| La
paix négociée de manière crédible est plus féconde
qu'une guerre menée dans une barbarie sans bornes |
GOMA,
UNE LONGUE NUIT D'INCERTITUDE
Il
était 17 heures locales, le 29 octobre 2008 quand les tirs sporadiques
ont commencé à se faire entendre à Katindo, le
quartier de l'ouest de Goma où j'habite. Chacun cherchait comment
regagner sa maison où toute personne se croit en sécurité.
Personnellement, me trouvant déjà à la maison,
j'ai jugé bon de rester à côté de ma petite
radio et de mon téléphone pour avoir toutes les informations
nécessaires à travers les collègues du bureau,
la famille de Kinshasa qui zappait plusieurs chaînes étrangères
à la fois et me tenait au courant de l'évolution de la
situation de temps en temps. Au fur et à mesure les heures avançaient,
les tirs devenaient de plus en plus nourris. Au début, j'étais
assez résistante et je suis restée au salon en train de
suivre l'évolution de la situation à la radio et de regarder
la télé. Puis, d'un coup, je me suis rendu compte que
j'étais incapable de supporter même le bruit de la radio.
Ce qui m'a poussé à tout éteindre, y compris la
lumière dans toutes les pièces de la maison pour aller
finalement m'allonger au lit, d'où je continuai à suivre
le rythme infernal des armes. Le pessimisme commençait à
me gagner, je me demandais si le lendemain serait possible, si j'aurai
encore l'occasion de voir tout le monde. ? Je commençais à
perdre espoir
.
Aux environs de 21
heures, lorsque j'ai appris que c'était les soldats loyalistes
incontrôlés qui s'abattaient sur les paisibles citoyens en
pillant des maisons ainsi que des magasins, j'ai réalisé
que ces gens-là étaient les ennemis de la population et
qu'il ne fallait pas compter sur eux pour sécuriser ni la République
ni la population. J'ai eu d'un coup un sentiment de colère, de
haine vis-à-vis même de la couleur de la tenue des militaires.
Eux qui sont censés nous protéger, nous donner l'espoir
d'un lendemain sécurisé, ce sont eux qui nous tuent, nous
pillent, nous violent et nous volent ; c'est dommage !
Je pensais à
toutes ces personnes qui se sont fait tuer dans leur propre maison, à
l'attitude des mes collègues à ce moment-là, à
ma famille, à moi-même, bref à beaucoup de choses
à fois ; je commençais à me demander que ce qu'il
fallait faire pour que les armes cessent leur sinistre credo. Fallait-il
crier pour leur demander de se taire ? Fallait-il rester là, hypnotisée
sur le lit, tout en sachant que tout pouvait m'arriver ? Fallait-il disparaître,
mais pour aller où ? Il fallait que ça cesse, mais qui avait
le pouvoir pendant cette nuit là sombre de mettre fin à
cette barbarie ? C'était dur !
Alphonsine Zouzou
Buzune
|