POLE INSTITUTE
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Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ?


POUR BRISER LA FATALITE DES CATASTROPHES A REPETITION EN RDC


Depuis un mois, jour pour jour, il ne se passe pas un seul jour sans que la ville de Goma ne reçoive des hommes ou des délégations venus, radios et cameras à l'appui, exprimer leur compassion aux victimes du crash d'avion. Une odeur pestilentielle continue pourtant à se dégager du lieu macabre. Mais, si l'endroit grouille à nouveau d'une foule bigarrée à la recherche de sa pitance quotidienne, c'est parce que, pour les habitants d'une ville qui en ont vu d'autres, le 8 avril 2008 n'est pas une date spéciale. Que s'est-il passé ce jour-là ?

Un avion s'écrase sur une foule en quête de survie !!

Un gros porteur rate son décollage à l'aéroport jadis international de Goma et s'écrase dans le quartier populeux de Birere. Les constructions jouxtant l'enclos de l'aéroport sont réduites en tas de pierres et de poussière par le bolide qui termine sa folle course sur le petit peuple penché ici sur son petit bassin de sucre ou de haricot à vendre ou là occupé à ameuter les clients en criant pour indiquer le lieu où il est possible de se mettre à plusieurs pour se payer un petit seau de farine de froment. Une bonne pluie avait déjà rassemblé tout ce beau monde à divers points de rendez-vous avec la mort. Quand la Croix-Rouge Nationale arrive sur les lieux, Zébé Kitabingo, qui conduit ses unités, est sidéré : " Nos militaires, solidement armés, croisent les bras contrairement aux militaires étrangers de la MONUC qui plongent leurs bras dans les débris pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Or, lors d'une catastrophe, l'armée et la police sont tenues d'intervenir dans les secours. A côté de cela, des badauds fouillent les décombres à la recherche de quelque chose à emporter. Nos militaires doivent donc apprendre les notions de base du secourisme, les 4 gestes qui sauvent. La guerre finira bien par se terminer un jour. Que feront nos militaires en temps de paix ? L'une de leurs tâches sera justement d'effectuer des missions de secours. Quand vont-ils apprendre cela ? Et puis, sur les lieux d'une catastrophe, les activités doivent être coordonnées. Ce sont les Rastas qui ont été les premiers sur les lieux du drame. Ce qui est une bonne chose parce que ce sont eux qui ont extirpé les pilotes de leur cabine avant le feu ! Mais, si eux étaient reconnaissables à leur chevelure et nous à nos insignes ou la MONUC par son uniforme, il y avait un tas de jeunes difficilement classables qui gênaient plutôt le travail de sauvetage. Où se trouvait la Commission Provinciale de gestion des catastrophes dans un moment pareil ? Il y a pourtant des gens avec des titres ronflants dans cette Commission reprise par le protocole d'Etat dans toutes les cérémonies officielles !! Quand il faut exercer des responsabilités, chacun devrait savoir ce qu'il doit faire. "

Tous ! Personnes non accompagnées dans une société en catastrophe !!

L'assistant Muhindo Kasekwa est formel : " parler de catastrophes c'est penser à toutes ces personnes victimes de beaucoup d'évènements ou sinistrés sociaux. Les catastrophes dans notre pays sont aussi nombreuses qu'immenses. Personnes non accompagnées !! Par qui devraient-elles l'être ? Enfants de la rue !! Victimes d'incendies de maisons, de crash d'avions, de bateaux qui coulent, d'éruptions volcaniques !!! C'est combien de millions, tous ces gens ? On est devenu une vraie société en catastrophe. " Le docteur François PolePole du Centre neuropsychiatrique de Goma trouve que nous sommes tous traumatisés, -et pour longtemps-, tant que personne ne se soucie de notre équilibre mental. " Au Nord-Kivu, tout le monde vit ces blessures qu'on appelle traumatisme. Ce sont les assassinats à répétition qui ont fait pousser tous ces hauts murs érigés autour des parcelles. Les gens ont peur, alors ils s'enferment et sursautent au moindre bruit qui rappelle un tir. Le phénomène de reviviscence joue. Les faits sont passés, mais la peur continuelle actualise l'évènement. La personne revit les faits jusqu'à épuisement, jusqu'au dégoût de la vie, à la fuite et même à l'isolement. Tout le monde ne va pas jusqu'à se fabriquer son petit monde où il se réfugie, mais chacun peut se retrouver dans ce que j'ai dit. "

Dans tout ceci, il faut pointer du doigt la responsabilité de ceux-là qui, au quotidien, parlent au nom de l'Etat. Mais, il faut aussi poser la question de savoir pour quel but les Congolais ont décidé de s'organiser en Etat et qu'est-ce qu'ils attendaient de cet Etat. " Quand on voit toutes ces victimes des catastrophes, toutes ces personnes non accompagnées, presque tout le monde est devenu enfant de la rue aujourd'hui ", s'exclame Kasekwa. " L'insécurité menace tout le monde. Les déplacés de guerres sont dans la rue, ceux qui résistent dans les villages passent leur nuit dans la brousse. Où est l'Etat ? Gouvernants et gouvernés, nous sommes tous concernés. Depuis le départ des colons nous avons tous emprunté la voie du pillage et de la destruction systématique de l'Etat ! Nous sommes en train de vivre les conséquences de cette grande décision que nous avons tous prise implicitement."

J.C.Willame estime que l'échec de nos actions s'explique par le fait que nous partons de l'hypothèse que l'Etat existe en RDC. C'est une polémique nourrie par la présence de structures et d'hommes qui représentent l'Etat sans rendre les services qu'on attendrait d'un Etat. Pour le Dr François, " il ne faut pas comparer une table à un éléphant simplement parce que chacun a 4 pieds. "

Une opportunité pour regarder les catastrophes autrement !

Au niveau de la Société Civile, les catastrophes que nous sommes en train de vivre interpellent tout un chacun. Les gens se posent des questions. Lors du crash à Goma, un badaud a pu dire : " la situation du Congo, c'est comme si nous vivions dans un cimetière. Où que nous nous trouvions, nous sommes en danger permanent. Que ce soit sur le lac ou le fleuve, la route ou le rail, l'avion n'en parlons pas, la mort est partout ! " Les gens réfléchissent. Les sinistres deviennent des opportunités d'une prise de conscience qui suscite un élan de solidarité nationale. A chaque catastrophe, des appels sont lancés et des dons rassemblés. Cela fait penser à une mobilisation collective. Les gens sont disposés à changer un sort qui se présente comme une fatalité mais ce qui manque, comme le souligne Kasekwa, " c'est des hommes d'Etat visionnaires. Machiavel a dit que Dieu a donné aux hommes de grandes opportunités d'action comme il en a donné à Moïse. Simplement il manque de leaders qui se décident de passer à l'action. Tous ces élus du peuple, pourquoi aucun d'entre eux ne saisit toutes ces circonstances de souffrance pour les transformer en une vision en disant à la population voici le rêve que j'ai : '' avec toute cette bonne volonté que vous manifestez, nous pouvons nous organiser pour qu'au bout de 5 ou 10 ans l'image du pays soit celle-ci !'' "

Un vrai défi pédagogique pour changer des attitudes pas du tout étonnantes.

Il est du devoir de tout un chacun d'œuvrer pour restaurer l'âme de l'Etat, la conscience de l'intérêt collectif, du sens commun, du bien collectif. Un homme politique, qui représente l'Etat, ne devrait pas être actionnaire d'une entreprise qui importe des ''cercueils volants''. Pour que l'Etat prenne ses citoyens en charge, s'il y a un élément important à construire, c'est forger la conscience de l'Etat chez les dirigeants tout comme chez les citoyens. Cela peut passer pardes propositions simples. Pour le Dr François, " ce qu'il faut mettre en place c'est d'abord des structures, des hôpitaux ou des centres de santé mentale en nombre suffisant pour la prise en charge des victimes des catastrophes. Ensuite, envisager un programme adéquat vis-à-vis de la gestion des catastrophes. De la même manière dont on fait les soins de santé primaire comme la vaccination ou le suivi de la malaria, on pourrait aussi incorporer des programmes de soins de santé mentale dans les hôpitaux. Enfin, il faut former les hommes. Les facultés de médecine sont là bien sûr, mais la santé mentale est une spécialisation. Imaginez-vous que de Kindu à Kisangani, en passant par Bukavu, Goma et Bunia, il n'a existé qu'un seul neuropsychiatre, un Blanc, qui est déjà parti. "

Nous avons un pays de 2.345.000Km². Qu'est-ce qui fait que les gens se battent pour quelques mètres autour de l'aéroport ? C'est Kasekwa qui s'interroge : " Comment comprendre que des gens se disputent des terrains de 8m sur 5 au bord de l'aéroport de Goma alors qu'ils ont de grandes parcelles du côté des quartiers Mugunga ou Lac Vert ? Qu'a fait l'Etat pour les inciter à mettre en valeur leurs terrains vides pour s'y installer plutôt que de s'accrocher à de minuscules lopins de terre à très haut risque ? Une vraie révolution mentale est nécessaire aussi bien à ceux qui préfèrent habiter des lieux qui mettent leur vie en danger qu'à des dirigeants incapables d'inciter leurs administrés à s'orienter vers des décisions de plus en plus rationnelles. "

Goma, le 08 mai 2008.
Prosper Hamuli - Birali


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