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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
JOURNÉE
INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR
POUR UNE VIE NOUVELLE ?
1. Pourquoi une journée pour la femme ? Pour tous, le 08 mars
est-il une journée pour dresser le bilan des progrès accomplis
en vue de promouvoir l'égalité et une occasion pour les
femmes d'identifier les difficultés qu'elles doivent surmonter
dans la société ? Ceux qui s'attendaient à trouver
à chaque coin de rue, à Goma ce 08 mars 2008, des hommes
et des femmes en train de se pencher sur les moyens nécessaires
pour améliorer la condition de la Congolaise doivent être
déçus. D'ailleurs Papa Mukendi, un débrouillard,
ne s'est pas privé de ricaner dans une interview à l'émission
''Echos de Goma et d'ailleurs
Fissures'' de Pole Institute: "
Les hommes ont inventé le 08 mars pour distraire les femmes. Défiler,
c'est peut-être se défouler, mais la femme doit se défendre
par sa capacité à faire mieux que les autres. Elle doit
travailler. Et travailler c'est étudier pour produire et se faire
accepter par ses uvres. La femme égale l'homme, oui !! mais
dans le travail, dans la production !!! " De son côté,
Mme Marie Shematsi , en insistant sur le fait que ce jour " n'est
pas le jour de dire aux hommes de faire la cuisine " ne voudrait
pas dire que les maris ne doivent pas aider leurs épouses dans
les tâches ménagères. Elle relève plutôt
qu'il est impératif que " les femmes leaders expliquent aux
autres le sens non seulement du 08 mars mais aussi du mois de la femme.
" Officialisée en 1977 par les Nations Unies, la Journée Internationale de la Femme symbolise d'une part, les fruits d'un large processus de luttes, de revendications et de débats et d'autre part, les parcours silencieux de plusieurs femmes dans le monde entier. La référence historique principale de cette journée remonte aux grèves ouvrières déclenchées en 1875 et en 1911 à New York lors d'une protestation des travailleuses du textile contre les mauvaises conditions de travail. Un événement en particulier aurait marqué fortement les manifestations : le 25 mars 1911, un groupe de travailleuses qui manifestaient dans une usine de textile à New York a trouvé la mort lors d'un incendie. Elles n'avaient pas pu s'échapper à temps, les portes étant fermées pour que ces travailleuses ne sortent pas avant la fin de la journée. A peu près à la même époque, lors de la deuxième conférence internationale des femmes socialistes, en 1910, à Copenhague, au Danemark, la leader socialiste Clara Zetkin a proposé la création d'une journée internationale de la femme, afin de reconnaître les luttes menées par les femmes partout dans le monde. La liaison entre la date du 08 mars et la participation des femmes ouvrières à la Révolution Russe constitue une autre référence historique de la célébration de la journée internationale de la femme. Le 23 février1917, date du calendrier russe, ou le 08 mars dans le calendrier grégorien, des femmes travailleuses sont sorties dans les rues pour déclencher une grève qui, plus tard, sera insérée dans les actions révolutionnaires qui ont inauguré la Révolution Russe. Ce jour-là, à Saint-Pétersbourg, des femmes ouvrières ont manifesté pour réclamer du pain et le retour de leurs maris partis au front. Il est donc clair que l'origine du " 08 mars " s'ancre dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l'égalité entre les hommes et les femmes, qui ont agité l'Europe ,au début du XXe siècle. Dans ce sens, c'est une journée de manifestations à travers le monde : l'occasion de revendiquer l'égalité et de faire le bilan sur la situation des femmes. Traditionnellement, les Associations de femmes militantes et certains groupes préparent des manifestations pour faire aboutir leurs revendications, améliorer la situation des femmes, fêter les victoires et les avancées. C'est ce qui explique que la journée du 08 mars soit une bonne occasion pour les femmes de dresser le bilan des progrès accomplis en vue de promouvoir l'égalité entre tous. C'est aussi l'occasion d'identifier les difficultés qu'elles doivent surmonter dans la société et de se pencher sur les moyens nécessaires pour améliorer leur condition. 3. De l'émancipation de la femme zaïroise à l'inscription de la parité homme femme dans la constitution de la IIIème République. " Avoir une pensée spéciale pour la femme a commencé le 20 mai 1967 sous Mobutu. Le slogan au goût du jour, ''Homme nouveau, Femme nouvelle'', parlait de l'émancipation de la femme congolaise qui deviendra zaïroise à partir de 1980 ", lance Mzee Tsongo . Les mentalités se sont-elles renouvelées pour autant ? Depuis lors, la contribution de la femme au processus du développement du pays est-elle reconnue ? Bien sûr, " on peut trouver des Congolaises qui ont commencé à accéder à la propriété des boutiques et des magasins et même des plantations lors de la zaïrianisation de 1973", mais, pour les hommes de cette époque, - et Dieu seul sait si c'est déjà dépassé ! - " l'émancipation de la femme n'était rien d'autre qu'un subterfuge pour briser les foyers et avoir des femmes libres disponibles pour la satisfaction des appétits sexuels des dirigeants dépravés. Même les femmes disaient que l'émancipation de la femme visait à les séparer de leurs maris pour qu'elles deviennent des proies faciles. " Au Zaïre, ce qui a été présenté comme une avancée sur la route de l'émancipation de la Zaïroise a déçu. " La condition féminine et famille (CONDIFA), un secrétariat général attaché au ministère des affaires sociales dès le 08 février 1980, était créée pour s'occuper des problèmes féminins. " Combien en a-t-elle identifié ? Combien de lois en faveur des femmes ont-elles été votées au parlement à l'initiative de la CONDIFA ? Mzee Tsongo croit connaitre la raison de l'échec de la CONDIFA. Ce Secrétariat avait "un personnel pléthorique et celui qui y était engagé n'apprenait ce qu'il avait à faire qu'une fois à l'intérieur. La formation assurée par une structure politique, l'Institut Makanda Kabobi, était une sorte de recyclage d'un groupe trop large et trop hétéroclite pour que chacun, individuellement, puisse en retirer autre chose que la ligne politique du parti unique, le Mouvement Populaire de la Révolution, à la place de la technicité voulue pour concevoir et encadrer les actions en faveur des femmes congolaises. " Toutefois, le simple fait de porter sur la place publique la mention d'une nécessité d'émanciper la femme ne pouvait que porter des fruits, même modestes. Au Nord-Kivu, des Associations féminines se sont créées depuis cette époque et leur nombre va croissant jusqu'au sein des Eglises où on peut à présent trouver des femmes pasteurs. Les femmes qui gèrent des Organisations ou des Mutuelles sont des modèles pour d'autres qui voient que c'est réellement possible. Ce sont surtout de telles femmes qui, à travers des ateliers, des journées de réflexion et des mémorandums, sont parvenues, en 2006, à faire durcir les lois qui répriment les viols et les violences sexuelles faites aux femmes et aux jeunes filles en RDC. C'est encore leur action de lobbying qui a grandement contribué à la définition de l'article de la nouvelle constitution congolaise qui consacre la parité homme - femme en R.D.Congo. C'est une grande victoire à saluer !! Les femmes peuvent
secouer leur condition d'infériorité par rapport aux hommes.
Cependant, il faut éviter les illusions parce que les mentalités
n'évoluent pas au rythme de la prise de responsabilités
des femmes dans la communauté. Les hommes ne sont pas impliqués
dans le mouvement autant qu'il le faudrait pour aboutir à des changements
importants et rapides. Il faut alors lire dans le fait que, en 2008, plusieurs
femmes, même d'un certain age, retournent sur les bancs de l'école,
le résultat de 40 ans d'une émancipation cahoteuse de la
Zaïroise - Congolaise et de 30 ans d'une convention sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination à l'égard de la femme
larguée aux placards des bureaux climatisés des ministères.
Où en est la Congolaise dans son combat ? Que revendique-t-elle
aujourd'hui? Qu'est-ce qui ferait son bonheur en 2008 ? La sur Gisèle , une Burkinabè qui vient d'accomplir 4 ans d'apostolat en RDC, a confié à notre micro : "Depuis que je suis là, le 08 mars est une fête de défilés, de pagnes, de danses, du manger et du boire. Ce n'est pas cela le 08 mars dans mon pays. Là, c'est plutôt une journée de conférences et de dialogues entre femmes. Ici, le folklore éclipse le sens profond de cette journée." En effet, à Goma, pour commémorer la Journée Internationale de la femme, une grande marche a été organisée avec une forte mobilisation des femmes uvrant dans différents secteurs (les femmes des Entreprises et Services Publics, les femmes des Organisations Non Gouvernementales et Réseaux, les femmes des Eglises, les femmes commerçantes, ) devant le Gouverneur de la province, quelques ministres et députés provinciaux. Tour à tour, ces femmes ont défilé dans un stade de la ville avec les calicots qui portaient le nom de leurs Institutions, Organisations ou Réseaux. Des cris, des chansons de toutes sortes et des danses non porteuses de messages concrets ont accompagné cette marche. Quelques rares calicots portaient des messages du genre : " La sécurité : La protection et l'autonomisation de la femme et de la jeune fille " ; " Non aux violences faites aux femmes, oui pour l'encadrement des déplacés de guerre jusqu'à leur retour dans leurs milieux d'origine " ; " Oui à l'émancipation de la femme dans toutes ses formes. " Vu sous cet angle, le 08 mars de cette année n'a été qu'une journée qui a permis à certains politiciens de faire leur show en public et, à certaines femmes de se retrouver entre elles pour danser, boire, bref se défouler. Aujourd'hui, plusieurs femmes ne peuvent pas accéder à leurs champs. Elles ne sont pas capables de nourrir leurs enfants ni de subvenir aux besoins de leurs familles comme par le passé, à cause de l'insécurité. Ce qui contribue davantage à l'appauvrissement de la femme. Plusieurs d'entre elles vivent dans des conditions inhumaines dans des camps de déplacés et ne parviennent à survivre que grâce aux aides humanitaires. En réalité, le contexte de la province du Nord Kivu en général et de la ville de Goma en particulier exigerait que les femmes fassent un état des lieux concernant la situation sécuritaire car beaucoup d'entre elles sont victimes de l'insécurité qui est la cause de la multiplication des viols et violences sexuelles, et d'autres actes d'humiliation. 5. Un folklore symptomatique des attentes des femmes Pour certaines femmes habituées à jouer leur rôle en tant que femmes, épouses et mères, la commémoration de la journée internationale de la femme est l'opportunité rêvée pour demander aux hommes de faire la cuisine, de dormir tôt ou encore de changer la position du lit, c'est-à-dire, si la femme dort à gauche, ce jour-là elle dormira à droite et son mari occupera sa place, comme nous l'a expliqué Mme Anne Marie Uboyo, l'une des dirigeantes de la Coalition des Femmes Leaders Politiques. Mais, " prendre ma place c'est me remplacer ", rappelle une sagesse africaine ! D'autres femmes se sont carrément organisées pour se rendre dans des boîtes de nuit toute la soirée afin d'exhiber quelques pas de danse pour regagner leur foyer à l'aube dans la matinée. Ainsi, la commémoration de la journée du 08 mars (journée internationale de la femme) a été une occasion pour que pas mal de femmes demandent à leurs maris de remplir les tâches habituelles des femmes. On peut en rire, mais cela est symptomatique de toute l'aide dont la femme congolaise est privée dans son foyer. Il y a aussi le regard de la société. En plein 21ème siècle, il n'est toujours pas banal qu'une femme s'attable à la terrasse d'un café en plein air devant un verre d'une bière froide. Comment fêter ? Que fêter ? " Que vous disiez le 08 mars de cette année ou de l'année prochaine ou de n'importe quelle année, l'essentiel c'est le souvenir ", dit Mme Naweza Nyongolo Charlotte dans un soupir traduisant sa fatigue après le défilé. Encore faut-il s'entendre sur ce dont il faut se souvenir ! Aimée, une PVV , dit se souvenir de son viol. Pour Mubalama, 19 ans, le 08 mars c'est le jour où ses deux surs, Shukuru et Neema, sont allées défiler et plus personne ne les a revues depuis. Quel contenu mettre dans la fête ? Comment une fête peut-elle faire avancer la cause de la femme ? Mme Bernadette Muongo , qui dirige une Association féminine, pense que : " Une fête, comme celle du 08 mars, peur servir à interpeller les dirigeants actuels. Sur le terrain de l'application du principe de la parité homme - femme, notre pays reste à la traîne, loin derrière les autres. Il est sur la liste de ceux qui n'ont pas encore mis en pratique la résolution 1325 des Nations Unies . Même nos voisins font des efforts remarquables dans ce sens. Pour nous, des manifestations festives peuvent servir à montrer aux hommes que nous sommes capables de faire ce qu'ils font. La bière !... Les pagnes !... Ce n'est pas ce qu'il y a d'important. Le dialogue !... Les échanges !... Voilà ce qui peut nous permettre de faire le point sur notre place dans les instances de prise de décisions au niveau du pays. En RDC, la proportion des femmes à ce niveau ne dépasse pas 10%. C'est déjà quelque chose mais ce n'est pas suffisant pour influencer la conduite des affaires nationales. Le minimum ce serait 30% pour espérer que la voix de la femme congolaise commence à se faire entendre. " 6. Pour passer d'une fête " sauvage " à une dynamique pour faire avancer la cause des femmes : 1. Eviter les excès
" bêtes " 2. Sortir la fête
de la récupération politique. Tout ceci, la Congolaise ne le construira que sur ce qu'elle est et ce qu'elle a. Pour Mme Marie Shematsi, " En 2007, le Nord-Kivu a pu augmenter la visibilité de sa lutte contre les violences sexuelles et s'est battu pour que le plus possible de femmes violées accèdent aux soins. Les femmes ont obtenu quelques procès de violeurs. Leur participation à plusieurs ateliers sur les droits de la femme a débouché sur le soutien et / ou l'adhésion au mouvement ''Nous pouvons'' où les femmes se retrouvent avec les hommes pour pousser vers plus de respect des droits de l'homme au pays. Le plus pour cette année serait de se pencher sur les violences dans nos foyers. Mais il faudrait maintenir le cap et se spécialiser. Qu'il y ait des organisations féminines pour suivre de près ce qui se passe dans le domaine de la justice ou de la scolarisation des enfants et, en particulier, de la jeune fille. C'est tout cela qu'il faudrait évaluer le 08 mars de l'année prochaine. Maintenant que nous avons une journée et un mois de la femme, il est de notre responsabilité de les rentabiliser pour faire avancer notre cause." La force des femmes du Nord-Kivu - et congolaise en général - n'est pas seulement dans les bilans. Il y a autre chose que signale la Sr Gisèle : " La journée Internationale de la Femme serait utile aux femmes du Nord-Kivu si elles profitaient de cette occasion pour exprimer directement à leurs dirigeants les difficultés qui leur sont quotidiennes. Elles doivent leur demander des solutions pour leur autonomie. Cependant, depuis 4 ans que je suis là, j'ai eu le temps de constater que les femmes d'ici sont très courageuses. Elles ne se laissent pas abattre par des difficultés que moi je trouve insupportables. C'est une leçon pour moi, pour l'Afrique et même pour le monde entier. Et c'est sur cette force intérieure qu'elles ont que je fonde mon espoir qu'elles sauront dépasser les aspects folkloriques de leur fête du 08 mars : le défilé, l'uniforme, la danse, etc. .. pour regarder ce qui peut les accompagner dans leur combat pour une vie plus humaine. " Dommage donc !!! Si le 08 mars 2008 avait été une journée interpellatrice vis-à-vis du pouvoir en place en vue d'accélérer le processus de la recherche de la paix commencé à travers la tenue de la conférence pour la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord et du Sud Kivu au mois de janvier, il aurait sûrement servi à beaucoup plus !! Mais, la partie ne fait que commencer !!! Goma, le 25 mars
2008.
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