POLE INSTITUTE
Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs
Pour une société digne dans laquelle évoluent des hommes libres

 

Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : UN JOUR DANS UNE VIE ORDINAIRE OU UN JOUR POUR UNE VIE NOUVELLE ?
Des élus de la ville de Goma à l'épreuve de l'expression démocratique de leurs électeurs

Pour le lancement d'un dialogue citoyen entre gouvernants et gouvernés.

Dans le but de mettre fin à la crise de légitimité, la RDC est dans un processus d'organisation des élections à tous les niveaux. Seulement, depuis la fin de l'année 2006, les élections municipales et locales attendent toujours d'être organisées. Celles organisées ont pourtant permis à la population congolaise de mettre en place les animateurs des institutions nationales et provinciales telles que prévu par la Constitution. Plus d'une année après cet exercice, cette population voit-elle le changement que laissaient présager les promesses faites pendant les diverses campagnes électorales ?

Durant tout le mois de mai 2008, un groupe de citoyens de la ville de Goma a réfléchi sur la faisabilité de la création d'un espace d'un dialogue direct entre gouvernants et gouvernés pour une transparence dans l'information et l'établissement d'une plate forme de négociation d'intérêts susceptible de rendre visibles les besoins réels des populations. En effet, il ressort des échanges entre ces citoyens que dans la plupart des cas, les élus du peuple sont attachés à leurs partis politiques et font la volonté de ces derniers au détriment de la recherche de la satisfaction des besoins réels de la population. Il y a donc lieu de se demander si la ligne des partis politiques est différente ou contraire aux intérêts de la population. Ce qui rend de plus en plus complexe, voire flou, le rapport entre la population et les élus. En réalité, la population et ses élus devraient se concerter le plus régulièrement possible pour s'imprégner des différents problèmes de la communauté et réfléchir ensemble sur les moyens ou les mécanismes à mettre en place pour des solutions adéquates. Ce qui ne facilitera pas les choses, c'est le fait que, au Nord-Kivu, à l'issue des élections, " l'on a constaté que les citoyens n'ont pas utilisé leur tout nouveau pouvoir dans le sens de mettre en place des personnes qui leur seraient enfin redevables et soucieuses de leur bien-être. En général, ce sont les manipulateurs des peurs identitaires et les extrémistes qui ont eu les faveurs de l'électorat" (Dialogue intercommunautaire au Nord-Kivu : briser le mythe de Sisyphe, FISSURES N°006, déc.2006. p.7). Comment donc amener les élus à se rapprocher physiquement de la population pour la construction d'un dialogue citoyen ? Comment permettre à cette dernière d'user de son droit constitutionnel, celui de participer à la gestion de son pays ?

Un élu de Goma face aux citoyens !!
Au bureau de Pole Institute, ce 17 juin 2008, dès 9heures du matin, une cinquantaine de citoyens provenant de 11 quartiers, sur les 18 que compte la ville de Goma, attendent de pied ferme, armés de batteries de questions, de confronter les députés provinciaux élus dans leur circonscription à leurs promesses électorales. Ils ne s'offriront finalement qu'un seul des trois élus de Goma, l'honorable Gacaba François. L'honorable Bwinika Mahanya, pourtant invité, ne se présentera pas. Il était assiégé par une vingtaine de jeunes membres de l'agence locale d'une Institution de la Micro Finance fermée sans avoir remboursé les mises déposées. Quant à l'honorable Valérien Kendakenda, lui aussi invité, il a désespérément pointé aux abonnés absents. Lui qui est habituellement porté sur les coups de gueule, son naturel polémique aura manqué dans les réponses des élus provinciaux à l'expression démocratique qui s'observe dans la ville de Goma.

D'entrée de jeu, l'invité du jour se voit invité à donner son bilan, à dire ce qu'il a fait pour ses électeurs depuis une année entière qu'il est à l'Assemblée Provinciale du Nord-Kivu. Ce bilan, plutôt celui de l'Assemblée elle-même, laisse rêveur !! Confection du Règlement d'Ordre Intérieur, élection de Sénateurs, tentative de mise au point du budget de la province, quelques questions orales et aucun édit. Et il aura fallu deux sessions ordinaires et une session extraordinaire pour de tels résultats.

L'honorable Gacaba ne cache pas ses difficultés : " Je vais parler avec une couleur politique. " Il aurait remplacé ''politique'' par ''ethnique'' que la différence ne se serait pas vue !! Mme Bernadette Muongo attaque : " A l'Assemblée provinciale du Nord-Kivu, vous êtes divisés parce que la majorité est de la communauté ethnique du chef de l'exécutif qui a corrompu cette majorité. La minorité n'a aucune décision. Elle ne peut rien. Or, c'est cette Assemblée qui doit contrôler l'exécutif. Pourquoi ne pas démissionner ? " Réponse du berger à bergère : "Je suis tout à fait d'accord qu'il faut démissionner. Mais, celui qui démissionne ne dit-il pas qu'il ne fait rien et qu'il est incapable ? Qui vous a dit qu'il était incapable ? La lutte continue. Il faut convaincre les autres que le changement est nécessaire. Mener un combat constitutionnel suppose de ne pas démissionner. Et même cette division n'empêche pas un contrôle qui amène en surface des réalités qui ne seraient pas connues autrement. C'est un travail qu'il faut continuer. "

Et pourtant le décompte des dures réalités de la gouvernance locale est plutôt déprimant :
- Il n'y a pas d'affaire qui rende plus malade que la démocratie. Dans notre organe délibérant, quand vous voyez une vérité, que vous la dites et qu'on vous dit de passer outre parce que la majorité l'a décidé, ça rend malade. Mais, c'est comme ça.
- Le rôle d'un député, quand le gouvernement a commis une erreur, c'est de lui demander pourquoi il a administré de cette manière. Mais, quand il faut justement relever ces erreurs et interpeller les responsables, ce sont les intérêts privés qui priment sous couvert de la démocratie démographique où les députés de l'ethnie majoritaires dictent tout par le biais du vote. Le lot de consolation de la minorité c'est de parvenir à faire sortir quelques réalités de l'ombre, de temps en temps et sans possibilité de sanction. Ce sont les règles. Il faut les accepter et s'en tenir aux modes prévus par la constitution.
- La qualité des élus. Certains risquent de terminer tout leur mandat " sans jamais avoir posé une seule question orale ou écrite. Et quand leur commission doit contrôler un service de l'Etat, ils ne savent pas par où commencer." Les populations doivent assumer la qualité de leurs choix. " N'attendez pas de changements avec les parlementaires actuels ", martèle l'invité du jour. Au Nord-Kivu, plusieurs autres exemples pourraient être relevés pour souligner l'allégeance du Législatif à l'Exécutif provincial. La qualité de nos élus ne permettant pas de rétablir l'équilibre, il ne faut attendre un changement quelconque au cours de la présente législature. Il faut plutôt espérer conscientiser des citoyens sur leur capacité à établir des règles du jeu. C'est un travail à mener, même si le changement tarde à venir.
- Selon la Constitution, les revenus de la province devraient provenir de la retenue à la source des 40% de ce qui y est produit. En réalité, ils sont constitués de ce que le gouvernement central veut bien lui rétrocéder. Cette dernière opération a des cases visibles et invisibles, soutien ce citoyen qui dit : " Chaque député dispose d'une jeep qui ne coûte pas moins de 5.000$. On nous dit que le gouvernement provincial aurait reçu de Kinshasa rien que 260.000$ pour tout le développement de la province. La simple multiplication du coût d'une jeep par le nombre de députés (42) nous donne un chiffre de loin supérieur au montant reçu par la province. Mais, puisque ces jeeps sont entre leurs mains, ceux qui devaient parler se taisent. "

Vers l'exploitation de la force de proposition des citoyens pour l'établissement d'une culture politique.

Cette première rencontre où un élu s'est abondamment expliqué devant ses électeurs aura tenu toutes ses promesses. C'est à sa suite que les participants ont souhaité que ce processus aboutisse à la création d'un espace qui serait une sorte de bureau de permanence où élus et électeurs se rencontreraient régulièrement. Preuve, s'il en était besoin qu'ils se sont sentis écoutés et reconnus. Comment alors se former mutuellement au suivi d'un élu ? Aloys Tegera, le Manager, dégage une piste de travail pour la suite : " Il faut regarder la qualité de nos élus par rapport au vote ethnique que nous avons posé nous-mêmes. Nous dire de n'espérer aucun changement signifie que, dans cinq ans, nous n'aurons toujours pas bougé. Nous sommes donc interpellés en tant que citoyens, en tant qu'électeurs. Nous devons nous demander pourquoi nous préférons le vote ethnique à la prise en compte des compétences et des qualités de celui qui peut nous faire avancer. C'est une question à travailler sérieusement pour qu'aux prochaines échéances électorales notre option permette d'éviter le blocage actuel. Il faut alors trouver des voies d'essaimage des résultats d'un tel travail pour mettre en place une culture politique dans notre espace de vie. "

Goma, 17 juin 2008.
Prosper Hamuli - Birali

LA CONFERENCE DE GOMA ET LA QUESTION DE LA PRESENCE DES FDLR AU SUD ET NORD-KIVU : ETAT DES LIEUX.
A BUKAVU, les dégâts d'un séisme mettent l'Etat congolais face à son laxisme

NORD- KIVU : LE TRIOMPHE DE LA POLITIQUE DU PIRE ?

NORD KIVU : LE PIRE EST-IL ENCORE A VENIR ?
Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement aux Kivus :
contrastes et constantes des discours

" Si cette conférence était organisée pour nous … !! "

La Conférence de la dernière chance? Et après?
Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement des provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu
Nord Kivu : la Constitution à l'épreuve de la Rue ?
Crise à Goma : peut-on sortir de la logique du saupoudrage ?
Déplacés de l'Est de la RDC : leadership ou manipulation ?
La troisième guerre du Congo? La RDC un an après les élections.
Nord- Kivu : le triomphe de la politique du pire ?
Nord Kivu : le pire est-il encore à venir ?
République démocratique du Congo :
fin de la RECREATION ou
début de la RE- CREATION d'un Etat ?

Mise au point de Pole Institute, après la parution d'un article dans le quotidien
Le Potentiel
RULES FOR SALE:
Formal and informal cross-border trade in Eastern DRC

Ressources naturelles et flux du commerce transfrontalier dans la region des grands lacs

La re-création d'un Etat sous tutelle ? Qu'en est-il du rôle de la Communauté Internationale?
RDC : la sécurité dans les Kivus: une question cruciale qui dépasse les débats du jour
Construire la sécurité au Nord Kivu : vers davantage d'engagements !

Une table ronde intercommunautaire provinciale convoquée à Kinshasa
Laurent Nkunda dénonce le non respect des accords de Kigali,
La Rtnc / Goma sous pression

Insécurité à Goma : mais qui tient donc la ville ?

Bras de fer entre le ministère de l'intérieur et l'assemblée provinciale du Nord Kivu
Insécurité au Nord Kivu : marche des étudiants de Goma
La sécurité, base du développement durable au Nord Kivu : quelles stratégies mettre en place ? .
Contre l'insécurité pour plus de sécurité au Nord-Kivu et en RDC.
Insécurité au Nord Kivu : entre fausses certitudes et vrais défis
Nord Kivu :
Entre négociations politiques et mixage des armées.
La guerre du Nord Kivu: entre faucons et colombes ?
La Monuc offre la localité de Sake aux brigades brassées des FARDC
Sake éternue, Goma s'enrhume
Regain d'insécurité à Goma, et ailleurs
R.D.C. :
la décentralisation en danger ?
Troubles à Kinshasa, violences
policières à Goma.
Quelle suite au second tour du scrutin électoral à l'Est de la RD Congo ?
Election des députés provinciaux au Nord -Kivu
Archives

Envoyer vos commentaires au webmaster

© Pole Institute 2008