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Echos
de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base |
| La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
Contribution
des jeunes à la construction sociale en RD Congo. Depuis le mois de septembre 2007, confrontés à une insécurité qui se radicalise de plus en plus, les jeunes de Himbi II à Goma " ont fait un choix qui a sa place dans un cadre d'expression populaire que la Constitution n'a ni interdit ni autorisé expressément. " (Lire http://www.pole-institute.org/site%20web/echos/echo65.htm ) Les résidents organisent eux-mêmes des patrouilles nocturnes et leur initiative interpelle l'autorité. Sommes-nous en face d'une organisation populaire devenue un lieu privilégié pour l'expérimentation de nouvelles manières de faire et d'être ensemble ? Quelles leçons tirer de cette expérience ? Un épisode de la vie des jeunes de Himbi. " Nous vivons dans le même quartier sans nous connaître. C'est la nuit seulement, aux barrières, que nous sommes surpris de constater que tel ou tel jeune est de notre quartier et que tel autre a des idées intéressantes ", s'étonne Janvier, un aide-chauffeur vivant dans ce quartier. Depuis 6 mois, plusieurs évènements majeurs ont eu lieu à Goma. En octobre et novembre 2007, l'autorité politico militaire a organisé le bouclage de certains quartiers, en commençant par les camps militaires. Des armes et des effets militaires ont été ramassés. Au mois de décembre, un fort contingent de policiers a été envoyé de Kinshasa pour renforcer la police locale en prévision de la tenue de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord et du Sud Kivu qui s'est tenue le mois suivant. Ces policiers ne sont jamais rentrés d'où ils étaient venus alors que leur cohabitation avec la population est de plus en plus difficile. " Ce sont ces policiers venus de Kin qui ont commencé à décourager nos patrouilles ", se plaint Héritier, un jeune étudiant patrouilleur volontaire. " De temps en temps, ils nous prennent nos imperméables et nos lampes torches et occupent nos ''positions''. Ils se mettent alors à rançonner les passants et à tirer en l'air pour effrayer ceux qu'ils veulent détrousser. " Ce n'est pas là le seul obstacle rencontré par ces jeunes qui exposent leurs vies chaque soir. Certains d'entre eux commencent à trouver qu'il est grand temps de passer le bâton. Mais, à qui ? La peur des parents de voir leurs enfants succomber une nuit sous les balles d'hommes, connus uniquement comme des " hommes en uniforme non autrement identifiés ", grandit avec le retard que mettent les pouvoirs publics à prendre le relais des jeunes. Néanmoins, il faut entendre ces jeunes dire leur fierté de participer à une initiative qui porte des fruits pour rêver d'une possibilité de modification des règles du jeu social quelque part en RD Congo. " L'insécurité diminue. Même quand nous entendons des tirs, nous n'avons plus peur. Il s'agit, le plus souvent, de répliques de nos policiers aux tirs des voleurs qui opèrent ailleurs. En tout cas notre présence dehors, chaque nuit, porte des fruits. Même les policiers ont appris à modifier leur comportement quand c'est dans notre quartier qu'ils sont envoyés. " Janvier ne tarit pas d'éloges pour leur initiative. " La peur diminue. Quelqu'un de notre quartier ne peut plus se presser de rentrer le plus tôt possible. Aucun motard ne refuse d'amener son client au quartier Himbi à des heures tardives. Tout le monde sait que les jeunes veillent ! " Mais, Héritier a pu se rendre compte que " le problème de l'insécurité est très vaste et complexe. Il ne peut se résoudre sans l'intervention de l'Etat. Comment alors arracher ce soutien ? Que peuvent faire les jeunes pour y parvenir ? " S'inscrire dans la durée par un système de pairs éducateurs. La nuit n'a plus de secret pour les jeunes qui veillent à Himbi. La patrouille est devenue un espace qu'ils se sont appropriés pour éloigner la rumeur et lutter contre les préjugés. Les veilles aux ''positions'' sont des moments privilégiés pour une analyse commune du contexte qui débouche sur une approche plus ou moins partagée des problèmes et une prise de conscience. Dans ces conditions, la patrouille devient un espace-rencontre où le jeune se sent pris au sérieux, reconnu. C'est cela qui fonde la pression sociale utilisée par les pairs éducateurs pour ''former le caractère'', comme ils disent. Du coup, la nouvelle éducation qui s'exerce au cours de ces longues nuits consiste à se donner des conseils entre jeunes. Héritier regrette que " cet espace n'a pu fonctionner jusqu'ici que la nuit. Nous n'avons pas de maison des jeunes à Himbi, ni aux alentours. Nous n'avons pas d'endroit où nous réunir le jour. Or, ces conseils, nous en avons besoin. Si nous disons à un jeune qui boit de ne se joindre à nous que les jours où il est à jeun, il fermera les oreilles les deux premiers jours mais, au troisième, nous le verrons arriver comme convenu et, à ce moment-là, nous pouvons lui prodiguer des conseils sur la conduite de sa vie. " Une nouvelle catégorie de jeunes est-elle née à Himbi ? La question est posée pour le compte de l'émission ''Echos de Goma et d'ailleurs Fissures'' de Pole Institute. Les réponses des invités de cette émission laissent entrevoir l'émergence de quelques jeunes armés moralement pour résister aux sollicitations qui les détournent d'une bonne socialisation pour les plonger dans la délinquance. " Je ne vois pas comment quelqu'un peut venir me recruter pour servir dans un groupe armé ou tuer quelqu'un quand, chaque soir, nous nous conscientisons sur le rôle de la jeunesse dans le développement de la Nation ", déclare un jeune à notre micro. C'est sûr que ces jeunes ont prouvé qu'ils étaient capables de s'engager en faveur de leur communauté. Leur action ne sera durable que s'ils s'engagent à considérer qu'ils participent au cadre d'une négociation permanente ancrée dans la vie quotidienne. Ce qu'ils mentionnent comme changement intervenu dans leur milieu le prouve. C'est Janvier qui parle : " Sur l'avenue de la Mission, quelqu'un a acheté un morceau de route de 7m sur 2. Quelle maison pouvait-il y ériger ? Nous avons fait pression pour le décourager. Aujourd'hui, tout le monde voit ce petit coin comme un espace qui servira un jour à tout le quartier si on nous demandait par exemple un endroit où installer une cabine électrique ou une borne fontaine. " Vers quels horizons convergent tous ces efforts ? Pour Héritier, " dans 5 ou 10 ans, on verra à Himbi 5 ou 10 jeunes citoyens dotés d'un vrai sens de responsabilité, capables de résister à la corruption. " Janvier, lui, parle des effets du dialogue entre générations qui s'installe aujourd'hui. " Himbi sera le quartier de la ville de Goma qui offrira le plus de chances à la réussite d'un projet communautaire. Le fait qu'aujourd'hui les vieux s'approchent des jeunes pour discuter à propos de l'insécurité favorise la reconnaissance de l'apport des jeunes au bien-être collectif. Les jeunes se sentent valorisés et sont prêts à mettre leur force à la disposition de ceux de leurs vieux qui décrochent des financements pour l'amélioration des infrastructures du quartier. " Voilà une recherche populaire en ce sens qu'elle est conçue et conduite par des jeunes de Goma et destinée à eux et à leurs parents. Ces jeunes sont en train d'agir sur leur vie quotidienne. C'est de ce point de vue qu'ils sont intéressants pour Pole Institute dans son accompagnement de populations en perpétuelle construction. Des élections ont eu lieu en RDC. Le pouvoir est exercé par des élus dont les divers bilans, au bout d'un an, trahissent le peu de place qu'ils accordent au souci de redevabilité envers les gouvernés. Le gouverneur de la province du Nord-Kivu qui, juste après son discours d'investiture, avait promis la paix en 100 jours, écrit dans son bilan d'un an de gestion de la province : " dès son entrée en fonction, la cellule provinciale d'appui à la pacification a été mise en place pour canaliser les efforts de différents acteurs qui interviennent dans le domaine de la pacification et assister le gouvernement provincial dans le plaidoyer pour la mobilisation des ressources nécessaires aux activités de pacification et de promotion de la cohabitation pacifique. Au stade actuel, grâce à un premier financement de la coopération belge et du PNUD, des équipes d'experts ont déjà couvert les territoires de Nyiragongo, Beni, Lubero et Rutshuru ainsi que les villes de Goma, Beni et Butembo. Cette action de terrain va se poursuivre dans les autres territoires. Des lignes de financement sont promises par les bailleurs de fonds pour des projets issus des concertations entre les communautés locales. Les appels à projets ont été lancés en direction des acteurs du développement et de la pacification à la base. " Ce que dit l'autorité provinciale ici signifie-t-il que quoi que ce soit ait été fait pendant 12 mois pour que les habitants du quartier Himbi dorment en paix ? Cette question et bien d'autres méritent d'être adressées à qui de droit par les citoyens eux-mêmes. Des explications doivent être fournis par les responsables. Pole Institute soutient et accompagne cet effort et vient d'identifier un épisode de la vie des électeurs de la commune de Karisimbi à Goma qui les a poussé à interpeller l'élu local sur son action en leur faveur. Du croisement de vues entre ceux-ci et les jeunes de Himbi, que nous tentons de réaliser, sortiront des pistes pour l'établissement d'un dialogue citoyen entre gouvernants et gouvernés pour l'établissement d'une culture de rapports à l'autorité, fruits de pratiques expérimentales et non de règles d'imposition. C'est notre façon de faciliter le processus de changement que laisse espérer les initiatives de ces jeunes et des électeurs susmentionnés qu'il est possible de mettre en réseau pour faire émerger une contribution à la construction sociale. Goma, le 10 mai
2008. |
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Mise
au point de Pole Institute, après la parution d'un article dans le
quotidien Le Potentiel |
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