| La
paix négociée de manière crédible est plus féconde
qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
Goma,
29 octobre 08 : vent de panique sur la ville
Sur la route principale
de Katindo, j'ai vécu personnellement la scène de nos "
braves " soldats en déroute ; je n'en croyais pas mes yeux!
Cet après-midi-là, la population n'a pas massivement accompagné
les militaires dans leur fuite comme en 1996 à l'entrée
de l'AFDL. Elle longeait toute la route en contemplant comment elle était
abandonnée à son triste sort par son " défenseur
". Les uns, anxieux à la perspective des pillages qui accompagnent
généralement ce genre de débâcles, étaient
postés devant leur magasin ou boutique, les autres regagnaient
précipitamment leur domicile pour vivre la suite en famille.
J'étais parmi
ceux-là qui retournaient à la maison lorsque j'ai été
abordé par un des militaires fuyards, matelas sur la tête,
arme à la main, sac au dos et toute sa famille à la queue
leu leu derrière lui. Il m'a tout simplement, presque gentiment,
demandé de lui céder la ceinture de mon sac pour lui faciliter
le transport de son arme qu'il tenait à la main. Je ne pouvais
pas tergiverser compte tenu de la situation et surtout qu'il n'était
pas brutal envers moi. En lui cédant la corde, j'ai eu le courage
de lui demander la raison de leur déroute ; les munitions étaient-elles
épuisées ? Il répondit : " C'est un problème
politique, Kabila ne nous donne pas la nourriture, nous ne sommes pas
payés, pourquoi devons-nous combattre et mourir gratuitement ?
".
La situation allait vite se dégrader lorsque l'on commençait
à entendre les coups de feu au niveau de camp militaire de Katindo.
Il n'y avait plus moyen de continuer sur la route principale pour rejoindre
chez soi car les militaires se livraient déjà aux tracasseries,
ravissant argent et téléphones portables aux civils. Aucun
taxi-bus, aucune moto, aucun véhicule des particuliers ou des ONG
n'osaient circuler pour ne pas être ravis par les militaires pour
leur évacuation.
Atteindre son domicile
pour ceux-là qui étaient loin de chez-eux, devenait de plus
en plus difficile. Certains étaient obligés de passer la
nuit dans leur bureau, les autres décidant de rejoindre des amis
ou des parents qui se retrouvaient dans le milieu accessible. Tel était
mon cas ; je devais rejoindre ma famille au niveau de Mabanga, au nord
de la ville, et lorsque la situation a empiré, je me suis retrouvé
chez un ami à Katindo (Office des Routes), où j'ai passé
la nuit.
Toute la nuit, les
tirs des fusils ont retenti dans les différents quartiers de la
ville. On aurait dit que les affrontements entre les FARDC et les rebelles
se déroulaient déjà dans la ville de Goma. Le lendemain
matin, 30 octobre 08, c'était un constat amer : les militaires
FARDC et d'autres criminels avaient mis à profit leur déroute
pour mener leur sale besogne contre la population civile. Pillages, viols,
tueries,
triste bilan, après une nuit sans sommeil dans
la capitale du Nord-Kivu.
Fidèle RWEMA
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