Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes
GOMA ENTRE LES FRONTS


Vendredi 31 octobre 2008

Une ville dans la peur. Goma entre les fronts : les troupes gouvernementales pillant ici, les rebelles menaçant là.
Des tirs ont résonné à nouveau durant toute la nuit, des maisons ont été pillées, des passants et des dormeurs enlevés ou abattus. Les soldats en fuite de l'armée gouvernementale congolaise se sont terriblement déchaînes lors de leur retraite de Goma (capitale provinciale de l'Est) durant la nuit de jeudi. " Nous nous sommes cachés toute la nuit sous les lits et autour de nous il y avait les tirs des fusils ", rapporte un habitant au téléphone. Dans la maison voisine sept personnes auraient été abattues. Les pillards cherchaient vivres, argent, téléphones mobiles, matelas et autos. Le matin suivant une source de l'ONU qualifie " d'appréciation très modérée " le fait qu'il y aurait eu 30 morts dans la ville. Le chiffre pourrait être beaucoup plus élevé.

L'armée du Congo a transformé Goma en un champ de bataille, mais son adversaire était la population civile. Elle a commis ses pillages en fuyant devant les rebelles du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) du général tutsi Laurent Nkunda. Mais les rebelles n'ont pas pénétré dans Goma, contrairement à ce qui était attendu au début. Au contraire Nkunda a proclamé un cessez-le-feu unilatéral " pour ne pas précipiter la population de Goma dans la panique ", selon ses termes. Il le savait : c'est la partie gouvernementale qui a déjà fait cela elle-même.

Durant quelques heures les rumeurs les plus folles ont circulé : le gouvernement provincial et le commandement de l'armée se seraient enfuis, le CNDP aurait pris Goma, les rebelles seraient déjà en route par avions vers la capitale, Kinshasa, située à 2 000 km. Rien de tout cela n'était vrai. En réalité presque tous les soldats gouvernementaux se sont retirés de Goma pour établir leurs quartiers dans la localité de Minova dans la province voisine du Sud-Kivu, à environ 40 km de Goma. Le gouvernement provincial du Nord Kivu s'est réfugié dans le quartier général des Nations unies. Mais jeudi matin le chef militaire de la province, le général Vainqueur Mayala, est revenu à Goma et a affirmé qu'il contrôlait la situation.

C'était exagéré. Hier des Casques bleus de l'ONU et des policiers congolais patrouillaient dans un Goma où la nuit de terreur avait manifestement coupé bras et jambes aux habitants. Les interlocuteurs au téléphone étaient plus difficiles à joindre que la veille et dans leur voix vibrait beaucoup plus de peur.

Si les rebelles de Nkunda se sont arrêtés, c'est à cause de la pression massive venue surtout des USA. La secrétaire d'Etat pour l'Afrique aux Etats-Unis, Jendayi Frazer, a déclaré qu'une entrée des rebelles dans Goma était hors de question. " S'ils devaient aller à Goma, alors ils seraient responsables de ce qui se passerait ". Le Conseil de sécurité de l'ONU, qui entre-temps a tenu des sessions quotidiennes sur la question congolaise, a demandé en termes durs aux rebelles " la fin des opérations ".

" Nous ne prendrons pas Goma. Nous avons proclamé un cessez-le-feu ", selon le porte-parole des rebelles René Abandi pour expliquer cette nouvelle ligne. Il y avait déjà suffisamment de cadavres dans les rues, ajoute-t-il. Le CNDP a annoncé, dans une lettre à l'ONU, l'ouverture de " corridors humanitaires " afin de porter aide aux centaines de milliers de réfugiés de guerre. Dans une déclaration ultérieure, il est dit : " Si nos adversaires avancent, renforcent leurs lignes de front en hommes et en matériels ou commettent d'autres actes hostiles, le CNDP réagira en conséquence et le cessez-le feu tombera aussitôt ".

Dans un interview, le chef du CNDP Nkunda précise qu'en tant que Congolais il peut aller partout au Congo, y compris à Goma : " Elle (l'ONU) n'a pas le droit de nous arrêter. Si elle ne peut sécuriser Goma, je viens et je le fais ".

Dans le chef-lieu du Territoire de Rutshuru, à 80 km au nord de Goma, qui est sous le contrôle du CNDP depuis mardi, les rebelles veulent montrer leur nouveau visage civil. Les troupes de Nkunda, décriées il y a encore quelques années comme des criminels de guerre, se voient aujourd'hui dans l'Est du Congo comme une force de l'ordre, garantissant la sécurité dans leurs propres rangs par une discipline de fer. A Rutshuru ils ont installé une nouvelle administration et demandé à tous les déplacés de quitter leurs camps et de rentrer chez eux. Selon des témoins oculaires la situation est calme depuis l'entrée des rebelles.

A Goma, au contraire, règne un vide du pouvoir. Un collaborateur des Nations unies estime : " Nous avons maintenant ici une armée sans structure de commandement. Nous ne savons pas où sont les soldats et la population ne sait pas qui commande ". De nouvelles agressions de soldats isolés suffiraient pour que les rebelles du CNDP mettent fin à leur cessez-le feu. Avec seulement 800 Casques bleus à Goma, la Monuc ne pourrait guère s'y opposer.

Comme le temps presse, on attend dès ce vendredi à Goma les diplomates de haut rang de l'ONU et des USA au Congo. En politique intérieure le gouvernement et les rebelles agissent les uns après les autres. Le parlement du Congo a demandé hier unanimement au gouvernement d'arrêter les opérations militaires et d'entamer des pourparlers avec Nkunda. " Comme le pays ne dispose pas encore d'une forte armée, qui puisse surmonter la situation, nous devons adopter la voie du dialogue ", est-il dit dans cette résolution.

Cela traduit le consensus de la plupart des politiciens de la région en guerre, qui maintenant ne veulent qu'un objectif : la fin de la violence. " La clef réside à Kinshasa " dit le président du parlement provincial du Nord Kivu, Léon Bariyanga. " Pour nous tous les moyens sont bons pour sauver des vies humaines ". De nouvelles troupes offensives, Bariyanga ne veut rien attendre. " Qui l'ONU doit donc protéger ? ", s'exclame le président du parlement provincial. " Quand tous les gens ont été déplacés, où était alors l'ONU ? ".

Jeudi après-midi la panique saisit à nouveau la ville : les soldats gouvernementaux reviennent. " Ils reviennent sur des motos et des camions remplis de soldats sont en route vers Goma ", rapporte un témoin oculaire. Une nouvelle nuit troublée s'annonce.

Dominic JOHNSON (Berliner Tageszeitung - TAZ/Pole Institute)

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