouver qu'elles étaient capables de reconquérir les mêmes positions et de vaincre l'ennemi ", se proposent de " faire un diagnostic aux fins de déterminer les causes de cette guerre et de proposer des pistes des solutions pour la reconquête des espaces perdus et ramener ainsi une paix durable dans la région." Ils estiment que pour remédier à " la situation sur terrain qui est grave mais non irrécupérable ", il faut user " concomitamment du FIGHT and TALK notamment en exploitant les pistes à la fois militaires, politiques et diplomatiques ".

Sur le plan politique, la première action à mener est de " Relancer et accélérer la tenue de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord- Kivu et du Sud- Kivu tel qu'initié par les députés nationaux de ces deux provinces ", alors que la deuxième est de " déployer sur le terrain tous les parlementaires nationaux du Sud Kivu et du Nord Kivu (…) afin d'y rencontrer leurs collègues provinciaux et autres personnalités et notabilités pour la sensibilisation de la population sur la nouvelle option FIGHT and TALK ". Sur les 104 signataires du mémorandum, 66 sont des députés nationaux ou sénateurs basés à Kinshasa, soit 63,4%.
Parmi les actions diplomatiques envisagées, il y a le lobbying à exercer en vue du retour pacifique des réfugiés rwandais par l'organisation d'un dialogue inter-rwandais d'une part, et l'accélération du processus d'exfiltration de Laurent NKUNDA vers l'Afrique du Sud d'autre part.

Le mémorandum est signé le 15 décembre 2007, et à partir de cette date les choses s'accélèrent.

Kinshasa au centre du dispositif

L'organisation de la Conférence devient aussitôt une urgence nationale. Le 20 décembre 2007, le Président de la République convoque la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu . Celle-ci est prévue du 27 décembre 2007 au 9 janvier 08 (ordonnance n°07/075). Les notables de Kinshasa, dont pratiquement tous les signataires du mémorandum du 15 décembre, déferlent alors sur Goma.

Les résistances des communautés et des autres

Sur place à Goma, les délégués de Kinshasa se rendent à l'évidence : leur initiative n'a aucun soutien populaire et les communautés les accusent de vouloir brader le pays et la conférence est considérée comme une voie détournée de négocier avec les ennemis ! Le mémorandum de la Communauté Nande, est sans équivoque. Pour cette communauté dont un ressortissant pilote pourtant les travaux de la Conférence (Abbé Apollinaire Malumalu) et un autre est gouverneur du Nord-Kivu (Julien Paluku)," cette conférence n'est ni plus ni moins qu' :
- Une négociation du Peuple Congolais avec un rebelle, un criminel reconnu internationalement et sur qui pèse un mandat d'arrêt international,
- Une capitulation humiliante du peuple Congolais devant son meurtrier,
- Une légitimation de la rébellion et des crimes de Laurent NKUNDA BATWARE "
Quant à la Société civile, elle trouve inopportune la tenue de cette Conférence avant l'examen des préalables contenus dans le mémorandum adressé au Président de la République en décembre 2007.
En réalité ces réticences cachent mal un double malaise. Le premier résulte de la frustration face à l'échec de l'option militaire, le second de la tutelle que " ceux de Kinshasa " se croient autorisés à exercer sur les provinciaux. En effet, les communautés locales et même les élus locaux n'ont pas été véritablement associés à cette initiative et parlent ouvertement d'agendas cachés.
Le 27 décembre 2007, le ministre d'Etat à l'Intérieur, le Président de l'Assemblée nationale et d'autres personnalités ouvrent solennellement les travaux préparatoires à la Conférence, dont l'ouverture est reportée au 6 janvier 08.
Entre- temps, les députés nationaux et provinciaux, le Président de l'Assemblée nationale en tête, se déploient sur terrain pour obtenir l'adhésion des populations à l'idée même de la Conférence !La Société Civile, elle, revient à de meilleurs sentiments après que son quota a été revu à la hausse (49 participants par province).

Construire la confiance et sortir du folklore

Le discours officiel a placé très haut la barre quant aux résultats attendus de cette conférence. Des prières sont organisées dans les autres provinces, des collectes de fonds sont initiées, " pour que nos frères des provinces du Kivu retrouvent aussi la paix et la sécurité ". Les travaux seront retransmis en direct sur les médias nationaux pour permettre aux Congolais de vivre l'événement. La crainte réelle, au vu de notre expérience des Conférences, est de voir les aspects folkloriques et les discours fumeux prendre le pas sur la quintessence même de la problématique. Le format (plus de 600 participants) s'y prête tellement qu'il faudra un grand travail à l'équipe de modération pour obtenir des résultats après les sept jours.
Cependant, la qualité du travail dépendra avant tout de la qualité des participants à ces assises et de leur capacité d'analyser pour trouver des pistes d'actions et de ne remuer le passé que pour mieux l'assumer en vue de la construction de l'avenir. Il faudrait alors un revirement à 180° pour la plupart d'entre-eux pour qui l'exclusion et la haine sont érigées en programmes politiques, ce qui serait un véritable miracle surtout qu'ils devront assouvir les attentes de tous ceux qui continuent à caresser l'idée de la sécurisation des populations par les armes.

Toutefois, cette conférence étant perçue, à tort ou à raison, par les nombreuses victimes de l'insécurité à l'Est, comme celle de la dernière chance. Ces victimes, dans les camps des déplacés et ceux des réfugiés, ne pardonneraient jamais à quiconque, pour des intérêts quelconques, gaspillerait cette occasion en la transformant en une foire d'empoigne ou en une tribune d'exercices de style oratoire. Des résultats, voilà ce que tout le monde attend. Et pas n'importe lesquels !

Onesphore Sematumba

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