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GOMA : DES ELUS ET AUTRES AGENTS DE L'ADMINISTRATION PUBLIQUE REJOIGNENT LE CNDP


Goma, 16 Octobre 2008.

Un mouvement de défection des personnalités s'observe depuis deux semaines dans la ville de Goma en faveur du mouvement rebelle du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple) de Laurent Nkunda. Des parlementaires provinciaux, des directeurs des cabinets ministériels et autres hauts fonctionnaires de l'administration publique provinciale abandonnent leurs postes pour se rendre dans les zones sous contrôle de l'insurrection en territoire de Rutshuru.

Il s'agit particulièrement de deux députés provinciaux, François Gachaba et Mashagiro Nzeyi, respectivement élus dans les circonscriptions de Goma et de Masisi, le premier au compte du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), le second pour celui du Mouvement de libération du Congo (MLC). Parmi les autres l'on peut citer Théo Mpabuka, député pendant la période de transition, ex-candidat député provincial de Rutshuru et qui occupait le poste de directeur de cabinet du Ministre provincial du Plan. En effet, le 14 octobre 2008, le CNDP a publié la liste de 16 personnes qui ont accepté que leurs noms soient connus officiellement. Le premier constat est que 13 de ces personnalités appartiennent à la communauté Hutu, dont les deux députés précités, alors que l'opinion généralement répandue est que le CNDP est un mouvement pro-Tutsi.

Interrogé par Pole Institute sur le mobile de son geste, le député François Gachaba, qui était bourgmestre d'une des deux communes de la Ville de Goma avant son élection comme député, a évoqué des raisons sécuritaires et politiques :
" Si moi j'ai quitté l'Assemblée Provinciale, les raisons sont expliquées par des motifs d'ordre sécuritaire et d'autre part des motifs d'ordre politique. En effet, nous sommes des députés sans être vraiment des députés ; chaque fois nous sommes traduits en justice en violation des lois et règlements de la République. J'étais régulièrement traîné en justice et pourtant il est dit qu'avant qu'un député ne soit traduit en justice il faut une autorisation préalable de l'Assemblée. Cela n'a pas été fait. D'autre part, j'étais soumis à des perquisitions intempestives à mon domicile ; chaque fois que j'émettais un avis contraire à ce que pense le prétendu gouvernement, ils me traitaient en ennemi. C'est ce qui a fait que je décide de ne plus m'exposer ; je me suis dit que je suis en train de voir la mort devant moi, d'autant plus que, dans cette ville de Goma, il y a souvent des assassinats, et il n'y a jamais eu d'enquêtes. Depuis que le gouvernement Julien Paluku a commencé, plus de 200 personnes ont été tuées et il n'y a pas un seul cas qui ait été au moins suivi ou pour lequel on ait fait des enquêtes ayant abouti à des conclusions. De grandes personnalités comme Albert Prigogine ont été assassinées en plein jour, dans le quartier où réside le gouverneur, et ses assassins courent toujours.
Par ailleurs pour ce qui concerne l'aspect politique, vous savez que dans ce pays, surtout dans la province du Nord- Kivu, nous avons réclamé à cor et à cri le respect des droits humains. Et jusqu'à présent rien n'est fait. Je viens de le dire : en ville on est en train d'assassiner les gens, et personne n'ose ouvrir sa bouche. Quand on le dit, on est considère comme ennemi. Par ailleurs, il y a certaines personnalités qui ont été victimes tout simplement parce qu'elles sont des Rwandophones. Tous les chefs de quartier Rwandophones ont été brutalement écartés par le gouverneur et remplacés par des Nande, et personne n'a osé s'en plaindre. "

Réagissant à la défection des députés provinciaux, le président de l'Assemblée provinciale, Léon Bariyanga a déclaré qu'il s'agit-là d'un acte de haute trahison et qu'ils allaient être remplacés, conformément aux dispositions constitutionnelles, par leurs suppléants au cas où la Commission électorale indépendante confirmerait que ces suppléants appartenaient bel et bien aux partis sous lesquels ils avaient présenté leur candidature.

Le président du bureau provincial de la Société civile, quant à lui, est plus radical. Sur les ondes de la radio onusienne Okapi captée à Goma le 21 octobre 08, il a déclaré que tous ceux qui ont fait défection étaient des membres du CNDP et que les députés ne devaient pas être remplacés, leurs suppléants étant d'office membres du mouvement rebelle !

Les sources officielles proches du gouvernorat de province du Nord Kivu, notamment la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC -Goma) ont aussi qualifié de haute trahison envers le gouvernement et envers les électeurs le départ de ces députés, estimant au passage que " pour le député Gachaba cela était une sorte de fuite en avant pour échapper aux poursuites judiciaires à sa charge qui étaient en cours ". Cette explication, même au cas où elle serait vraie, ne concernerait qu'un seul cas, aucun autre n'étant en procès connu. Lors de notre entretien téléphonique du 17 octobre 2008, le député a clamé son innocence et a parlé plutôt d'instrumentalisation de la justice pour intimider les députés indésirables :
" Rassurez-vous, il n'y a aucune arme qu'on a déjà présentée qui est détenue illégalement par l'honorable François Gacaba. Ça, je voudrais vraiment y mettre un point. Ça fait plus de trois ans qu'on m'impute cette détention illégale d'armes. Il n'y a jamais eu une seule arme qu'on a déjà présentée au public pour confirmer ces allégations. C'est de l'instrumentalisation de la justice initiée par le gouverneur et il n' y a pas que moi, un autre député est aussi traîné en justice en violation de la loi ; une telle justice inspire notre inquiétude. "

Un groupe de 14 autres députés provinciaux des Territoires de Masisi, Walikale, Rutshuru et
Nyiragongo ont rendu publique le 17 octobre une déclaration désavouant leurs pairs qu'ils traitent d'enfants égarés et d'ingrats envers leurs électeurs, alors que la Communauté Hutu prenait prudemment ses distances, estimant que cet acte de défection n'engageait que les personnes concernées, soulignant au passage qu'elle a toujours pris ses distances par rapport à la Rwandophonie.

Un autre groupe de 24 députés provinciaux a adressé à leur président une demande expresse de convocation d'une session extraordinaire qui traiterait du " silence des élus susceptible d'être interprété de plusieurs manières même la plus déshonorante par rapport avec (sic !) la situation politique et sécuritaire, suivie d'un drame humanitaire sans précédent en Province du Nord Kivu ". Cette session permettrait, selon la lettre, " d'éclairer nos électeurs et leur apporter tant soit peu des résolutions aux problèmes liés au contexte actuel ". Si la défection de deux de leurs pairs peut aider à sortir les élus provinciaux de leur léthargie et constituer une interpellation quant à leurs responsabilités, les populations ne peuvent que s'en réjouir.

Mais quelles sont les assurances qui ont poussé ces honorables et tous ces cadres à abandonner les honneurs, les avantages et les salaires considérables acquis dans les fonctions qu'ils occupaient à Goma pour aller affronter les rudes conditions du maquis en période de pluie ? Estiment-ils que le CNDP pourrait constituer une solution de rechange par rapport à tous les problèmes posés au Congo et un espace de débat plus démocratique que le perchoir de l'Assemblée provinciale ? La mutation du CNDP en Mouvement de libération totale du pays et sa démonstration de force sur le terrain, notamment avec la prise spectaculaire du camp militaire de Rumangabo a-t-elle été le déclic pour ces défections tout autant spectaculaires ?
Ou alors, à l'instar du député Gachaba, tout ce monde était-il tellement harcelé que l'option ultime était de chercher l'espoir d'un hâvre de paix dans les espaces gérés par le CNDP ?
"Tout simplement, lorsque vous pouvez vous rendre dans l'espace contrôlé par le CNDP actuellement, les gens, les personnes et les biens circulent librement. Ce qui n'est pas le cas dans la partie contrôlée par le gouvernement. Aujourd'hui ma sécurité est menacée à Goma et partout ailleurs, je n'ai pas moyen de circuler. J'y serais la poule à abattre à ce jour pendant que dans la partie contrôlée par le CNDP je circule librement nuit et jour ", nous a en effet déclaré M.François Gachaba.

Et si, tout simplement la sécurité élémentaire passait avant toute considération idéologique ? Et un Etat, n'est-ce pas une structure qui assure un minimum de sécurité ? Depuis ces défections, la suspicion et la peur sont perceptibles dans la ville de Goma. Des appels à la vigilance en vue de dénicher les traîtres présumés encore présents dans les institutions gouvernementales ont été lancés par le président de la Société civile. Ces défections, au lieu de constituer un motif de panique et de mobilisation négative pour une chasse aux sorcières, devraient être une interpellation pour notre gouvernement qui doit rassurer tous les Congolais, en leur garantissant un minimum de bien-être et de sécurité. Tout simplement !

Primo Pascal Rudahigwa
Prosper Hamuli Birali
Onesphore Sematumba

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