Echos de Goma et d'ailleurs
actualité analysée à partir de la base
La paix négociée de manière crédible est plus féconde qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes
HUIT JOURS D'INCERTITUDE A GOMA

Goma, 3 novembre 2008.

Du dimanche 26 octobre au dimanche 02 novembre 2008, la population de la ville de Goma et ses environs a traversé une période historique d'incertitude suite au développement vertigineux des événements de la guerre déclenchée dans le Rutshuru le 28 août 2008 par le mouvement politico-militaire du CNDP de Laurent Nkunda.

Pendant que le Gouvernement Central et les autorités du Nord-Kivu semblaient convaincus de l'appui de la MONUC pour mettre fin à la conquête d'autres villages par les militaires du CNDP, la chute surprise du camp militaire de Rumangabo a déclenché un vent de panique totale au front et sur la ville de Goma. Les faits se résument de la manière suivante :

Le dimanche 26 octobre comme par un coup de baguette magique, le camp de Rumangabo à ±50 km de Goma sur la route qui mène vers le chef -lieu du territoire de Rutshuru, tombe de nouveau entre les mains du CNDP qui s'en était pourtant retiré le 10 octobre, le lendemain de sa première chute, après négociations entre la MONUC et le CNDP. Une délégation du gouvernorat de province du Nord-Kivu qui se rendait à Kanyabayonga pour inaugurer l'école de formation aux jeunes démobilisés des groupes armés avant de les insérer dans leurs communautés dut rebrousser chemin.

La nouvelle de la chute de Rumangabo n'a pas tardé à se rependre dans la ville ; elle sera plus tard confirmée par la radio Okapi dans ses informations de huit heures. C'est le début des spéculations et de la phobie car des nouveaux déplacés quittaient les villages de Rumangabo et de Rugari pour envahir le camp de Kibumba.
La population attendait le mot d'ordre de la MONUC et son intervention militaire pour chasser le CNDP du camp de Rumangabo ; mais dans la soirée l'on confirmera également la chute de Rugari et la progression du CNDP vers Kibumba, chef- lieu du territoire de Nyiragongo qui se trouve à la limite de la ville de Goma. L'incertitude du lendemain a commencé.

Le lundi 27 octobre les activités n'ont pas débuté comme à l'accoutumée dans la ville, les combats se déroulent à quelque 35 km de Goma. Certains parents n'ont pas envoyé leurs enfants à l'école par mesure de prudence. Les chefs de certaines familles se décident de ravitailler leurs maisons. Banques, coopératives, boutiques, magasins et marchés son envahis. Ensuite, en un clin d'œil, presque toutes les activités sont paralysées à partir de l'est de la ville. Plus d'accès aux institutions financières, la misère de ceux-là qui tergiversaient commence ; où se ravitailler ?

Le mardi 28 octobre, toute la ville se réveille dans une paralysie totale pendant que les militaires des FARDC annonçaient la déroute de l'ennemi grâce à l'appui de la MONUC. Tout d'un coup, l'on voit quelques chars de combat et des convois militaires en provenance de la ligne de front au nord et traverser la ville vers Mugunga, plus à l'ouest. Pendant ce temps, la coordination de la société civile du Nord-Kivu s'apprêtait à organiser une marche de Katindo vers le quartier général de la MONUC ; mais les badauds sont plus rapides : ils commencent à attaquer les véhicules et les installations de la MONUC depuis le quartier commercial de Birere.
Des tirs d'armes légères crépitent sous le ciel extrêmement tendu de la ville, la mission onusienne tire à balles réelles sur les manifestants. Le bilan fait état de 3 personnes tuées dont un militaire de la garde républicaine (GR). La société civile, débordée par les événements, se voit confier par la MONUC, qu'elle était venue vilipender, la mission de calmer les jeunes excités. Cette sensibilisation sera relayée par la radio officielle lorsque le maire de Goma lancera un message à la population, l'invitant à rester calme et à ne pas adhérer à la manipulation de l'ennemi qui veut l'opposer aux forces de la MONUC.

Dans l'après-midi, les nouvelles en provenance de Rutshuru font état de la chute des centres de Rubare, Rutshuru et Kiwanja et de la fuite de tous les militaires FARDC vers Kanyabayonga, au nord. L'information nous est confirmée au téléphone par l'Administrateur de Rutshuru, lui-même en fuite vers Kanyabayonga. Le colonel Delphin Kahimbi, commandant des opérations sur l'axe de Rutshuru et adjoint au Commandant de la 8ème Région militaire est aussi parmi les fuyards. Les FARDC sont sans commandement au front. Certains députés se décident à cette occasion de rédiger un message sans réel contenu par rapport aux développements en cours.

La population de Goma passa cette nuit dans une quiétude angoissée, avec l'espoir que le front militaire se dirigerait désormais vers Kanyabayonga. Le lendemain mercredi 29 octobre, les activités reprirent dans la matinée, comme si rien ne s'était passé la veille. La ville était animée et la circulation intense. La vie semblait reprendre !
Plus tard dans la matinée, des journalistes internationaux et étrangers qui se dirigeaient vers Kibumba pour s'assurer de ce qui s'y déroulait sont refoulés à mi-chemin, vers Kilimanyoka, à une quinzaine de kilomètres au nord de Goma, par les FARDC et la MONUC qui n'avaient plus la maîtrise du front militaire. La nouvelle se répand comme une traînée de fumée : " Les rebelles de Laurent Nkunda sont en train de pilonner les FARDC qui sont maintenant en débandade ". Et c'est le début du long calvaire des déplacés venus du nord, cantonnés à Kibati et d'autres éparpillés à Kanyaruchinya et à Munigi, après avoir fui leur site de Kibumba. Les FARDC détalent en début d'après-midi, sèment la panique et la terreur dans la ville et se dirigent sur la route de Bukavu avec tout l'arsenal militaire. Les points stratégiques contrôlés par les GR (Gardes Républicains) sont abandonnés : l'aéroport, la radio et le gouvernorat. Aucune autorité n'était visible, le personnel civil de la MONUC dépêché dans un camp vers la grande barrière, les éléments de la MONUC enfermés dans leurs installations, aucune radio n'émet dans la ville. Cela a un air de déjà vu à Goma : la ville ressemblait au jour de la libération de Goma par l'AFDL en 1996, lorsque les ex-FAZ fuyaient à l'approche des Kadogo qui allaient porter Kabila père au pouvoir, avec l'appui de l'armée rwandaise.

A partir de 15 heures, les militaires fuyards ne laissaient plus rien sur leur passage, ils se mirent à piller tout à leur passage: téléphones, argents, vélos, motos, bière, matelas, véhicules, tout était emporté. Vers 19 h30', un message du commandant 8ème région militaire interrompt la musique à la radio officielle. Le Général Vainqueur Mayala, que son entreprenant second avait relégué aux arrières- plans, surgit comme un revenant : " Pas de panique, les rebelles ne sont pas dans la ville, je contrôle la ville avec les éléments de la police et ceux de la MONUC. Je demande à tous les militaires de cesser de piller car leur rôle est de sécuriser la population ". Le message passe en boucle toutes les demies- heures, en alternance avec celui du nouveau maire de la ville qui était enregistré au téléphone.
L'accalmie interviendra vers les petites heures du matin, tout le monde attend de savoir qui tirait sur qui toute cette nuit et surtout qui, des FARD ou du CNDP, contrôle la ville. Le jeudi 30 octobre, la radio officielle diffuse un message d'apaisement du gouverneur pendant que la ville compte ses morts, sept dans une même parcelle dont cinq appartenant à une même famille à Katindo. Au total, une vingtaine de morts, quelques cas de viol, des maisons et des magasins pillés par des FARDC en déroute !


Le vendredi 31 octobre, la radio annonce l'arrivée de l'Inspecteur général de la Police à Goma, le Général John Numbi, réputé proche de Laurent Nkunda depuis l'époque où les deux généraux mettaient en œuvre le processus du mixage. Certains espèrent que l'officier pourrait jouer les bons offices auprès du Général rebelle. Des structures des patrouilles mixtes polices et éléments de la MONUC sont mises en place. Les militaires, quant a eux, sont en train d'être cantonnés aux alentours de la ville et continuent à se livrer à leur sale besogne. Pendant la nuit ils ont violé 2 femmes et tué une troisième qui ne voulait pas satisfaire à leur demande à Busambali, dans la chefferie de Bukumu, voisine de la ville de Goma.
Les milliers des déplacés sont abandonnés à leur triste sort, ils dorment à la belle étoile sans à boire ni à manger.

Le septième jour, samedi 1er octobre, la vie reprend timidement ; les diplomates Européens et américains se déploient à Kinshasa, Goma et Kigali, est-ce la Communauté internationale est cette fois-ci décidée à résoudre la crise de l'Est ? s'interrogent et espèrent les Gomatraciens. Aucune activité militaire n'est signalée sur le front. Mais le danger n'est pas encore écarté : le CNDP veille aux portes de la ville et les FARDC ont démontré leur incapacité à défendre le pays et leur très grande capacité de nuisance face aux civils. Le gouverneur de province décrète un couvre feu à partir de ce jour de 23 heures à 5 heures du matin. Cette disposition inquiète davantage les habitants qui pensent que l'autorité confirme de cette manière le danger qui continue à peser sur la ville.
Les déplacés qui dorment dehors décident tout simplement de quitter Goma et d'aller mourir chez-eux. Ceux de Rugari et Kibumba ont rebroussé chemin sans l'avis des autorités provinciales.

Le huitième jour, dimanche 02 novembre 2008, beaucoup de fidèles se sont rendus à l'Eglise avec l'espoir de trouver une solution à l'incertitude, une occasion également de retrouver ceux-là qu'on n'avait pas vus depuis toute une semaine ou pour se rassurer si les cultes auront lieu. Le trafic aérien, ce dimanche, entre Kinshasa et Goma rassure aussi les habitants de Goma.
Dure semaine pour une population qui vit au jour le jour, qu'un enfermement de plus de deux jours condamnerait tout simplement au plus misérable des destins.

Primo-Pascal RUDAHIGWA

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