Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes

" Si cette conférence était organisée pour nous … !! "


Plus d'un millier de Congolais sont réunis depuis plus d'une semaine pour proposer des voies vers la paix, à la demande des instances dirigeantes du pays. Qu'en disent les populations ciblées comme bénéficiaires de cette initiative ? Pour le savoir, nous avons promené le micro de l'émission ''Echos de Goma et d'ailleurs … Fissures'' de Pole Institute dans et autour de la ville de Goma où se tient la conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et au Sud-Kivu. Cela pour recueillir les avis de ceux pour qui la conférence est faite mais à qui personne n'a demandé leur avis alors qu'il s'agissait de ce qu'ils vivent au quotidien .

La paix … la paix à tout prix !

" Nous les femmes de la province du Nord-Kivu, nous avons soif de la paix, une paix véritable. Sans la paix, il n'y a pas de développement. C'est l'instabilité et la faim chez ces paysans qui nourrissent les citadins. Les prix des denrées alimentaires ont monté dans les marchés de la ville. Seule la paix peut favoriser les conditions nécessaires au développement. "
- Nous voulons qu'au sortir de la conférence, les conférenciers nous disent qu'ils se sont entendus et nous montrent les résultats palpables de leur conférence. Sans cela, c'est la guerre qui continue. Ils doivent passer par un pardon mutuel sincère.
- En tant que jeune, j'insiste sur le fait que cette conférence doit déboucher sur le rétablissement de la confiance entre les communautés ethniques et les autres regroupements. La grande recommandation à adresser à l'Etat c'est le rétablissement rapide de l'ordre et de la justice pour que tout le monde se sente sécurisé. Il est regrettable que le motif de la convocation de la conférence soit de pallier aux insuffisances de l'Etat. Sinon on n'en serait pas arrivé là. On n'en serait pas arrivé à ce qu'il y ait des communautés qui se sentent exclues de la gestion de la chose publique. Il faut donc être très prudent avec les déclarations qui relayent les frustrations des communautés. C'est le rôle de l'Etat de faire respecter les limites entre citoyens. Mais, plus que tout, la solution dans la durée passe par l'exécution de projets de développement, le désenclavement de toutes les régions mais après avoir résolu le problème de l'insécurité.

Une conférence est un espace d'espoir pour la paix.

De l'intérieur, Anicet pense qu'il prend part à des assises historiques. Pourtant, il est le premier à reconnaître que ce n'est pas demain qu'on verra l'inscription de cette énième épisode de recherche de la paix, comme une réussite, dans les annales de l'Histoire de ce pays. Et pour cause…
Q. : En quelle qualité prenez-vous part à cette conférence ?
R. : Je représente le territoire de Kalehe.
Q. : Notre micro balladeur est parti de Sake pour arriver à Goma en passant par le camp des déplacés de Bulengo. Là, les gens de Sake nous ont dit attendre de la conférence qu'elle les stabilise. Qu'ils n'errent plus au gré des affrontements armés. Les déplacés à Bulengo ont demandé de la nourriture et le retour chez eux. A Goma, les gens vous demandent la paix même au prix de concessions aux groupes armés. La marche actuelle de la conférence vous permet-elle de dire qu'elle y apportera des réponses satisfaisantes ?
R. : Même si tout va bien, la population a des attentes nombreuses et variées. Parmi ceux qui ont pris les armes, nombreux sont ceux qui doivent être punis pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Tous ces crimes crient vengeance ! Il faudra bien entendu parler de pardon et de réconciliation, mais dialoguer ne signifie pas absoudre sans punition.
Q. : Au lendemain de la conférence, les réfugiés et les déplacés rentreront chez eux ?
R. : Ils le peuvent tout comme ils ne le peuvent pas. Cela nécessite un dialogue élargi aux non belligérants. Nous devons tous être d'accord sur un certain nombre de choses. C'est un accord sorti de telles assises qui est de nature à rassurer tous ceux qui veulent rentrer. Pensez-vous que le cas d'un violeur ou d'un tueur soit simple à trancher ? Personne n'est prêt à mettre une croix sur de tels crimes. Les criminels aussi n'ont dit à personne qu'ils se laisseraient faire. C'est donc par la force qu'il faudra leur imposer la justice. Dans ce bras de fer, où est la solution du problème du pauvre déplacé ?
Q. : Et la nourriture ! Les déplacé auront-il de la nourriture ?
R. : C'est trouvable parce qu'il existe des ONG dont c'est la préoccupation.
Q. : Et la sécurité à Sake ?
R. : Je viens de dire que négocier nécessite que les parties acceptent de discuter. Nous sommes encore en pleine conférence. Nous ne sommes pas encore entré en atelier, nous n'avons pas encore pris de résolutions, c'est pourquoi je ne peux promettre à personne la sécurité à l'issue de cette conférence.
Q. : Votre dernier mot ?
R. : Le fait que des belligérants aient accepté de participer à cette conférence me permet d'espérer une issue heureuse après des échanges francs. C'est cette franchise entre les ennemis d'hier qui nous fera parvenir à la paix.

La paix c'est le pain et le retour dans nos villages.

- J'ai quatre enfants. Pour les nourrir je dois vendre les quelques pagnes que j'ai pu sauver dans ma fuite. Il me faut de la nourriture. Que la conférence nourrisse mes enfants. C'est tout ce que je lui demande.
- Nos derniers espoirs sont placés dans cette conférence parce que nous souffrons beaucoup alors que nous avons nos terres dans nos villages. La paix doit revenir, et le plus vite possible, pour nous permettre de rentrer chez nous. Ceux qui sont là bas, à la conférence, doivent s'entendre. Le cadet doit respecter l'aîné, le président de la République.
- La guerre n'apporte rien. Les dirigeants de ce pays doivent dialoguer franchement et passer par la négociation. Si des accords négociés sont signés, nous pouvons rentrer chez nous tranquillement. De tels accords peuvent-ils sortir de cette conférence ? Je ne sais pas ou plutôt je ne crois pas parce que le préalable c'est le respect d'un cessez-le-feu. Seulement, entre Congolais il y a toujours moyen de s'entendre à l'issue d'une palabre.
- Il faut aussi insister sur les vraies causes de tous ces désordres consécutifs au manque d'organisation de l'encadrement des réfugiés. Toute personne qui fuie son pays pour se réfugier au Congo doit y trouver un organisme chargé de l'encadrer. Pourquoi a-t-on laissé les réfugiés rwandais se répandre à travers toutes nos forêts ? C'est une très grave irresponsabilité. La conférence doit inviter tous les organismes sensés encadrer les réfugiés et leur demander d'évaluer l'impact de leurs interventions pour rectifier le tir.
- Avant cela, la conférence - et je sais qu'elle a à sa portée la solution à tous nos problèmes - elle doit prendre le temps de former une commission ou demander à ceux qui survivent encore dans les milieux ruraux de témoigner de l'occupation de l'espace par les uns et les autres. Ensuite, elle doit produire un accord politique qui nous permette de rentrer sans craindre que ceux qui ont des revendications n'ont pas eu ce qu'ils voulaient.
- Permettez-moi d'adresser le message des démobilisés à la conférence. Notre plus grand problème est de parvenir à échapper au recrutement forcé par divers groupes armés. Et pour que cela cesse, le gouvernement doit nécessairement négocier l'adhésion de ces bandes à un plan de paix.

Pourquoi ce n'est pas cette conférence qui accouchera de la paix … !!!

Moi c'est Jules Kubuya Bwira, je participe à cette conférence comme membre de la commission ''Paix et Sécurité''
Q. : Le déroulement des activités de la conférence vous donne-t-il l'espoir qu'il en sortira des solutions aux problèmes des populations ?
R. : Après avoir suivi les déclarations des représentants des communautés et des autres participants, je suis découragé. Je crois qu'aucun des objectifs affichés ne sera atteint.
Q. : Pourquoi ?
R. : Les déclarations croisées des uns demandent chaque fois le contraire des desiderata des autres. Chacun demande à l'autre de faire exactement le contraire de ce pour quoi il se bat. Et c'est comme ça pour chaque groupe en commençant par les groupes armés.
Q. : N'y a-t-il pas un mécanisme ou une méthodologie de travail mis en place pour déboucher sur un terrain d'entente ?
R. : C'est très difficile parce que les intérêts sont très antagonistes. Je peux donner l'exemple du cas du sort des réfugiés congolais au Rwanda. Les uns disent que, pour qu'ils réintègrent les lieux qu'ils ont quittés, chaque réfugié doit aller voir son chef de groupement. Eux aussi disent qu'ils doivent rentrer même dans des lieux où ils n'étaient pas établis auparavant. Et ça c'est un vrai problème, mon frère.
Q. : Pour d'autres problèmes tels que les revendications des déplacés de guerre qui demandent entre autres de la nourriture. La conférence peut-elle leur donner satisfaction ?
R. : La conférence le peut tout comme elle ne le peut pas étant donné que ce ne sont que des recommandations au gouvernement qui en sortiront. Je préfère dire qu'on ne devrait pas être obligés de rappeler au gouvernement ses devoirs les plus élémentaires. Faut-il apprendre à une mère que ses enfants doivent manger ? Si les déplacés de guerre demandent de la nourriture jusqu'à maintenant, les ministres devraient mourir de honte. Ce n'est pas ce genre de problèmes qui devraient attendre la conférence pour être traités. Mais, jusqu'à l'heure où je vous parle, il n'y a personne qui peut dire quel est l'objectif de cette conférence !!!
Q. : Vous m'aviez pourtant dit que vous étiez l'un des participants !!
R. : Je suis à l'intérieur et j'ai les objectifs sur papier. Mais, quel est le vrai agenda de cette conférence ? Qui peut le révéler à toutes ces communautés qui se sentent flouées ?
Q. : Vous semblez être très pessimiste quant aux résultats ?
R. : Les résultats seraient prévisibles si chacun s'ouvrait à l'autre. Voyez les déclarations du CNDP croisées à celles des autres bandes armées et des communautés et vous comprendrez que le regroupement des gens s'est fait sur des bases ethnico tribales. Or, c'est cela qui nous a toujours divisé. L'équipe qui dirige la conférence aura-t-elle suffisamment de sagesse et de tact pour rassembler les participants autour d'une vision commune ? Rien n'est moins sûr !!!

Que dire alors aux conférenciers ?

Pour Muranda de Sake, " nous attendons de la conférence la fin de la guerre. Même si le Président de la République a dit que cette conférence n'était pas le lieu de partage du pouvoir, il doit savoir que quand quelqu'un prend les armes c'est pour chercher le pouvoir. Il serait donc souhaitable que la conférence permette à chacun de dire clairement ce qu'il veut et lui réserve la suite adéquate. Mes considérations sont très simples. Nul ne devrait être autorisé à quitter la conférence avant que la solution à l'insécurité ne soit trouvée. D'ailleurs, si la guerre devait continuer, les conférenciers auraient dû être obligés de rester là jusqu'au jour où ils peuvent dire à la population : la guerre est terminée et ne reprendra plus. "

Goma, 21 janvier 2008.
Prosper Hamuli - Birali.


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